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RÉPANDRE LES CONNAISSANCES

DANS LA SOCIÉTÉ ET DÉVELOPPER l’aPTITUDE DES TRAVAILLEURS

Le progrès des sciences et des procédés scientifiques. — Toutes les sciences se tiennent. Les découvertes dans l’ordre des sciences naturelles, qui fournissent au travail ses procédés, se rattachent, par une chaîne indissoluble de déductions, aux principes les plus élevés de la philosophie. C’est l'inquilsion donnée à l’esprit humain dans les sciences premières, dans les principes généraux, qui détermine son mouvement jusque dans les régions les plus reculées des sciences spéciales. Car l’esprit est un comme la vérité même. Ce ne sont donc pas seulement les sciences spéciales et h;ur application au travail que l'économiste a à considérer. Il faut pour juger sainement de ririfinence de l’esprit chrétien sur l’élément scientifique de la production, remonter jusqu’aux parties les plus élevées de la science humaine.

L’esprit chrétien, c’est l’esprit de renoncement, et l’on peut dire du travail appliqué aux sciences ce que nous avons dil du travail appliqué à la production des richesses. l*as plus dans le travail de l’intelligence que dans le travail

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,0g de la production des richesses.

des mains, l’homme ne peut produire sans peine. Il n’obtient les fruits de la science, comme les fruitsde la terre, qu’à la sueur de son front. Ce n’est qu’à la condition de se vaincre, de surmonter l’aversion naturelle qu’il a pour la peine, que l’homme applique son esprit à la science, fout progrès scientifique est donc subordonné à un renoncement de la volonté semblable à celui qu’exige le travail producteur de la richesse. Plus celte puissance de renoncement sera énergique et soutenue, plus l’homme sera capable de succès dans les sciences. A un autre point de vue, plus élevé et plus profond, le renoncement lui-même est le premier acte de toute acquisition scientifique. Comme l’a dit Maine de lliran, nous ne pouvons atteindre à la vente que par le sortir de nous-même. C’est en renonçant a notre esprit propre, c’est en rattachant notre esprit, faible et souvent obscurci par nos passions, au centre toujours lumineux de la vérité infinie, que nous parvenons à la pleine et vraie science. L’esprit humain , élevé par le renoncement à la connaissance profonde et intime, en quelque sorte, de la vérité, puisera dans celte communication avec 1 1 vérité vivante, une vigueur dont les elTels se feront sentit partout où il portera sa recherche, dans les sciences physiques comme dans les sciences morales.

Dans la pratique du savoir, l’Église, en imposant à l’homme le joug de l’orthodoxie, lui demande un acte de renoncement qui semble à beaucoup en contradiction avec les conditions essentielles de la science. Si l on y regarde de plus près, on verra que celte soumission à l’orthodoxie, join d’être un obstacle au progrès des sciences, lui donne

au contraire de merveilleuses facilités.

Que faut-il à l’esprit humain pour s’avancer en toute

sécurité au milieu de cet océan de faits divers, compliqués et obscurs, qui constituent le domaine des sciences naturelles? Il lui faut avant tout des données générales et profondes, des principes sur lesquels il n’ait point à s’arrêter, de façon qu’il puisse, dégagé de toute préoccupation au sujet de l’ordre supérieur et général des choses, porter toutes ses forces vers l’observation et la coordination des faits particuliers. A’est-ce point là précisément ce que lui fournit l’orthodoxie? Quels progrès sérieux l’esprit humain a-t-il fait faire aux sciences naturelles tant qu’il a été absorbé, comme il l’était dans les ténèbres du paganisme, par la recherche des principes qu’expliquent l’oi igine et la fin des choses? Qu’on nous dise que's progrès lui font faire aujourd’hui les rêveries du transformisme dans lesquelles s’absorbent tant d’intelligences qui seraient capables de donner, dans les sciences positives, des résultats sérieux et utiles?

11 est donc vrai que, non seulement la foi donne à l’esprit humain plus de vigueur, plus de pénétration et plus d’étendue, par la hauteur et la constante certitude des principes, mais qu’elle lui donne aussi plus de libeité. G est là une des grandes raisons de la supériorité des sociétés chrétiennes sur les sociétés païennes quant aux sciences naturelles. Gette hardiesse d’observation, que tant d incrédules de notre temps croient irréconcilialde avec les |•enonccmenls de l’ortliodoxie, c’est précisément de l’oiTbodoxie que l’esprit moderne la lient.

fai tait, la libre-pensée va, d’une façon ou d’une auti'o, aboutir au matérialisme et à la morale de l’intérêt. Car il n’est point de science, si positive qu’elle soit, qui puisse résister à rinlluence prolongée du matérialisme. Dans une

