‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 53 sur 120 · LE PRODUIT NET · texte numérisé non relu

LE PRODUIT NET

uns, l’usage de ces forces cesse d’être gratuit et l’utitité qui en résulte devient une utilité onéreuse qui profite au détenteur exclusif de ces forces.

Il en est ainsi des agents naturels que met en jeu l’industrie agricole. Par la limitation dans l’étendue des terres et dans leur puissance productive, le propriétaire peut opérer sur le produit total un prélèvement, qui représente la différence entre les frais de production des denrées obtenues par le travail agricole et leur prix de vente, ou valeur en échange, celle-ci, à raison de la rareté relative des produits, déterminée par la rareté des éléments naturels à l’aide desquels on les crée, se trouvant fixée à un taux qui dépasse les frais de production. Même chose aurait li(Ui dans le cas où, par suite d’une disposition de la loi, l’exploitation d’une force naturelle serait exclusivement réservée à un producteur, qui pourrait, en limitant la quantité de ses produits, maintenir leur prix de vente au-dessus de leur prix de revient.

Dans tous ces cas l’utilité cesse d'être gratuite, parce que, par le fait ou par la loi, elle cesse d’être illimitée. Ce n’est plus alors la société tout entière qui en profite, par une réduction dans la valeur en échange des choses, mais cette utilité tourne à l’avantage exclusif de ceux qui détiennent les sources dont elle procède. C’est dans ce dernier cas seulement, quand l’utilité s’accroît sans devenir gratuite, qu’il y a ce qu’on appelle, dans la rigueur des termes, un produit net; c’est alors que ce produit apparaît sous forme de revenu distinct. Mais en réalité le produit net, à prendre ce terme dans sa généralité et dans toute sa vérité, n’existe pas moins quand il se résout en un accroissement d’utilité au profit de tous, que lorsipi'il se déteianine j»ar un accrois-

sement de valeur en échange au profit de quelques-uns. Dans le premier cas, il échappe à la supputation mathématique et ne peut s’apprécier que par l’examen des faits de la vie sociale en leur réalité, tandis que, dans la seconde hypothèse, il se traduit en chiffres. Là est la dilférence.

Un exemple, pris dans la fabrication des produits dont nous usons chaque jour, rendra la chose plus sensible encore. Les tissus de coton, les calicots, sont aujourd hui à

vil prix et dans l'usage ordinaire des classes les moins aisées. 11 n’en était point ainsi au siècle dernier, avant qu’Arkwright eût inventé son célèbre métier à fder. Les tissus de coton étaient à haut prix, parce que le fd, à 1 aide duquel ils étaient fabriqués, demandait beaucoup de maind’œuvre et coûtait cher. Alors ils n’entraient pas dans la consommation de tout le monde. Tant que le nouveau métier, qui épargnait dans des proportions surprenantes le travail pour obtenir un même résultat, tant que ce métier resta dans la possession exclusive de son inventeur, ou de

ceux à qui, en vertu de son brevet, il cédait le droit de s’en servir, le prix de ces tissus resta à une certaine hauteur, parce que le fdateur qui avait le monopole de la production par les nouveaux procédés n’abaissait le prix du fil qu’il livrait au tisserand qu’autant qu’il lui convenait pour étendre son

profit par une certaine extension de la vente. Il profitait de la différence que la rareté relative de son fil établissait, entre ses frais de production diminués par les facilités du nouveau métier et le prix de vente. Cette différence constituait son produit net. Mais lorsque le procédé nouveau fut tombé dans le domaine public, alors, par la concurrence que tous les producteurs se firent entre eux, le prix se

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