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LES AGENTS NATURELS

dance le charbon, ce grand agent de l’industrie de nos jours! Qu’une contrée ait à la fois les richesses minérales et la fécondité moyenne du sol, et elle sera, comme la llelgique et le nord de la France, au nombie des plus riches du monde.

La volonté humaine réagit contre les obstacles naturels. — .Mais quelle que soit l’infériorité naturelle d’un pays, pourvu que le sol n’y soit pas tout à fait ingrat, comme dans les régions qui approchent du pôle ou dans quelques contrées montagneuses des zones tempérées, la puissance de la volonté humaine est telle, que ces pays moins heureusement doués pourront s’égaler, en prospérité matérielle, à ceux auxquels la nature a tout accordé avec profusion. Souvent même il arrivera, et c’est le tiiomphe de la volonté humaine, que le plus magnifique développement de civilisation, la prospérité matérielle la plus brillante et la plus durable, auront pour théâtre des contrées qui semblaient moins propres que d’autres à la multiplication des richesses.

On a souvent remarqué que l’Europe avait été moins bien dotée par la nature que les autres parties du monde. Dans l'impossibilité de se suffire à elle-même, il faut qu’elle cherche au dehors, au prix de mille labeurs, toutes les choses qui lui manquent. Parmi les objets qui servent à 1 alimentation et à l’habillement, l’Europe ne produisait dans l’origine que les plus indispensables. Tout le reste y a été importé des contrées lointaines et natui-alisé à force de soins. Et qu’est-ce que la fécondité de son sol, si vous la comparez à la fécondité du nord de l’Afrique, de la plus grande partie de 1 .Vsie et des l’égions centrales de l’Amérique? C’était pourtant sur ce sol que devait se développer

cette grande race blanche, destinée à devenir la niaitresse de toutes les autres races. Là, devait croître la postérité de Japhet qui, réalisant la prophétie de Noé, allait se dilater dans tous les sens pour soumettre Chain et habiter dans les tentes de Sem.

Et parmi les divers pays de l’Europe, ceux où la civilisation a jeté le plus d’éclat n’étaient pas naturellement les plus féconds. La Grèce, prise dans son ensemble, n’était que médiocrement fertile; ce ne fut que par des labeurs variés et continus que la richesse put s’y développer. Entre les diverses parties du sol hellénique, l’Attique était pour la fécondité une des moindres. On l’appelait la stérile Attique. Et pourtant que de richesses sortirent de ce sol qu’avait consacré la charrue de Triptolèrne ! Que de richesses y furent apportées par l’ingénieuse activité de son commerce, et mises au service de cet incomparable génie de la race ionienne qui lit d’Athènes le centre de tout le mouvement civilisateur de l’antiquité! La reine du monde antique, Home, était assise sur un territoire qui ne se laissait arracher qu’à grand’peine la maigre subsistance que lui demandaient les mœurs austères des premiers Romains. Mais le travail fut encore ici plus fort que la nature, et la prospérité de l’agriculture romaine fut une des sources principales de la puissance de la ville éternelle. Les faits de même nature abondent dans l’histoire du travail moderne. L’agriculture anglaise dépasse de beaucoup en puissance l’agriculture française, pourtant le sol et le climat de l’Angleterre sont inférieurs au sol et au climat de la France.

Partout on voit se révéler, sous mille formes, la puissance de la volonté dans le travail, puissance qui s’accroît de la

résistance même des obstacles qu’elle a à surmonter. Le génie de l’homme s’aiguise dans cette lutte contre la nature, pourvu qu’elle ne lui oppose point des barrières insurmontables et qu’elle laisse quelque issue à ses efforts. 11 est à remarquer que la Providence a placé dans des conditions de vie pénible et de lutte continuelle les peuples auxquels ella a assigné de grandes destinées. C'est une loi du monde moral que l’homme ne grandit que par l’épreuve. Celui à qui toutes choses ont toujours souri pourra avoir le bonheur, l’éclat, la puissance même pour quelques jours, mais rarement il aura la grandeur vraie et durable. L’expansion puissante du travail, dans des conditions qui semlileraient faites pour le décourager, est, pour l’ordre matériel, la conséquence et la confirmation de celte loi.

