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LA MESURE DES VALEURS

trouva réduit au niveau des frais de production rendus beaucoup moindres par l’invention d’Arkwright, c’est-à-dire par l’emploi de l’utilité gratuite que réalisait cette invention. Dés ce moment, cette utilité gratuite se répandit sur la société tout entière par le bas prix du fil et des tissus fabriqués avec ce fil. Cette utilité ne se trouva plus alors cotée dans le commerce; elle était néanmoins très perceptible pour tous les membres de la société, notamment pour les membres des classes inférieures qui se procuraient, avec peu de sacrifices, une chose dont la consommation était jadis hors de leur portée.

Qu'on ne se hâte pas de conclure de ce qui vient d’étre dit que l’utilité qui ne coûte rien devrait, dans tous les cas, être mise à la disposition de toute la société. Il y a des raisons d’intérêt et de nécessité sociale qui réclament ici l'application du droit de propriété sur les forces qui produisent ces utilités. Je m’en expliquerai plus loin en parlant de la distribution de la richesse.

Comment les valeurs peuvent se mesurer. — Les valeurs peuvent être mesurées, sinon par des procédés rigoureux, du moins avec une exactitude approximative suffisante, dans la pratique journalière de la vie.

C’est par leurs semblables que les choses se mesurent ; ce sera donc par la valeur que l’on mesurera la valeur, comme les poids se mesurent par les poids et les longueurs par les longueurs. C’est ainsi qu’une quantité de blé ou d’argent, comparée successivement, quant à la valeur, avec les divers objets sur lesquels portent les transactions de la société, servira à déterminer leur valeur relative, chacun de ces objets ayant plus ou moins de valeur suivant que, pour celte même quantité de blé

OU d’argent, on en donnera une quantité plus ou moins considérable.

En pratique, dans un même lieu et pour une époque déterminée, cette appréciation de la valeur relative des choses aura toute l’exactitude désirable. Mais s’il s’agit de lieux différents et d’époques plus ou moins éloignées, elle cessera d’être rigoureuse, et elle ne pourrait être prise comme telle sans donner lieu à de graves mécomptes.

En effet, la valeur est chose essentiellement mobile parce que les éléments sur lesquels elle repose, l’utilité et la rareté, sont changeants et mobiles de leur nature. La chose que l’on prétendrait prendre comme terme de comparaison peut, d’uu pays à uu autre ou d’une époque à une autre, subir des changements notables dans sa valeur relativement à toutes les autres choses, de telle sorte que tous les calculs que l’on voudrait établir en la prenant pour base d’appréciation se trouveraient radicalement fautifs. Où en serait-on, par exemple, si l’on voulait comparer la valeur actuelle des tissus de laine avec leur valeur il y a cent ans, en prenant comme mesure commune, soit l’or, soit l’argent? La valeur de ces deux métaux ayant étonnamment varié depuis le commencement de ce siècle, la comparaison établie sur ce terme pécherait par sa base même : comme on en peut dire autant de toutes les choses qui ont une valeui', il faut conclure qu'il n’y a pas de mesure absolument rigoureuse des valeurs.

Mais ce serait exagérer cette conclusion que de l’appliquer au cas où la comparaison s’établit dans les mêmes lieux et pour des époques peu éloignées. Comme les variations qui surviennent dans la valeur, au moins pour certains

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