‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 24 sur 120 · QUEL BÜT LES SOCIETES DOIVENT SE PROPOSER EN DÉVELOPPANT LEUR RICHESSE · texte numérisé non relu

QUEL BÜT LES SOCIETES DOIVENT SE PROPOSER EN DÉVELOPPANT LEUR RICHESSE

NÉCESSITÉ DE FAIRE ENTRER DANS LA SCIENCE ÉCONOMIQUE LES PRÉCEPTES DE LA MORALE SUR l’eMPLOI DES RICHESSES

Le but à poursuivre dans le développement de la richesse. — Tout Tordre des sociétés chrétiennes, dans lequel la justice et la charité ont chacune leur part, suppose la pratique du renoncement. Là où manquerait cette force.

essentielle à toute société qui veut être lil)re, on ne pourrait faire régner l’ordre que par la contrainte des lois sur la vie privée aussi bien que sur la vie publique, et le socialisme deviendrait l’état normal et nécessaire.

La tache de l’économiste chrétien sera de rechercher quelle direction doit prendre, sous l’empire de la loi du renoncement, la liberté de l’homme, en tout ce qui tient à la production et à la répartition des richesses. 11 fera voir comment, par leur fidélité à cette loi suprême, les sociétés chrétiennes parviennent à assurer au grand nombre une existence suffisante, cà donner à chacun, suivant sa place dans la hiérarchie sociale, la vie aisée, seule perfection qu’il soit permis à l'homme de poursuivre raisonnablement en fait de prospérité matérielle. Une société chrétienne n’acceptera jamais pour idéal cet état économique où quelques grandes fortunes donnent aux riches des jouissances sans mesure, tandis que la masse végété dans les labeurs et les privations d’une pauvreté voisine de la misère.

(( Les richesses exercent sur les sociétés une action très différente, non seulement selon qu’elles sont plus ou moins abondantes, mais encore suivant leur mode de répartition et suivant la destination qui leur est donnée. Ouelle distance n y a-t-il pas, pour la lâchesse comme pour tout le reste, entre les sociétés païennes et les sociétés chrétiennes ! Et même entre les sociétés chrétiennes, selon qu’elles sont plus ou moins fidèles à l’esprit du christianisme, la richesse n’a-t-elle pas des caractères tout différents? Ici les richesses seront concentrées dans les mains de quelques puissants, qui se les assurent par l’exploitation des masses et qui en feront l’instrument d’un luxe extravagant. Ailleurs, au contraire, équitablement réparties

L’IDEAL A rOURSUlVRE. 55

entre tous, sous l’empire de la loi de justice et de charité, elles donneront à tous faisance et ne seront, dans les mains de ceux qui possèdent le superflu, que des moyens d’élévation morale et de dévouement plus actif au bien du grand nombre. On verra des peuples, possédés d’une soif infinie de bien-être, faire de la richesse la grande affaire de leur vie, et poursuivre les succès industriels et mercantiles avec une ardeur qui tient de la fièvre. D’autres, au contraire, réservant leurs affections et leurs ambitions pour de plus dignes objets, poursuivent d’un effort calme et persévérant l’accroissement de leur bien-être, se contentant de la médiocrité qui leur assurera la liberté de l’âme, et dédaignant les satisfactions étroites que l’orgueil et les sens demandent à l’accumulation incessante des richesses.

« Ce que le chrétien demande à la richesse, c'est, avant tout, l’indépendance et la dignité. Il lui demande encore ces moyens extérieurs d’actions à l’emploi desquels, dans notre vie présente, le perfectionnement moral est subordonné. Or, la passion du bien-être, avec la fièvre industrielle qui en est la suite, loin d’être une source de liberté et d’élévation morale, est, au contraire, une cause d’abaissement et de servitude. Les peuples qu’anime l’esprit chrétien fuiront donc les trompeuses espérances d’une richesse indéfinie. Ce qu’ils rechercheront, au prix d’un travail toujours calme et persévérant dans son énergie, c’est la liberté, la force et le bonheur que donne la médiocrité. La richesse modérée donnera aux hommes la sécurité et la facilité de la vie, sans amollir les courages; elle leur assurera, par l’exploitation des forces de la nature, la puissance extérieure de l’action, dans toutes les routes que la Providence a ouvertes devant eux, sans susciter en eux

r>i DÉFINITIONS, MÉTHODE, VUES GÉNÉRALES.

cette frénésie d’orgueil, suite trop ordinaire de la domination matérielle, qui n’a de la puissance que l’apparence, et qui fait la force d’une société à peu près comme le délire peut faire la force d’un homme.

« Les jouissances, avec la surexcitation continuelle qu’elles impriment à l’âme, n’engendrent que la maladie et la ruine de l’être moral comme de l’être physique. S’abstenir et s'endurcir, voilà les sources de la santé, et pour l’individu et pour la société. Or, la vie dans la médiocrité. n’est que la pratique de cet antique précepte de la morale spiritualiste. Aussi la vraie force des sociétés, comme celle des individus, n’est-elle que dans la médiocrité. » [La Richesse, tome I, p. 39.)

Comment la morale doit entrer dans l’économie politique. — C’est à ce point de vue tout pratique de l’amélioration de la condition du grand nombre que la science économique doit être traitée. A quoi servirait une science tout abstraite des lois qui président à la production et à la circulation des richesses, si l’on ne faisait application de ces lois à la condition des hommes?

Il est une question de méthode et de circonscription de la science économique qui se rattache étroitement aux vues que je viens d’émettre et qui doit trouver ici sa place. On s’est demandé s’il fallait faire entrer dans la science économique les considérations sur h? bon et le mauvais emploi de la richesse. 11 est vrai qu’en soi cette question appartient à la science de la morale. Mais, ainsi que nous l’avons fait remarquer à plusieurs reprises, la question morale domine toute la science économique, la richesse étant de sa nature chose essentiellement pratique et ne pouvant se concevoir autrement que comme moyen pour

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