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süciélc où (lomiiicraiciil, cxclusivemeni les préoccupations matérielles, on verrait périr insensiblement même la puissance iloxploiter, au profit de rimlustric, les ilounees de la science. Ce nest pas rinlérêt qui fait faire les grandes découvertes; souvent on n’y atteint que par une vie consumée tout entière eu lentatives stériles. C’est quelque chose de plus haul que riiilérèt qui y pousse, c’est un noble besoin de saisir la dernière application des principes aussi bien que leur première raison. C’est l’esprit scientinqiie, et non l’esprit mercantile, qui enfanle les procédés vraiment iicufs et vraiment féconds. Voyez, de nos jours, qui fu jamais plus désintéressé qii’Ainpèrc. le premier à qui vint la pensée d’appliquer les courants électriques aux usages industriels 1 Que d’autres ou pourrait citer, sans chercher Iiarmi de si illuslresl L’esprit scientilique a besoin delio soutenu et protégé sans cesse par des iniluenccs supérieures aux inléréis purcinenl matériels. Au premier nioiiieiit, après uu grand développement scieiilllique, les applications praliiiiies de la science pourront se niullipliei sous la seule iiiipiilsioii de l’esprit induslricl. On tirera, avec une sorte de lièvre, toutes les conséquences facilciiieiit saisissahles d’un fait connu. .Mais, les conséquences épuisées, le goût des recherches, le véritable esprit scientifique étant perdus, le moiivemenl s’arrêtera et ce progrès d’un jour

ira se perdre, par rénerveiiient du sensualisme et l’asservissement il la vie facile, dans rimmobililé et le marasme de la décadence. l.’F.xtréme-Orient nous offre, dans le peuple chinois, rexemiile d’une société arrivée autrefois à un assez haut' degré de civilisation, mois arrêtée dans son mouvement et iiuinobilisée par l’envahissement de la doclriiie de l’iiiterél. Le matérialisme calculateur a pénétré dans la vio de ce

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peuple étrange plus profondément qu’en aucune autre société. On en est venu en Chine à ne cultiver la science que dans un but d’application immédiate. Aussi les connaissances physiques, qui autrefois y étaient très avancées comparativement aux autres pays civilisés, s’y trouvent aujourd’hui, par le défaut de celte culture désintéressée qui leur est indispensable, à l’état élémentaire. Une routine qui date de plusieurs siècles fait tout le fond des procédés de l’industrie des Chinois et réduit ce peuple, si bien doué par la nature pour tous les genres de travaux, à une triste et ridicule impuissance.

Les grandes découvertes sont le fruit d’un travail recueilli et suivi que les mobiles impressions de l’intérét matériel, et ses excitations tout extérieures, ne peuvent inspirer. Pour atteindre aux grandes choses, il faut savoir travailler, non }»our le présent cl pour la puissance du moment, mais pour un avenir que peut-être on ne verra pas. La profondeur et rétendue des résultats sont au prix de la lenteur et de la ténacité du travail. Le chrétien qui travaille par devoir, qui s’applique à la science comme à un apostolat, qui y cherche, non point uu succès d’un instant, mais un moyen de faire hi'illcr d’une plus vive évidence les éternelles vérités de sa foi ; le chrétien ainsi désintéressé des préoccupations de l’heure présente et du profit matériel, saura donner à ses recherches la puissance de concentration et de recueillement qui les rendra vraiment fructueuses. Tandis que Uiulérét travaille j)our le présent, le renoncement travaille pour l’avenir, c’est-à-dire poulie progrès.

La diffusion des connaissances dans le monde ouvrier. — Mais ce n’est pas seulement j»ar les grandes

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découvertes scientifutues, et par les procédés qui en dérivent, que la puissance du travail dépend des progrès de l’intelligence î elle en dépend encoi’e en tant que la diffusion générale des connaissances dans les sociétés donne aux travailleurs cette aptitude intellig(înle qui rend le tiavail mieux entendu et plus parfait, qui élè>e le tra\ailleui au-dessus des menus détails du travail, qui le rend capable d’en saisir la pensée première et de contribuer, dans une certaine mesure, à en diriger 1 ensemble.

Répandre l’instruction dans le peuple est une œuvre difficile; elle exige, à la fois, la supériorité de l’abnégation et la supériorité de l'intelligence. Cette double snpéiiorité s’est rencontrée dans l’hglise catholique plus que paitout ailleurs. Enseigner les ignorants a été de tout temps, poulies chrétiens, une œuvre de miséricorde. Cette œuvre a toujours été accomplie dans l’Église suivant les besoins des temps, mais sans oublier jamais, comme il est arrivé trop souvent de nos jours, que l’instruction ne doit point être séparée de l’éducation. Comment l’Église 1 aurait-elle oublié, elle qui ne répand les lumières que pour conduire plus sûrement au bien?

Ici, comme toujours, c’est un but de perfectionnement spirituel que l’Église poursuit directement, et c’est par les voies spirituelles qu elle est conduite, sans les a^oir recberchés pour eux-mêmes, aux progrès de l’ordre niati'riel. Par le fait de l’unité qui règne dans l’ordre intellectuel, il est impossible d’ouvrir l’esprit de l’homme à la connaissance <le Dieu sans l’ouvrir en même temps à tous les éléments des sciences purement Immaines. En soi te que tout ce que fait l’Église pour moraliser les peuples par rinstruction se trouve être fait, en même temps, pour ac-

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