‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 21 sur 120 · DÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

DÉMOCRATIE

suffrage universel. C’est l’absolutisme démocratique qui prétend s’imposer dans l’ordre des transactions purement

civiles.

« Rien de plus légitime au fond que cette aspiration des ouvriers à l’association, en vue de défendre en commun leurs légitimes intérêts; mais rien de plus chimérique, de plus pernicieux et de moins légitime que les appels à la contrainte qui accompagnent les prétentions ouvrières. Le seul moyen de ramener ces prétentions à leurs tendances utiles et justes, est d’aider les ouvriers à restaurer, parmi eux, l’association fondée sur les principes d’une saine liberté et d’un sincère respect pour tous les droits, et de reconnaître à ces associations, louables par leur but et par les moyens qu’elles emploient, tous les droits nécessaires au développement de la vie collective.

« Les libertés populaires (opposées aux prétendues libei'tés de la démocratie) sont les libertés de tout le monde. Sous le régime qui les consacre, il faut que les maîtres usent de la liberté aussi bien que les ouvriers. Que les maîtres s’associent pour traiter en commun de leurs intérêts; que les ouvriers s’unissent, hors de toute préoccupations politique et de toute exigence démocratique, pour constituer des syndicats qui feront valoir, auprès des maîtres, les réclamations du travail. Bien des prétentions irréfléchies et irréalisables tomberaient, devant les franches explications des uns et des autres. L’esprit démocratique rend ces explications amiables difficiles. Mais quelle réforme, quelle institution serait possible avec l esprit démocratique? Il faut tout d’abord lutter contre cet esprit de subversion, et l’un des moyens d’en guérir les populations ouvrières, c’est de leur assurer la liberté de produire

régulièrement et pacifiquement, leurs légitimes réclamalions. Dans les commencements, la pratique pourra être difficile; il y aura des froissements et des mécomptes du côté des maîtres et du côté des ouvriers. 11 faudra entourer

fusage du droit de bien des précautions. Mais préféreraiton à ces difficultés l’état de guerre sociale dans lequel vivent la plupart des industries?

« II faut que l’association ouvrière renonce à la prétention de dominer par le nombre; qu’elle se borne à garantir par l’assistance mutuelle les intérêts du travail, tout en respectant sa hiérarchie naturelle, et qu’elle s'abstienne scrupuleusement d’entreprendre jamais sur le droit d’autrui. Dans ces conditions, on pourrait obvier aux abus de la libre concurrence, sans en rejeter le principe, qui est le principe même de la liberté.

« Ces relations d’assistance mutuelle ne s’établiront pas seulement d’ouvrier à ouvrier; elles pourront aussi être nouées entre les classes supérieures et les classes inférieures. Toutes les associations par lesquelles s’organise la mutuelle assistance, soit des ouvriers entre eux, soit des maîtres avec les ouvriers, profiteront des combinaisons de la mutualité et de la coopération pour rendre l’accomplissement de leur tâche plus facile. Elles fortifieront la moralité du peuple, en même temps qu’elles accroîtront son bienêtre. Quand le peuple les verra à l’œuvre, il y reconnaîtra bientôt l’association, telle qu’il l’a longtemps pratiquée, et à laquelle il n’est resté si fortement attaché que parce qu’elle répond aux sentiments vrais de la nature humaine.

L’illusion démocratique cédera devant la réalité des bienfaits de l’association où règne la charité qui s’inspire de la foi. Le peuple jeté par l’individualisme démocratique dans

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