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LE TRAVAIL EN GÉNÉRAL

ricls, et l’on ferait entrer les uns et les autres, au même titre, dans la science économique. Mais la distinction s’établit d’ellc-même, si l’on considère les objets auxquels s’applique l’activité de l’homme. Personne ne confondra jamais les biens de l’ordre moral avec les biens de l’ordre matériel. Le vrai, le beau elle bien seront toujours distincts de la richesse, pour tout homme dont l’esprit tie système n’aura pas faussé les idées. Le travail qui donne satisfaction aux besoins les plus élevés de l’humanité, qui a pour but de développer et de répandre parmi les hommes les sublimes notions qui éclairent et régissent la vie humaine, et dont 1 ensemble constitue cet ordre supérieur où l’homme vit et se meut véritablement, ce travail-là ne se confondra jamais avec le travail qui transforme les choses et crée les richesses destinées aux besoins inférieurs de l’humanité. Les résultats des deux côtés sont aussi différents que sont différents l’esprit et la matière.

Ce sont les lois du travail appliqué à la création des richesses par la transformation des choses que nous avons à étudier. Nous n’appelons richesses que les utilités attachées aux choses dont les hommes se servent pour les divers usages de la vie. Ce n’est qu’en nous tenant strictement à cette notion de la richesse matérielle que nous parviendrons a circonscrire nettement l’objet de notre recherche.

Toutefois, si notre objet est distinct de tous les autres objets de l’activité humaine, il ne peut, à raison même de 1 unité de la vie humaine, être considéré seulement en luimême, et abstraction faite des principes de l’ordre moral qui régissent toute notre vie. Puisque l’ordre matériel n’existe que pour l’ordre moral, les faits qui constituent l’ordre matériel ne peuvent trouver leur raison et leur explication

il!

que dans l’ordre moral. Nous venons de le dire, le travail est essentiellement une force morale; il est impossible de déterminer les conditions de ses succès dans l’ordre matériel, sans remonter à cet ordre supérieur d’idées d’où il procède el auquel se rapportent, en dernière analyse, tous ses résultats.

Nous demanderons donc à l’ordre moral les régies qui gouvernent l’activité humaine dans la création de la richesse, mais nous ne considérerons point en enx-mémes les principes de cet ordre. Nous nous bornerons à constater et à développer les conséquences qu’ils engendrent dans l’ordre de la richesse. Et si de ces conséquences nous remontons à l’ordre supérieur, ce ne s»‘ra que pour marquer comment les modiücations survenues dans la vie matérielle peuvent affecter la véritable vie de riiomme qui est la vie morale.

Équilibre dans la vie sociale des travaux de l’ordre moral et des travaux de l’ordre matériel. — L’activité sociale se partage entre les travaux de l’esprit et les travaux de la matière ; mais ces fonctions diverses de la vie collective de la société ne sauraient être étrangères les unes aux auti-es, pas plus que le coi-ps ne peut être étranger à Tâme, ni Lâme an corps. Elles se prêteront cette assistance réciproque qui est la loi générale de la vie sociale. 11 se fera entre les deux ordres de fonctions une répartition des forces qui répondra aux conditions morales et matérielles dans lesquelles est placée chaque société. Mais toujours il y aura sur ce point, pour toute société, un certain équilibre. Cet équilibre sera déterminé par la mission proviilentielle de chaque peuple, par son caractère, et aussi par le degré de • civilisation auquel il est parvenu. Il n’y a pas là-dessus de

LES FORCES PROttUCTIVES.

règle absolue. Tout ce qu’on peut dire, c’est que la véritable force, la vraie grandeur seront du côté des peuples chez lesquels la civilisation est assez avancée, les puissances du travail assez développées, pour qu'un grand nombre d’hommes soient dispensés de s’absorber dans la production des richesses, et puissent, sans altérer les conditions • essentielles de l’existence matérielle delà société, appliquer leurs forces aux travaux de l’ordre supérieur. Le matérialisme seul a pu mettre la grandeur des peuples dans le développement incessant et indéfini de la production des richesses.

