LE PRODUIT NET
de peine, sont moins abondantes, elles sont relativement rares. La loi d’offre et de demande aura donc le plus souvent pour effet de fixer la valeui* des choses à raison de leurs frais de production. Sans doute, par l’effet des monopoles naturels ou légaux, il y aura toujours à cette règle de notables exceptions; mais la loi d’offre et de demande restera la seule loi régulatrice, vraiment générale, de la valeur en échange. On pourra dire, avec un économiste contemporain, que la valeur se détermine par la loi de l'offre et de la demande, et se règle en général sur les frais de production.
On a fait au sujet de la valeur en usage une remarque d’une très grande portée. Elle est, comme la formule que je viens de rapporter, de M. Baudrillart dans son Manuel d'économie politique. « Si la valeur n’exprime qu’un rapport d’échange, il est impossible que toutes les valeurs s’élèvent ou s’abaissent en même temps. En effet, la valeur d’une chose ne hausse que parce que celle de telle autre décline relativement à elle. Du moment que la valeur du vin s’abaisse par rapport à celle du pain, c’est dire ipso facto que la valeur du pain s’élève à l’égard du vin, et ce qui s’applique à ces produits s’applique également à tous. Ainsi, par rapport à l’échange des divers produits, il n’y a ni hausse ni baisse générale de valeurs; mais par rapport au travail c’est tout différent. Le progrès industriel consiste
précisément en ceci, que telle quantité de travail achète une plus grande quantité de chaque espèce de produits. En ce sens toutes les valeurs baissent par rapport au travail perfectionné. Cette vérité, bien loin de démentir l’autre, la confirme. En effet, le travail lui-même a une valeur sur le marché, une valeur qui se mesure, comme
toiiUî autre, à ce qu’il peut procurer à l'aide d’une somme donnée d’efforts; et dire qu’avec moins d’efforts il obtient plus de produits en récompense, c’est constater encore, sous une autre forme, ce fait, que toutes les valeurs ne sauraient hausser à la fois. »
Telle est, en effet, la conséquence de tout accroissement dans la puissance productive du travail. Une même somme de
valeurs peut représenterunesommed’utilitésfortsupérieure.
Si la nature des choses ne s’opposait, dans certains travaux, cà cet accroissement incessant et rapide de la puissance productive, on verrait le bien-être des hommes croître sans limites, par le développement incessant des utilités gratuites dans tous les genres de production, sans que rien fût changé à ce que l’on nomme les valeurs, dans le langage des affaires; elles resteraient exactement dans la situation où elles se trouvaient avant que les progrès du travail eussent modifié si avantageusement les conditions de l’existence matérielle. Les utilités gratuites se répandraient sur la société insensiblement, sans qu’il fût possible, par aucun calcul de valeur, d’en saisir le mouvement d’accroissement; de telle sorte que l’énergie de ce mouvement ne pourrait être appréciée autrement que par l’examen de la condition des hommes, non par rapport aux valeurs dont ils disposent, mais par rapport au bien-être dont ils jouissent.
Toutefois, l’accroissement d’utilité que pi-ovoque le concours des agents naturels ne disparaît pas toujours ainsi, sans laisser de trace. Quand les forces naturelles, qui sont la source de cet accroissement d’utilité, au lieu d’être à la portée (le tous, se trouvent, par la nature même des choses ou par une disposition de la loi, la propriété de quelques-