LA CONCURRENCE
loyale, qui se résume en un accroissement continu de la puissance productive du travail. De celte concurrence-là le producteur et le consommateur tirent un égal avantage.
Inconvénients de la concurrence. — Mais la concurrence se présente-t-elle toujours dans ces conditions de loyauté et d’activité sérieuses? N’est-elle pas trop souvent l’occasion de manœuvres par lesquelles on réussit à altii er le consommateur sans améliorer le produit? Ne fournitelle pas trop souvent à des entreprises factices le moyen de supplanter et d’anéantir les entreprises honnêtes, et de pi'iver la société du profit qu’elle retirerait de celles-ci, ne laissant à la place qu’une production bientôt discréditée?
H n’est que trop vrai que, de nos jours, la concurrence a souvent ces déplorables conséquences; mais faut-il les attribuer à la concurrence elle-même, ou bien au milieu dans lequel elle s’exerce? La concurrence, c’est la liberté. Qui peut nier que la liberté ne soit en elle-même une bonne chose? Mais qui peut nier aussi que la liberté n’ait besoin d'être toujours guidée par une intelligence droite, contenue par les principes d’une forte et rigoureuse moralité, inspirée [lar un sincère amour de l’homme pour l'homme, lequel n’est qu’un rêve si la charité chrétienne n’en est la source? Hors de ces conditions, la liberté dégénère en excès, en désordres, en spoliations de toute sorte; elle aboutit à l’exploitation des faibles par les forts et laisse pleine carrière à l’injustice et à l’oppression, contre lesquelles il semble qu'elle devrait être le plus sûr préservatif.
Nos sociétés, [lar leur oubli de la vertu ebrélienne, par leur esprit d’individualisme étroit et avide, (jui est la (•(msèquence de la disparition di* l’es[irit ^•llréti^‘ll, portent en elles-mêmes la cause de tous les abus dont on accuse
15i DE LA PllODüCTION DES RICHESSES.
commuiu'mieiit le régime de la concurrence. INoublions pas que les grandes libertés ne sont j)0ssibles que par les grandes vertus.
ba société, sous des formes diverses, a toujours à poursuivre un même but : le perfectionnement constant de riiunianité dans l’ordre moral, puis, comme conséquence et comme moyen, l’amélioration constante dans les conditions de la vie matérielle. Supposez qu’à uu moment donné, la liberté, laissant le cbamp ouvert à toutes les passions mauvaises, ii’engeiulre plus, au lieu du progrès, qu’un abaissement continu dans l’ordre moral, et, par suite, des perturbations mineuses dans 1 ordre matériel; sous la menace d’un tel danger la société ne serait-elle pas obligée de consentir à se laisser retrancher ce bien de la libellé, le plus précieux des biens pour ceux dont la sagesse sait en tirer les fruits? Est-il impossible, à certains indices ijui parfois se révélent aux regards des moins clairvoyants ou des plus prévenus, de jirévoir et de redouter le jour où la libre concurrence aboutirait, par la concentration des forces, sous l’impulsion d’une sauvage passion de luxe et de grandeur matérielle, à paralyser les forces iiroductives des petits travailleurs? Oue feraient-ils, livrés à eux-mémes, ces iietits travailleurs? Pourraient-ils lutter avec succès contre relfort de toutes les ciqiidités liguées pour leur enlever, à l’abri d’une légalité tronq)euse, les fruits de la liberté? Que ferait alors l’autorité, i)lacée entre le respect d’nn principe et la nécessité de protéger, en fait, la liberté légitime de tous contre la liberté abusive de quelques-uns?
bons uni' société (jui aurait laissé s’amoindiir en elle ctMte piiissanci' de la motléralion, de la juslici' (*l de la cbaiilé que donne la prali(iue de la vertu ebrélienne et