‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 20 sur 120 · DÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

DÉMOCRATIE

à tous au nom du droit absolu de la majorité. Elle dénie aux membres de la société le droit de constituer, par leur libre initiative, des associations distinctes des personnes qui les composent, et destinées à leur survivre. Dans de telles combinaisons, elle ne voit qu’une révolte contre la souveraineté inaliénable et essentiellement mobile du peuple. Là où elle est maîtresse de faire des lois à son gré, elle les proscrit absolument. Là où la législation conserve encore certaines traces des vieilles libertés chrétiennes, les trihunaux qu’anime l’esprit de la démocratie torturent les lois, pour en tirer des prohibitions conformes aux exigences de la liberté nouvelle.

« Triste liberté pour le peuple que cette liberté démocratique, qui n’est autre chose que la liberté de tout renverser à certains moments, par l’exercice inconsidéré d’une souveraineté impossible, avec la liberté de lutter sans appui, à chaque jour et à chaque heure, au milieu de crises sans cesse renaissantes, pour les premières nécessités de l'existence. Quand les illusions seront tombées, quand les préjugés seront évanouis, le peuple reconnaîtra que cette liberté démocratique par laquelle on veut le faire souverain, n est, en fait, qu impuissance et servitude; il ira demander à l’autorité des principes que rejette la démocratie, les libertés auxquelles il aspire et auxquelles il a droit.

« Le peuple a conservé, bien plus que les classes moyennes, le respect de la tradition et le sentiment de sa nécessité. C’est des classes moyennes que la Révolution est descendue jusqu’à lui et il est bien loin d’avoir été, autant qu elles, imprégné de ses doctrines. Le peuple a naturellement le sens droit. Toutes les aptitudes natives de l’homme sont en lui plus fortement accusées ; la vie artificielle lui

répugne; ses mœurs sont l’expression fidèle des besoins durables et profonds de la race humaine. Là où il n’est point comme dans les grandes villes et les grands centres d’industrie, travaillé par la propagande athée des classes lettrées, il a gardé l’intelligence instinctive des lois générales et indestructibles de la vie sociale. 11 va de lui-même à toutes les institutions qui mettent l’ordre idéal dans son véritable équilibre, lorsque la compression inintelligente du pouvoir et la séduction de l’erreur démocratique ne l’écartent point de ses voies propres. 11 va alors aux vTaies libertés, aux libertés populaires, c’est-à-dire à la saine démocratie, bien différente de ce qu’on appelle la démocratie pure.

Individualisme et association. — « A mesure que le peuple parvient à la liberté, il va chercher dans l’association un refuge contre les oppressions qui le menacent. N’est-ce pas ainsi qu’ont été fondées toutes les grandes corporations qui, au moyen âge, prirent leur rang au milieu des institutions féodales. L’instinct du peuple, guidé par l’Église, avait compris dès lors cette nécessité de l’union des forces individuelles pour résister aux abus de la puissance. Or, cette union est tout aussi nécessaire, en nos temps de despotisme démocratique, qu’elle pouvait lêtre au temps où le peuple avait à se défendre des vexations féodales. La démocratie redoute l’association lorsqu’elle est indépendante de l’État, autant qu’elle affectionne l’individualisme et la déplorable mobilité qu il imprime à toute chose. Ce que veut aujourd’hui la démocratie ouvrière, c’est l’organisation du droit au travail, c est-a-dire du droit au salaire, à l’aide de corporations dans lesquelles les rapports du maître et de l’ouvrier seraient réglés par le

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