Caractère général de la production. Les forces productives : le travail, les agents naturels et le capital. — Dans 1 ordre matériel, le travail de l’homme transforme les choses pour les faire servir à ses besoins. Produire, au sens économique, c’est créer de l’utilité dans l’ordre matériel. C’est, ou bien donner de l’utilité aux choses qui, telles que la nature nous les offre, n’en ont aucune, ou bien accroître l’utilité que les choses possèdent déjà. On peut donner ou accroître l’utilité, non seulement eu modi'îant les choses en elles-)uômes, mais en les mettant à la portée de ceux qui doivent les consommer. C’est ainsi que 1 indusirie qui ne fait que recueillir les produits de la nature sans les modifier, l’industrie qui opère les échanges et 1 industrie des transports, sont des industries productives, fout aussi bien que l’industrie agricole et l’industrie manufacturière.

On range d ordinaire en quatre grandes catégories tous les genres d indusirie cuire lesquelles se partage le travail de la société ; 1 industrie extractive qui demande à la terre les matériaux si nondircux et si divers qu’elle recèle, mais

8i DE LA PRODUCTION DES RICHESSES.

qui les recueille tels qu'ils sont et sans leur faire subir aucune transformation; l’industrie agricole, qui met en mouvement les forces de la vie végétative et animale et qui obtient de leur action des matières premières, parmi lesquelles les subsistances occupent le premier rang; l’industrie manufacturière, qui reçoit des deux autres les matières premières et qui les transforme pour les approprier aux besoins de l'homme ; enfin l’industrie commerçante, qui opère l’échange des produits et les porte là où la consommation les réclame.

L’homme est condamné à produire sans cesse, parce que sans cesse lui-même ou la nature détruisent les choses produites. L’homme ne vit qu’à la condition de consommer, c’est-à-dire détruire. La nature elle aussi consomme incessamment : le chaud, le froid, la sécheresse, l’humidité, chaque climat a sa force destructive, à laquelle rien ne résiste et contre laquelle luttent à tout instant les labeurs de l’homme. L’homme tourne donc perpétuellement dans un cercle de productions et de consommations, et voit s’écouler sa vie dans des labeurs sans cesse renouvelés :

redit labor actus in orhem

Atque in se sua per vestigia volvitur annus.

L’œuvre de la production est donc universelle, en ce sens qu’elle ne peut soutfrir d’interruption en aucun lieu ni à aucun moment. Pour l’homme, cesser de produire, c’est mourir. Mais elle est universelle encore dans les lois qui la régissent. C’est l’homme qui produit, en appliquant ses forces à transformer les choses ou à les mettre à la portée de ses besoins. Or la force j)roductive de l’homme.

c’est sa personnalité même dans son principe spirituel et dans l’organisme matériel qui lui est intimement uni : personnalité toujours identique à elle-même et toujours soumise, par conséquent, aux mêmes conditions d’action et de développement. L’action de cette force productrice s’exerce sur l’ensemble des forces naturelles qui constituent le monde des corps; or ces forces obéissent à des lois immuables, et quand l’homme, pour créer la richesse, les met en mouvement, il subit cette fatalité des lois du monde physique qui, en môme temps qu’elles lui prêtent assistance, lui font sentir, par leur inflexibilité, les bornes de sa volonté et l’état de dépendance où le réduit sa nature.

La Providence a rendu l’homme dépendant de tout ce (jui l’entoure. Comme il n’existe pas de lui-même, il ne tire pas de lui-même ce qui entretient sa vie. C’est par son activité propre qu’il produit, mais cette activité a besoin d’objets extérieurs sur lesquels elle s’exerce, et c’est également dans les objets extérieurs que l’homme trouve les moyens, les instruments, à l’aide desquels il supplée, par la supériorité de son intelligence, à l’insuffisance de ses forces physiques.

