DES RICHESSES
LOIS GENERALES DE LA l'RODUCTlON
Travail dans l’ordre moral, travail dans l’ordre matériel. — L’homme travaille dans l’ordre moral comme dans l’ordre matériel. Dans l’ordre moral comme dans l’ordre matériel, le travail met en jeu l’ensemble des forces qui constituent la personnalité humaine. Le travail de l’esprit nécessite le concours des organes du corps, et le travail des mains ne s’opère que sous la direction de l’intelligence et par l’impulsion do la volonté. Le travail est donc une force qui procède essentiellement de l’ordre moral. Pris dans son sens le plus étendu, il embrasse toute l’activité humaine.
L’homme, fait à l’image de Dieu, possède en lui-mème
quelque chose de la puissance créatrice de son auteur. 11 ne lui appartient pas de faire sortir l’étre du néant, mais il lui est donné de combiner ses idées, d’étendre ses connaissances, de modifier les choses, de façon à imprimer, dans le monde des idées et dans le monde des corps, les traces de faction de sa libre volonté. Par le travail, pris dans toute sa généralité, riiomme continue sur celte terre l’œuvre créatrice de Dieu ; il se perfectionne et s’élève sans cesse vers Dieu et, avec soi, il élève toute la création matérielle vers son créateur.
Depuis qu’il a été dit à Adam, après sa faute: Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage, le travail est demeuré pour l’homme un fardeau de tous les jours; il ne l’accomplit que par un effort qui exige toute l’énergie de sa volonté. La nature y répugne, en telle sorte que l’homme ne peut rien, ni pour soutenir, ni pour élever et étendre sa vie, qu’à la condition première de se vaincre. Cette nécessité de se sacrifier à chaque instant dans le travail porte tous les caractères d’un châtiment; librement acceptée, elle devient une force et un honneur, car, la loi du renoncement étant la loi générale de la vie, le sceau de la grandeur et de la puissance se trouve partout où se rencontre un sacrifice volontairement accompli.
Produits matériels, produits immatériels. — L’homme étant un esprit uni à un corps, et la vie humaine étant une en son principe, il est impossible, à ne considérer que l’agent qui travaille, d’admettre aucune distinction essentielle entre le travail dans l’ordre moral et le travail dans l’ordre matériel. Si l’on se plaçait à ce point de vue, on ne ferait pas de différence entre les produits matériels et ce que plusieurs économistes ont appelé les produits immaté.