‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 46 sur 120 · LA CONCURRENCE · texte numérisé non relu

LA CONCURRENCE

qui est la première condition de la liberté, dans une telle société, on pourrait gémir sur la perte de la liberté, sans oser souhaiter de lui voir repi’endre un empire dont les vices du temps feraient une calamité. N’en serons-nous pas là bientôt, si la société poursuit sa marche précipitée dans la carrière de cupidité et d’égoïsme où le vide des croyances la laisse s’égarer? Demandons à Dieu qu’il nous épargne les hontes et les souffrances dont une pareille déchéance serait infailliblement accompagnée! Une seule chose peut sauver la liberté, et avec elle les sociétés modernes : une révolution dans les mœurs par laquelle les hommes soient ramenés à la foi et à la pratique chrétiennes.

Les correctifs aux abus de la concurrence. — C’est quand il s’agit des causes de la misère que les abus de la concurrence éveillent les répulsions et les craintes les plus vives. Si l’on envisage la production des richesses seulement, en tant que cette question puisse être séparée de celle de la condition des classes ouvrières, le péril paraîtra moins grave et moins pressant. 11 importe néanmoins que des abus toujours sérieux, et préjudiciables au bien-être général de la société, soient évités.

C’est particulièrement par l’association des producteurs, de ceux qui pratiquent laborieusement et honnêtement leur industrie, que les fâcheuses conséquences de ces abus peuvent être arrêtées, ou du moins contenues. Dire quelle forme doit prendre dans ce cas l’association, c’est chose impossible a priori et d’une façon générale. Cette question ne peut être résolue que par ceux-là même qui y sont les premiers intéressés, et avec le concours des pouvoirs publics, qui interviendraient sans imposer jamais de con-

trainte, et en vue seulement de prêter appui à la libre initiative des producteurs. En tous cas, la liberté resteia la rèo-le et la restriction ne s’exercera que lorsqu’il y aura nécessité sociale par suite d injustice manifeste. La doctrine contraire va inévitablement au socialisme.

Les syndicats de patrons, s’ils étaient animés d’un véritable esprit de modération, de sagesse et de charité chrétiennes, rendraient de grands services. On a vu, même en dehors des salutaires influences de la vie chrétienne, ces institutions exercer nue très heureuse action pour maintenir la probité dans la fabrication et garantir à l’acheteur la qualité des produits. Elles pourraient être aussi très efficaces pour conjurer le mal de la surproduction, un des plus redoutables que la concurrence engendre, un des plus féconds en calamités. Lorsque les patrons, réunis dans les corporations ou syndicats, pourront s’éclairer mutuellement sur la situation du marché, sur les risques que présentent les entreprises exagérées et d’ordinaire peu réfléchies, il y aura parmi eux moins de facilité à s’y livrer. En outre, par l’autorité que prendrait l’association, par l’intimité qui s’établirait entre les associés, il se formerait, dans le monde industriel, une opinion que l’on hésiterait à braver.

Je l'ai dit, en traitant, dans le Patron, des devoirs dos chefs d’industrie : « quand on cherche le moyen de faire respecter, dans la pratique industrielle, les règles de la justice chrétienne, comme aussi les règles de la charité, de réprimer les fraudes ou les pratitiues indélicates auxquelles pousse une concurrence stimulée par la cupidité, d’assurer le respect des principes de riiiunanité et des devoirs de la charité envers les ouvriers ; en un mot, d oh-

LA DIVISION DU TRAVAIL

tenir des patrons l'accomplissement, aussi étendu que possible, des devoirs des industriels, soit envers leurs ouvriers, soit envers les consommateurs et la société tout entière, l’association est le meilleur moyen, on peut môme dire le moyen nécessaire de produire et de maintenir l’entente et le concert entre les patrons, sans lesquels ici rien ne peut se faire. »

Mais pour que les associations, corporations, syndicats pussent exercer pleinement leur salutaire action, il faudrait qu’ils fussent pénétrés de l'esprit chrétien. Eaute de cet esprit, c’est à peine s’il est possible qu’ils se tonnent dans des conditions d’importance et d’influence .suflisantes. Que nos sociétés recouvrent, avec l’esprit et les habitudes de la vie chrétienne, l’esprit d’initiative et l’esprit d’association qui en sont des traits distinctifs, et, aujourd’hui comme au moyen âge, les travailleurs sauront bien trouver la forme la plus propre à la protection du travail.

Page 1