Bien qu’astreint aux lois de la nature, l’homme en dirige les forces, en une certaine mesure. De ces forces, en ellesmêmes capricieuses, improductives, destructives parfois, il fait, par l’ascendant de sa volonté libre, des forces dociles et fécondes. Toutes les propriétés des corps, toutes les forces qu’ils recèlent sont, par le travail, combinées, dirigées, exploitées, de façon à servir, soit directement soit indirectement, à nos divers besoins. Des résistances que l’homme ne pourrait même songer à aborder, s’il était réduit au seul effort de ses bras, céderont facilement sous la puis-

DE LA DRODI'CTIOA DES lllCll ESSES.

sancc des inventions de son génie. l,es progrès de riiomme dans la connaissance de la nature, connaissance qui dépend elle-même de scs conquêtes dans les régions les plus hautes des principes des sciences, seront la source de sa domination sur les forces du monde matériel.

Quelque étendue que soit cette domination, jamais l'homme ne pourra, par elle, s’all'ranchir de la loi du besoin et du travail pénible; mais il pourra du moins en alléger le poids. Aidé par la nature, les mêmes choses lui coûteront moins de peine, ou bien, avec une peine égale, il produira une somme de choses utiles plus considérable. Comme l’a dit ingénieusement Bastiat, au lieu d’une utilité onéreuse, à raison de la peine qu’elle coûte, riiomme sera en possession d’une utilité gratuite, juiisqu’il la tirera des forces de la nature, travaillant pour lui et diminuant d’au-

tant la peine, c’est-à-dire l’elfort, qu’il est obligé d’accom-

plir pour parvenir à la satisbiction de ses besoins.

Le but constant de l’homme, dans la production, sera de

substituer l’utilité gratuite à l’utilité onéreuse, de telle sorte

que celte formule résumera tous les progrès du travail dans l’ordre matériel.

Le travail producteur des richesses ne se conçoit donc pas sans le secours des forces de la nature. Mais les conditions de ce concours, aussi bien que le mode d’exercice des facultés de riiomme, impliquent la nécessité d’un troisième élément de la production, qui est le capital.

On désigne sous la dénomination de capital l’ensemble des biens matériels épargnés en vue de la production. Le capital se forme par la prévoyance, qui met en réserve pour l’avenir ce que la puissance du travail a tiré des forces de la nature au delà des besoins du travailleur. Celte force

(î productive, bien qu’elle procède des deux autres, en est

(I néanmoins distincte. Elle a une existence propre et un rôle particulier dans l’œuvre productrice. De plus, il faut, jiour il la constituer, une force morale qui n’est pas le travail, mais qui s’exerce, comme le travail, instinctivement, parce qu’elle répond, comme lui, à une condition primitive et générale de la vie humaine : celte force morale, c'est l'économie, qui s’abstient de consommer en vue de s’aider des I richesses épargnées pour accroître la puissance du travail.

On peut dire qu’il n’est point de travail sans capital.

En etfet, toute production exige, pour être menée à fin, un certain temps; or il faut que, pendant cette période plus ou moins prolongée que réclame l’achèvement du produit, le travailleur vive; il lui faut des avances, qui consisteront 1 dans la masse des objets nécessaires à sa consommation.

Le producteur subsistera donc toujours, durant l’opération productive, sur les résultats du travail accompli antérieurement. C’est ainsi que, chaque année, la société, en demandant à la terre, par le travail de l’agriculture, sa subsistance pour l’année suivante, s’alimente des produits du travail de l’année qui a précédé. Plus sera considérable celte réserve de produits accumulés par l’économie, meilleure sera la condition du travailleur et plus étendues pourront être les entreprises du travail.

