‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 22 sur 120 · LA CORPORATION · texte numérisé non relu

LA CORPORATION

un isolement qui lui pèse, retrouvera avec bonheur, dans les associations auxquelles présidera la liberté, ces foyers d’union et d’action que la démocratie ne lui offre que par les ténébreuses machinations des sociétés secrètes, ou par les combinaisons de la vie officielle, et sous la main toujours lourde de l’État. Il trouvera surtout, dans l'association qui a pour but de fortifier sa moralité et d’étendre son intelligence, ce calme de la vie et ce sentiment de la véritable dignité personnelle sans lequel la liberté dégénère en agitation incurable et les droits les plus utiles en une ari’ogante indiscipline. » [Les Libertés populaires, Paris, 1871, p. 64.)

La corporation. — « Des formes diverses que peut prendre l’association dans la vie du travail, la corporation est la plus complète, la plus puissante, celle qui saisit le < mieux riiomme en toute son activité industrielle et lui pro-

cure l’appui le plus ferme et le plus sûr. L’association qui ne prend l’ouvrier que par certains côtés extérieurs de la vie, par l’un ou l’autre de ses intérêts particuliers, ne peut exercer sur lui une influence bien sérieuse. Elle ne le touche et ne l’intéresse qu’à la surface. C’est par le cœur qu on attire et qu’on l’etient les hommes. Quelle action peut avoir sur les mœurs une société d’assurance mutuelle, ou même une société coopérative de consommation,

‘ si le profit matériel est le seul but qu’elle poursuive? N’a-

t-on pas vu souvent cette dernière devenir, dans les mains I *•» tlu socialisme, un redoutable engin de perversion ouvrière?

« En réalité, c’est le problème du travail qui se présente à nous dans la question de la corporation. La solution de ce problème est liée à l’avenir de la corporation dans notre monde industriel. Les discussions sur le taux des salaires,

i6 DÉFINITIONS, MÉTHODE, VIES GÉNÉRALES.

les réclamations de rouvrier à propos de la diirée.dii travail, ses plaintes sur la fréquence et la rigueur dfs chômages, toutes ces difficultés qui se résolvent en chillres et en privations matérielles, ont pour cause déterminante la disposition des âmes. Elles sont la conséquence des déviations de la vie moderne dans l’ordre moral. On n’y remédiera que par des institutions qui auront puissance sur les consciences, et (lui arracheront le monde industriel aux préoccupations matérialistes et égoïstes dans lesquelles l’oul)!! de Dieu l’a plongé.

« Comment, dans l’organisation utilitaire de l’industrie, les ouvriers se trouvent-ils rapprochés les uns des autres, et quel lieu s’établit entre eux ?

« Ils se rencontrent cà la fabrique, sous la chaîne d’un travail qu’ils ne subissent qu’avec des sentiments de répulsion et d’impatience. Ces sentiments peuvent bien les unir dans la haine et la révolte, mais ils ne suscitent entre eux aucune sympathie généreiise, ils ne les portent vers aucun but élevé, et ils déterminent une fermentation de vices par laquelle la nature, durement comprimée, prend sa revanche des abaissements et des dégoiits qu’elle a subis. Au sortir de la fabrique, les ouvriers se rencontrent dans les lieux où les appellent les grossiers plaisirs d une vie livrée aux sens, et ce n’est pas dans les étourdissements et les abrutissements du bal et du cabaret qu ils noueront entre eux des relations qui profiteront à leur moralité et qui leur donneront cet. empire sur eux- mêmes sans lequel jamais leur condition ne pourra s’améliorer.

« 11 y a pourtant, dans l’existence démocratique qui est faite aujourd’hui à nos travailleurs, un point de ralliement. 11 y a une institution qu’au premier abord on pourrait

Page 1