LA PROPRIÉTÉ ET LA LIBERTÉ
L’homme est naturellement grand, et il porte en toutes choses le sentiment de sa grandeur native. L’honneur est toujours sa loi. Ne demandez aux hommes aucun effort soutenu au nom de l’intérêt matériel seul, comme le fait le sensualisme économique. Quand des sociétés où semblent régner souverainement les préoccupations du gain, accomplissent de grandes choses dans l’ordre matériel, c’est qu’elles vivent encore (fune impulsion reçue en des temps où l’esprit vivifiait et ennoblissait tout. Ainsi en est-il des Etats-Unis, qui, dans leur fièvre d’industrie, poursuivent un but plus haut que le succès purement matériel : la conquête, parle travail, d’un monde où régnaient jusqu’ici les seules forces de la nature.
En elle-même, par les conditions extérieures où elle s’accomplit, l’œuvre du travail est souvent avilissante ; elle tient l’homme courbé vers la terre, et parfois presque plongé dans la boue. Si vous ne considérez que son but immédiat, qui est la satisfaction des besoins matériels, elle tend également par là à abaisser l’homme en l’attachant à la matière. Mais établissez fermement, comme le fait la doctrine catholique sur la destinée de l’homme et les moyens de la réaliser, la grandeur de l’homme par la grandeur delà fin à laquelle il est appelé, par la grandeur de la volonté qui poursuit cette fin; faites voir que le travail, en épurant et en fortifiant la volonté, élève l’homme vers sa fin supérieure ; établissez que l'homme n’est point grand par les jouissances dont il s’entoure, mais par le progrès d’affranchissement intérieur de l’àmequi tend à le ramener à Dieu, source de toute grandeur ; montrez que le travail, par les sacrifices dont il est l’occasion, par les abjections mêmes qui souvent en sont inséparables, aide l’homme à opérer
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en lui cette rédemption qui est la condition première de tous les progrès ; fixez dans ce sens les convictions et les habitudes de la société, et vous aurez rendu au travail toute sa dignité.
La liberté politique favorise l’expansion du travail aussi bien que la liberté civile. — Tout ce qui diminue la liberté du travailleur et la certitude qu’il a de jouir des fruits de sa peine, diminue d’autant la puissance productive du travail. La liberté politique, pas plus que la liberté civile, n’est indifférente pour la richesse. Les peuples qui ont fait de grands et durables progrès dans la richesse sont des peuples libres, et le plus souvent on a vu s’éteindre chez eux la prospérité matérielle avec la liberté. L’homme est fait pour la liberté comme pour riionneur, l’un ne va pas sans l’autre. Plus il se sent maître de ses destinées, plus il déploie toutes les ressources de son activité et de son génie. Il est bien entendu que je ne parle ici que de ces libertés vraies, saines, pacifiques, que j’ai appelées ailleurs les liberle's populaires, qui sont les libertés de tout le monde, qui protègent les droits à tous les degrés de la hiérarchie sociale, en haut comme eu bas, et qu’il ne s’agit en aucune façon de cette liberté démocratique, qui n’est qu’abus et licence, et qui a toujours pour terme l’absolutisme de l’État dans l’ordre économique comme partout.
Les atteintes indirectes que subit le droit de propriété dans les régimes où règne l’arbitraire, soit démocratique, soit césarien, ne sont pas moins nuisibles au travail que les systèmes qui l’attaquent ouvertement et directement. La guerre entreprise sans motifs impérieux, les révolutions, les impôts excessifs, les spoliations légales, ôtent égale-