I»E QUOI DÉPEND PniNCIPALKMENT l’ÉNEUGIE DE TRAVAIL PRODICTEIR

L’énergie du travail tient particulièrement à des causes morales. — Si l’on ne considérait que les résultats purement matériels du travail, on se ferait une huisse idée de ce qui constitue l’énergie véritable du travail, ainsi que des causes auxquelles cette énergie est subordonnée. C’est en partant d’une notion du travail étroite et fausse, que 1 anglomanie de beaucoup d’économistes a placé l’ouvrier anglais si fort au-dessus de l’ouvrier du continent, et notamment de l’ouvrier français. Celte erreur a été signalée même par des écrivains anglais. Nous avons là-dessus le

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102 UE LA l’UODUCTION DES UlCllESSES.

tcmoignoge très concluant, cl assiircnient peu suspect, de J. Stuart Mill. D’après cet éminent économiste, ral)sence de toute élévation dans l’esprit, des facultés médiocres, un désir extrême de devenir riche et de faire son chemin par la richesse, donnent au travail de l’Anglais celte âpreté qui eu est le caractère distinctif. Lorsqu’il ne s'agit que de travail opiniâtre, les ouvriers anglais sont sans rivaux ; mais, comme le fait remarquer encore Stuart Mill, pour l’intelligenceet pour l’adresse manuelle, ils peuvent souvent être surpassés. S’il faut se garder de preiuh*e pour type le travail de l’industrialisme qui mettrait l’homme au rang des machines, il faut aussi reconnaitre que là où l’intelligence et les instincts supérieurs dominent, il peut y avoir manque de suite, de cette application intense et soutenue qui est indispensahle au succès du travail. Mill dit ti'ès bien qu’il y a un certain milieu à tenir, lecpiel consiste à ne pas se laisser absorber entièrement par les occupations manuelles, mais à travailler avec ardeur une fois qu’on est au travail, et à y mettre son esprit aussi bien (pie ses bras.

Cet esprit de suite et d’application lient surtout à la moralité du travailleur. C’iîst un fait (pii saute au yeux, et qu’ont fait ressortir tous ceux (jui se sont occupés de la situation des classes ouvrières. Cette observation remonte à l’antiquité. Pline disait : Ilunestis manibiis omnia lætiiis proveniunl, (juoniam et curiosius fiunt. Il faut au travail une certaine puissance à la fois de recueillement et d’expansion que donne au plus haut degré la jiratique habituelle du renoncement chrétien.

L’énergie du travail a sa source dans les profondeurs mêmes de l’âme. Le travail nèc(^ssite un effort, une victoire de l’homme sur lui-méme, et cette victoire n’est possible

t.E TIIAVAIL.

(jue par la concentration de toutes les forces de la volonté. H faut, pour se livrer au travail, que l’homme renonce au goût (pi’il a pour le repos, goût naturel, je dirai presque légitime; car l’homme, dans son état primitif, n’èlait point fait [tour l’agitalion du travail, et il doit en être alïranchi dans la vie jiarfaile ({u’il est appelé à conquérir par les épreuves de son existence pivsente. l>’inlèrél, le désir de jouissances plus étendues, poussent au travail, mais ils ne suhisent pas, s’ils agissent seuls, jiour déterminer riiomme à surmonter 1 aversion (jue le travail lui inspire. L’homme est ici entre deux intérêts : d’un côté l’avantage qu’il retirera de son travail, et de raiilre cet instinct inné qui lui fait souhaiter le repos et haïr la peine du travail. De ces deux intérêts, c’est l’intérêt de la paresse qui doit naturellement l’emporter, car c’est l’inlérét jirésent et immédiat('menl saisissahle. Ce n’est que par des impulsions d’un ordre plus élevé, jiar les aspirations de la vie chrétienne sous la loi du renoncement, que vous parviendrez à arracher riiomme à la paresse, pour le lancer dans l’activité pénible mais féconde du travail. Quand une fois riiomme aura pris, par (‘sprit de renoncement, l’habitude du travail, le sentiment de l’intérêt, sentiment légitime lorsqu’il est dominé et tempéré par le renoncement, lui viendra en aide pour soutenir et accroître son activité. L’homme comprendra alors qu’en acceptant les renoncements du travail, il fait ce que demande son intérêt bien entendu, et son bien-être s’augmentera de tous les sacrifices que le renoncement lui dictera.

Par la pratique du renoncement l’homme rentre en luiméme, il se recueille. En se détachant des choses exlérieun^s, il rassemble toutes ses forces aux sources mêmes

(le sa volonté, et il puise dans cette concentration une puissance d'expansion devant laquelle cèdent les obstacles les plus rebelles. L’bomme qui a fait du renoncement la rèele de sa vie, sans cesse ramené au dedans de lui-mèmc, ne se laissera détourner de sa tàcbe, ni par la mobilité des impressions extérieures, ni par l’inconstance et la légéreté de son cœur. Son âme aura un point fixe auquel elle reviendra toujours, un attrait intérieur qui s exercera même sur les |)lus bumbleset les plus r(!ufermésdans 1 étroit horizon de la vie ouvrière. Ce point fixe, ce point toujours lumineux, même au milieu des ténèbres de l'intelligeirte la moins cnltivée, c'est l’idée, le besoin de reporter sa vie à [lieu par l’accomplissement pénible du devoir. Or, le devoir o-énéral de notre existence,devoir tellement naturel et tellement universel qu’il se confond avec les exigences les plus évidentes et les plus irrésistibles de la vie, c’est le travail. Ce travail est l’œuvre de tous les jours, par la([uelle les hommes, tii-ant d’une nécessité de leur nature la matière d’un libre sacrifice, accomplissent à chaque moment, dans l’ordre matériel, la loi de leur vie m(trale. C est ainsi que par l’action intime de la loi chrétienne dans la conscience de chacun, l’habitude du travail pénétrera dans les mœurs et deviendra un fait universel et constant de la vie sociale.

