‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 51 sur 120 · DE L.A VALEUR DES CHOSES ET DU PRODUIT NET · texte numérisé non relu

DE L.A VALEUR DES CHOSES ET DU PRODUIT NET

Observations générales. — Le fait de l’échange se lie intimement au fait de l’existence sociale; il est la conséquence directe de la division du travail, laquelle reproduit dans l’ordre matériel, nous l’avons vu, les principes de solidarité et d’unité qui rattachent les uns aux autres, dans l’ordre moral, tous les membres d’une même société, et les diverses sociétés qui forment la grande famille humaine.

Par la division du travail, chacun de nous ne produit qu’un seul objet, ou même une partie d’un seul objet, entre tous ceux dont la vie la plus simple nécessite la consommation. Ce ne sera donc que par le troc que nous pourrons réunir l’ensemble des choses que nos besoins réclament. Mais comme le travail est divisé à l’infini.

et que les travailleurs entre lesquels l’échange doit s’opérer se trouvent souvent séparés par de très grandes distances, l’échange, si simple par lui-même, ne s’opère qu’à travers des complications telles que souvent, à la première vue, un œil peu exercé aurait peine à en suivre le fil.

l’ai dit au premier chapitre de ce précis, sous le n" Vil, à quelles lois générales obéissent les échanges. J’ai établi, sans qu'il faille y revenir ici :

1® Qu’il y a lieu de distinguer entre la valeur en usage et la valeur en éidiange, et j’ai insisté sur l’importance de cette distinction.

2® Que la loi générale suivant laquelle se règle la valeur des choses, c’est la loi d’offre et de demande.

5® Que cette loi, bien que générale, doit être combinée, dans les réalités de la vie sociale, avec des influences qui tiennent aux mœurs, notamment l’action que la charité peut exercer sur les habitudes, et j’ai insisté sur ce point qui est très important dans l’étude de l’ordre matériel, tel (jue les sociétés chrétiennes le comprennent.

Prenant pour point de départ ces notions que je considère comme acquises, j’ai à faire voir ici avec plus de précision, pour compléter la théorie de la valeur en ses éléments essentiels, m’appuyant sur le fait de la valeur en usage, comment, en certains cas, l’utilité gratuite tourne à l’avantage de la masse des consommateurs, c’est-à-dire de la société tout entière, ou comment, par suite d'un monopole de fait ou d’un monopole légal, elle reste la propriété de celui dont le travail l’a fait naître et tourne à son profit exclusif.

L’utilité gratuite, l’utilité onéreuse, le produit

LA VALEUR. tO.’î

net. — Nous avons à reprendre ici la distinction ingénieuse, introduite par Bastiat, entre Yulilité gratuite et Yiitüité onéreuse.

L’utilité onéreuse est le résultat des efforts, des sacrifices de toutes sortes, nécessaires pour faire exister la chose. L’utilité gratuite provient de l’emploi des forces productives communes à tout le monde, par le concours desquelles l’effort, la peine, le sacrifice, nécessaires à la production de la chose, se trouvent diminués, en telle sorte que la valeur en échange soit réduite en proportion de la part plus grande que ces forces naturelles communes auront dans la production ; grâce à l’emploi plus étendu ou mieux combiné des forces naturelles, un même effort donnera une somme de produits plus considérable, d’où résultera une extension de la puissance productive du travail, laquelle se traduira par une diminution dans la valeur en échange de l’objet produit. Bastiat a donné des effets de cet emploi de l’utilité gratuite dans la production une formule rigoureuse : pour amener une chose à son état complet d’utilité (c’est-à-dire de valeur en usage), l'action du travail est en raison inverse de l'action de la nature.

De tout ce que nous avons dit plus haut sur la production et sur la valeur, il résulte que la valeur en échange d’une chose est, en général, proportionnée à la somme des sacrifices accomplis pour faire exister la chose avec toutes les qualités qui la rendent utile. C’est ce qui fait dire à Bastiat que la valeur est le rapport de deux services échangés.

En effet, lorsque nous acquérons une chose qui a exigé pour être produite une certaine peine, celui qui nous l’offre, en nous dispensant de prendre cette peine, nous rend un

service; l’importance de ce service est proportionnée à la peine qui nous est épargnée. C'est à ce point de vue que nous apprécions la valeur de la chose qui nous est offerte ; de son côté, celui avec qui nous concluons l’échange appréciera, à ce même point de vue, la valeur de la chose que nous lui offrons, de sorte que les conditions de l’échange seront réglées par l’importance des services réciproquement offerts et demandés.

On voit d’après cela que, la plupart du temps, les frais de production détermineront la valeur en échange des choses. Toutefois, il est des cas, et ils sont nombreux, où ce n’est pas seulement par la peine que l’on a prise pour produire la chose que se détermine sa valeur en échange, mais aussi par la difficulté qu’il y a de l’obtenir, à cause de sa rareté naturelle. C’est ainsi que le diamant et les métaux précieux atteignent une valeur parfois si élevée. Celui qui vous offre une chose de cette espèce vous rend un service d’autant plus important, qu’à raison de la rareté de la chose vous éprouveriez plus de difficulté de la rencontrer; mais il n’en est pas moins vrai que ce ne sont plus les frais de production qui détermineront ici la valeur; elle se déterminera par l’action des causes premières d’où elle dérive, en raison de l’utilité et de la rareté, qui sont les faits générateurs de toute valeur en échange.

Pour la plupart des cas, ce sera la facilité ou la difficulté de la production qui déterminera la rareté ou l’abondance des choses. Les choses faciles à produire, celles qui ne demandent que peu de travail, peu de peine, sont abondantes; les choses difficiles à produire, celles qui demandent des labeurs prolongés, compliqués, qui exigent beaucoup

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