Les avances du capital seront nécessaires encore pour mettre le travail à même d’exploiter les forci's de la nature. Il faut, pour imprimer le mouvement à ces forces, un ensemble d’outils, de machines, de constructions, qui ne peuvent provenir que d’un travail antérieur et qui ne servent qu’indireclement et successivement à la consommation. Tous ces engins, toutes ces constructions, exigent

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des dépenses et ne donnent pas immédiatement de résultat productif qui puisse en représenter la valeur. Mais comme ils servent à une série d’opérations productives, dont la fécondité s’accroit à raison même de leur emploi, la masse des produits obtenus pendant tout le temps qu’on s’en sert compense, et au delà, les sacrifices faits primitivement pour les créer. 11 v a donc encore ici, sous une autre forme, une épargne faite en vue d’étendre la puissance du travail : par conséquent un capital.

On le voit, dans tous les cas, le capital est destiné à être consommé, mais consommé reproductivement, c’est-à-dire qu’en même temps que le travail détruit le capital, il le remplace par toutes les diverses richesses qui seront le résultat de son œuvre. De période en période, de génération (*n génération, le capital sera toujours en même temps consommé et reproduit; il se perpétuera par la consommation même, qui est la condition de tout travail producteur.

Mais cette consommation se fera par des modes très divers. Tantôt elle sera ti'és rapide, comme celle des aliments, des outils très fragiles et de peu d’importance, du combustible, qui joue aujourd’hui un si grand rôle dans la plupart des productions. D’autres fois, au contraire, elle sera lente, comme c’est le cas pour les puissantes machines et les vastes constructions de la grande industrie. Autre aspect de la consommation reproductive : parfois elle s’opère sans que le capital change de forme; ainsi en serat-il des outils ou machines, des constructions. Mais souvent aussi elle s’opère par la transformation ou même par la destruction des objets sur lesquels elle porte, comme il arrive pour toutes les matières premières. C’est celte dernière différence quant au mode de cousommalion qui a

donné lieu à la distinction entre le capital fixe et le capital circulant.

Par la consommation reproductive les richesses se perpétuent donc indéfiniment. Chaque génération vit des richesses accumulées par les générations qui l’ont précédée, et, sans celte peine qu’ont prise ses aînées pour accumuler et conserver la richesse, elle serait impuissante à rien faire de grand dans l’ordre matériel.

L’unité de la vie humaine se révèle donc encore ici dans le cours de l’existence des peuples, de même qu’elle se montre, avec une frappante évidence, par la loi qui associe tous les hommes d’un même temps pour l’œuvre collective de la production des richesses. Nous ne pouvons pas plus nous séparer de nos devanciers que nous ne pouvons nous séparer de nos contemporains, et que nos fils ne j)ourront se séparer de nous et se soustraire à la destinée que nous leur aurons faite. Toutes les grandes lois de l’ordre moral ont leur expression dans l’ordre niatériel. Dans la nécessité du capital, fruit du travail économisé, et dans la perpétuité qu’assure au capital le travail joint à l’économie, nous retrouvons les deux grandes lois qui gouvernent notre vie morale : l’activité propre et la tradition, lois d’après lesquelles le progrès n’est possible qu’à la condition de conserver et à la condition d’accroître. L’économie et le travail réunis conservent et accroissent la richesse, et c’est ce qui en fait les deux forces essentielles à tout progrès matériel.

Les fonctions diverses du travail en toute production. — L’œuvre de la production des richesses, dans son ensemble, procède de l’ordre moral, et nous y retrouvons, dans leurs grands traits, les lois de cet ordre. La pro-

1*4» ji.

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oa DE LA niODUCTION DES RICHESSES.

diiclion est soumise, quant à son organisation générale, à la loi de riinité d’action et de la distribution hiérarchique des emplois, loi qui domine dans l’ordre moral. Tous les travaux qui ont pour objet une création de richesses se répartissent entre trois fonctions ; l’invention, la direction et l’exécuiion.

L’invention applique à la production les données de l’observation, de la réllexion, de la science; elle fournit le moyen de tirer des forces de la natui’e une assistance qui épargne l’effort de l’honime ou qui en agrandit et en multiplie les effets.

