LA PROPRIÉTÉ ET LA LIBERTÉ
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LA PROPRIÉTÉ, LA LIDERTÉ ET LA DIGMTÉ DU TRAVAILLEUR, PAR RAPPORT A LA PUISSAXCE DU TRAVAIL
La liberté et la propriété sont inséparables. — La liberté et la propriété ne peuvent se séparer. Elles prospèrent et grandissent, elles déclinent et meurent en même temps. L’homme libre est naturellement propriétaire des fruits de son travail, ainsi que des fruits du travail de ceux dont, par la communauté du sang ou les liens de l’affection, il continue en ce monde la personne. Oter à l’homme les biens qui sont le fruit de son travail, ou du travail de ses auteurs, c’est atteindre la liberté dans le passé et constituer une sorte d’esclavage rétroactif. Lui ôter la certitude de jouir, par lui et les siens, des fruits de son travail, c’est détruire la liberté dans l’avenir en la privant de ses conditions naturelles de développemeni. D’un autre côté, priver un homme de la liberté, c’est-à-dire lui ôter la personnalité en laquelle la liberté se résume, et sur laquelle repose tout droit, c’est du même coup lui ôter la propriété qui ne peut subsister là où il n’y a plus de propriétaire.
La liberté et la propriété sont deux forces qui s’appellent et se supposent l’une l’autre. Unies dans leur principe, elles le sont aussi dans leurs effets sur l’ordre social. C’est par les mômes mobiles qu’elles sollicitent les volontés.
Sans la propriété, le travail languit faute d'intérêt pour le travailleur. — L’intérêt, à lui seul, ne peut
suffire à mettre en pleine activité la puissance productrice de l’homme. i\oiis l'avons dit, le travail est une peine et ce n’est qu’à la source de toutes les vertus, dans l’esprit de renoncement inspiré de la pensée de Dieu, que nous puisons la force d’accepter celte peine. Mais le renoncement n’exclut pas l’intérêt propre. En se renonçant par devoir, l’homme a le droit de tirer de ses renoncements les avantages terrestres, qui sont les conditions du plein accomplissement de ses destinées en ce monde. Seulement le chrétien qui se renonce apportera toujours dans la poursuite des biens temporels la modération sans laquelle l’usage conduirait promptement à l’abus. Mais dans les limites de cette sagesse qui le place au-dessus des séductions de la richesse, il lui sera permis de rapporter à lui-même, et à ceux que le sang et l’affection attachent à lui, les fruits qui naitront de son travail. Ce sera pour lui un but, non seulement légitime, mais louable.
Rien n’est plus dans la nature des choses que la propriété. La supprimer ou l’altérer, dans l’un ou l’autre des droits qui sont de son essence, c’est éhranler la société dans ses bases mêmes et renverser, du même coup, l’ordre moral et l’ordre matériel.
Plus le travailleur sent que c’est à lui que doivent revenir les produits de son œuvre, plus il y met de suite et de vigueur. Otez à la plupart des hommes l'assurance de pouvoir, par leur lal)eur, sous la garantie du droit de j)ropriété, mettre leur vie à l'abri des chances de l’avenir, ôtez-leur le droit d’assurer après eux, par leur travail, une existence à ceux dont le bien les touche plus que leur
propre bien, et vous verrez l’activité humaine, bornée dans
ses vues à l’heure présente, languir
et bientôt s’éteindre.
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