‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 35 sur 120 · DE L.\ FORM.VTIOX ET DE LA COXSEUVATIOX DU CAPITAL · texte numérisé non relu

DE L.\ FORM.VTIOX ET DE LA COXSEUVATIOX DU CAPITAL

Importance du capital. — Il n’est point de production sans capital, et le travail a d’autant plus de puissance qu’il dispose de capitaux plus considérables.

La prévoyance du travailleur, qui amasse des matériaux et des matières premières, ajoute à la puissance du travail en multipliant ses moyens d’action et en augmentant la masse des choses sur lesquelles il opère. Quand le producteur accroît par son économie les subsistances destinées aux travailleurs, il accroît d’autant sa puissance de commander du travail. Cette puissance, le manufacturier en usera pour étendre ses ateliers, pour compléter son outillage et perfectionner ses machines, pour faire les dépenses nécessaires à l’application des procédés nouveaux qui rendront son travail plus productif. L’agriculteur fera de même : il augmentera ses moyens de production, en appliquant le travail que ses épargnes peuvent commander à défrieber des terres encore incultes, ou bien à améliorer des terres déjà exploitées par des cultures, des défoncements, des dessèchements, des irrigations ; à même de payer plus de salaires, il donnera des soins plus minutieux à l’exploitation ; possédant plus de fourrages et de céréales, il entretiendra plus de bétail.

Ainsi, dans une société où régneront la prévoyance et le

ÿj

iu DE U DRODUCTION DES RICHESSES.

travail, choses qui ne vont pas l’une sans l'autre, les producteurs multiplieront et perfectionneront sans cesse leurs instruments de travail. Dans cette société, on verra s augmenter, de siècle en siècle, toute cette lâchesse mobilière et immobilière qui forme le capital, et l’on verra croître en même temps, et par là même, la puissance du travail.

L’économie et la puissance du travail, sources du capital. — Le capital, sous ses diverses formes, résume toute la richesse, toute la puissance matérielle de la société; mais c’est de l’ordre moral que procède le capital, c est dans l’ordre moral que réside la force qui l’engendre et qui le conserve. Elle est tout entière dans cette habitude de se renoncer, de se vaincre, que le christianisme donne aux hommes et sans laquelle l’économie serait impossiide. Il ne suffit pas, pour former le capital, que le travail, par 1 accroissement de sa puissance, mette à la disposition de l'homme des ressources de plus en plus abondantes; si une insatiable avidité pour les jouissances matérielles consomme les produits à mesure que le travail les crée, le fonds de richesse qui constitue le capital n’augmentera pas.

Il faudra que l’économie mette en réserve les produits du travail pour les faire servir à en étendre dans l’avenir la puissance. Or l’économie n’est pas naturelle à l’homme ; elle suppose un esprit de prévoyance et un empire sur soimême qui ne peuvent s’acquérir que par un certain développement de l’intelligence et de la volonté, et que ne saurait produire le seul instinct de la jouissance. Voyez le sauvage livré aux appétits des sens : il est aussi incapable de prévoyance que d’économie. Et le sauvage de la civilisation, l’ouvrier livré sans éducation, sans croyance, sans instruction, à ses corruptions natives, tel qu’on le rencontre trop

Page 1