La direction s’empare du procédé que fournit l’invention, elle rassemble les moveus de le mettre en œuvre, elle cou-

çoit l’entreprise et dispose toutes choses pour son succès. C’est à l’entrepreneur qu’elle appartient; c’est dans sa main que vont se réunir le travail et le capital qui, fécondés l’un par l’autre, tireront des puissances de la nature tout ce que l’état des procédés industriels permet d’en obtenir.

L’entrepreneur, que l’on nomme aussi patron, représente l’unité et l’autorité dans l’ordre du travail, car, pas plus là que dans l’ordre politique, on ne saurait se passer d’unité et d’autorité. C’est sous sa direction et par son initiative que les ouvriers s’appliqueront à l’exécution de tous les détails de l’opération productive.

L’ouvrier, rattaché au patron par des intermédiaires plus ou moins nombreux suivant l’étendue et les complications de l’entreprise, et travaillant de ses mains à la confection du produit, occupe le dernier rang dans la hiérarchie du travail.

Les conditions particulières et secondaires qui déleiminent la position de chacun des éléments de cette hiérar-

ém

LES FORCES PRODUCTIVES. Ut

chie pourront être modifiées; les intérêts de chacune des grandes catégories de producteurs qui en forment les degrés pourront être réglées diversement; leur participation à l’œuvre et à ses résultats pourra être plus ou moins directe; il pourra y avoir dans leurs relations, ou plus de liberté ou plus de dépendance; mais, dans tous les cas, leurs rapports essentiels demeureront les mêmes, parce qu’ils tiennent à la nature intime de riiomme et aux conditions de son action sur le monde matériel.

Importance de la fonction du patron. — On voit, par cette analyse, de (juelle importance est la fonction du patron. C’est vers lui que tout converge dans l’œuvre industrielle. Dans ses mains le capital et le travail viennent se réunir. Grâce à leur concours, toutes les forces de la nature peuvent être mises en valeur. Assuré, par la possession du capital, des avances nécessaires, le tiavail tiredelatcriv, et des forces qui s’y rattachent ou qui en dérivent, toutes les utilités que l’état des procédés industriels permet d’en obtenir.

L’entreprise productive à laquelle concourent, avec le propriétaire du sol et des forces naturelles appropriées, les propriétaires des capitaux mobiliers et les ouvriers, le patron la prend à son compte. Sur lui retombe tout entière la responsabilité commerciale de l’affaire qu’il mène à son gré. Les résultats de la production lui appartiennent, et c’est lui qui est appelé à en faire la répartition.

Dans cette répartition, le propriétaire des immeubles qui ont servi à la production, le capitaliste qui en a fourni les avances, l’ouvrier qui y a employé ses bras, reçoivent chacun le revenu qui répond aux services qu’ils ont rendus, à l’effort qu’ils ont accompli. Des conventions arrêtées

entre le patron et les propriétaires de chacune des sources de revenus, c’est-à-dire de chacune des forces productives, règlent cette répartition. L’entrepreneur, ou patron, comprend dans ses frais de production ce qu’il paie à chacun; la somme de toutes ces rémunérations forme, pour lui, le prix du produit.

Pour que l’opération soit rémunératrice, c’est-à-dire vraiment productive, il faut que l’entrepreneur retrouve, sur le prix de la vente de ses produits, le montant de tous ces frais. Il faut encore que ce prix lui assure, outre le remboursement de ses avances, une certaine somme qui répondra au travail que lui-même a accompli en montant l’entreprise et en la dirigeant dans tous ses détails. Dans cette somme doit être comprise également la compensation des risques qu’il aura courus. Ce qui est ainsi perçu pour la peine que l’entrepreneur s’est donnée, avec la prime qui doit couvrir les risques de l’affaire, ces deux éléments réunis constituent ce qu’on appelle le profit de l’entrepreneur.