Le travail chrétien est moralisateur. Institution du dimanche. — Si le christianisme pousse l’homme à rechercher la peine du travail, il lui donne en même temps les consolations qui doivent l’aider à la porter, et 1 intelligence des choses de l’esprit qui doit soustraire le travailleur à rabrutissenient d’un labeur manuel continu.

Le travail inspiré par l’esprit de renoncement perd son amertume, parce qu’il rapproche 1 homme de Dieu, source

des joies véritables, des joies de l’âme. Loin d’abaisser et d’obscurcir les esprits, le travail chrétien les élève et les éclaire, en leur donnant la notion vraie de la vie humaine, en les reportant sans cesse des choses matérielles vers Dieu à qui s’adressent tous les renoncements du travailleur. Jamais, pas plus dans sa discipline que dans sa doctrine, l’Église ne sépare l’œuvre du travail manuel de l’œuvre du perfectionnement spirituel. Dieu est toujours le but, et pour que ce but ne soit jamais oublié, Dieu, par la même loi qui prescrit le travail, prescrit aussi le repos du septième jour, qui doit lui être consacré.

Sans le repos du dimanche, le travail devient un fardeau accablant, que les forces de l’homme ne sauraient porter longtemps. L’bomme est fait pour regarder le ciel. Passer sa vie entière, courbé vers la terre, absorbé, sans ti'êve et sans relâche, dans les étroites préoccupations de la vie matérielle, serait chose inconciliable avec .«on bien-être aussi bien qu’avec sa dignité. S’il est fidèle à la loi divine, un jour par semaine il renoncera aux intérêts et aux agitations de la teiTe et il trouvera, dans ce renoncement, une plus complète possession de lui-même et un plus libre développement des facultés supérieures de son être.

L’institution du dimanche, que l’Église a toujours défendue contre des cupidités aveugles, résume tout l’elfort du christianisme pour faire dominer la liberté de la vie spirituelle sur les servitudes de la vie matérielle.

Le dimanche est le jour où tous les renoncements du travail portent leurs fruits, et où la peine se transforme en joie, par la communication intime, libre et reposée de l’âme à Dieu. C’est sur cette terre, au milieu des épreuves du travail, comme un avant-goût de cette vie où l’activité

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lOG DK LA l'UODUCTION DES mciIESSES.

(le riioinnie se déploiera, exemple de toute peine, dans

I union avec l’amour infini.

A la même source où riiomnie ira retremper son cœur et son esprit, il ira renouveler aussi ses forces pliysicjues.

II y a entre les forces de l'homme et le travail des six jours de la semaine une harmonie secrète, (jue la science peut aujourd’hui constater comme un fait, mais dont le créateur de la nature humaine pouvait seul, à l’origine, connaître la nécessité et dont il pouvait seul tracer la loi.

Alfermi, consolé, délassé par la sanctification du dimanche, l’homme reprendi'a avec un nouveau courage ces durs labeurs, dont il doit porter le joug jusqu’à la tombe. Fortifié par les joies du dimanche écoulé, il accomplira plus facilement sa tâche, dans l’attente des joies du dimanche qui s’approche. H ira ainsi, de labeur en labeur et d’espérance en espérance, jusqu’à ce qu’il lui soit donné de se reposer pour toujours dans le lieu auquel tendent tous les labeurs et toutes les espérances de l’humanité.

Les preuves de fait. — ha nature et les limites de cet écrit, où j’ai seulement en vue d’exposer les premiers principes de la science économique, ne comportent pas le développement des preuves de fait par lesquelles se trouvent pleinement confirmées les considérations que je viens d’émettre sur les causes qui donnent au travail, dans l’ordre économique, toute son énergie. En traitant des causes actuelles de la misère, au sixième livre de mon ouvrage sur la Richesse dans les sociétés chrétiennes, en montrant, dans les chapitres v et vi du deuxième; livre de ce même ouvrage, comment le travail perd sa puissance dans les sociétés antiques à mesure que croissent les vices du paganisme, et comment il la retrouve, dans les siècles chrétien

LE TDAVAIL.

à mesure que l’Église restaure, dans la vie individuelle et sociale, les vertus que le paganisme avait laissé périr. J’ai donné ces preuves auxquelles je me borne, dans ce précis, à renvoyer le lecteur.

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