Dans tous les groupes producteurs, la fonction du patron est la même, mais sa situation peut être bien différente quant à l'importance de scs affaires. Entre les patrons de la grande industrie, qui dirigent des ateliers où sont réunis des centaines, des milliers d’ouvriers, et les artisans qui n’en occupent qu’une douzaine ou une demidouzaine, la différence est grande, grande pour la capacité industrielle et pour la position sociale. Toutefois, qu’il s’agisse du plus petit atelier ou de la plus puissante usine, le patron remplit toujours, dans l’ordre de l’activité privée et des intérêts économiques, le rôle du pouvoir. Dans cette société économi(jue que forme chaque groupe producteur,

le patron met ce que le père met dans la famille, ce que le roi, le prince, le chef de l’État met dans la société politique : l’autorité, l’ordre, la paix.

Le patron coordonne les forces de la production et les maintient dans les conditions d’expansion harmonique nécessaire à leur fécondité. L’intervention du patron procure l’avantage de tous, en donnant à l’activité de chacun, par la régularité de l’emploi, son maximum de puissance.

Modes divers des relations du patron avec les ouvriers. — tes relations peuvent être différentes, suivant les conditions particulières de l’existence des peuples, dans l’ordre des relations privées et publiques, et à raison des principes qui dominent 1 ordre social.

Il V a des sociétés qui admettent comme un principe de droit ce qui est contre le droit véritable : le domaine de riioïiime sur Thomme. Il en était ainsi dans l’antiquité, où le plus grand nombre des travailleurs était esclave. On rencontrait bien un certain nombre d’ouvriers libres appartenant à la plèbe, mais ce n était qu une infime minorité. Dans cet ordre de relations sociales, le patron, c’est le maître, le dominus, c’est-à-dire le propriétaire des ouvriers qu’il emploie et qui sont sa chose. 11 les possède au même titre, à peu près, que ses autres instruments de

travail.

Appeler patron le maître d’ouvriers esclaves, ce serait fausser la langue. Le terme patron emporte, dans nos langues chrétiennes, une signification d autorité bienveillante, protectrice et presque paternelle, qui ne répond en aucune façon à la dure autorité du maître dans les sociétés païennes. Le maître qui fait travailler des esclaves est un entrepreneur d’industrie, et point un patron, dans le vrai

seii« tlii mot. Mais il est toujours vrai, pourlant, qu’il exerce la fonction industrielle que le palion remplit chez nous. Il est à remarquer toutefois que, sous le régime servile, il ne se fait aucune répartition proprement dite du produit de l'opération productive entre le travailleur et celui qui les emploie. Le maître étant le propriétaire de toutes les forces qui concourent à la production, des personnes aussi bien que des choses, il fixe comme il lui plaît la rémunél'alion de ses ouvriers.

Gardons-nous de confondre avec cette dépendance absolue du travailleur envers le maître dont il est la chose, d autres modes de dépendance qui laissent à l’ouvrier la liberté personnelle quant aux choses essentielles de la vie humaine, et ne rassujetlissent que par rapport au travail et encore dans une certaine mesure. Dans ces sortes d arrangements, le lien de dépendance de l’ouvi'ier envers le patron de qui relève 1 industrie, ou envers le propriétaire de qui relève la terre, peut avoir le caractère de la perpétuité, sans que l’ouvrier soit privé de sa liberté. L’engagement permanent des travailleurs est la loi oi-dinaire d’une société qui sort de l’état patriarcal et quitte le mode d’existence de la tribu pour entrer dans les relations de l’étal politique. C’est un état de liberté limitée dans lequel on rencontre, suivant les conditions économiques du temps, de véritables patrons, et un patronage que les dispositions morales du patron peuvent rendre très fi'uctueux pour le bien-être des travailleurs.

Il est un mode d’organisation du travail qu’on ne peut aujourd’hui, en parlant de la constitution des groupes producteurs, passer sous silence, c’est le collectivisme, la plus récente des nombreuses conceptions du socialisme.

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