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LA MONNAIE

derai pas ici les nombreuses et importantes questions que fait naître la circulation monétaire. On peut écrire et l’on a, en effet, écrit là-dessus des volumes. Il suffit, pour le but que je me propose, de caractériser l’emploi de la monnaie dans l’ordre des faits généraux, et de déterminer la notion du prix.

Nul n’a mieux que M. Baudrillart, plus clairement et plus succinctement, défini la monnaie et expliqué son rôle dans les échanges. Je reproduis son exposé :

« Toutes les valeurs se mesurent les unes par les autres. Quand, pour se procurer une chose quelconque, on est disposé à donner une quantité double d’une autre chose quelle qu’elle soit, il est évident que la première est deux fois plus estimée que la seconde. Ainsi le rapport de leur valeur est fixé et l’on peut échanger et négocier les deux choses sur ce })ied, sans avoir recours à une matière intermédiaire. On peut donner du foin pour du blé, du blé pour du bois, du drap pour de la soie, du cuir pour de la pierre. C’est en ce sens que Tui'got a dit avec raison que toute marchandise est monnaie, de même qu’il ajoute que toute monnaie véritable est une marchandise.

« Mais il est évident que l’échange opéré dans les conditions qui viennent d’être indiquées est fort incommode. Je possède tant de kilogrammes de laine, tant de mètres de coton, et je voudrais avoir du blé. Je porte. Dieu sait au prix de quels efforts et de quels frais, ma richesse encombrante chez un cultivateur. Il a du blé, mais c’est du vin qu’il demande; je cherche à m’en procurer pour le lui donner ensuite : le vigneron n’a pas besoin de mon coton ou de ma laine, le fabricant qui la recevrait volontiers ne possède ni vin ni blé qu’il puisse me céder. Combien de

déplacements pénibles! Que de pertes de temps! Que de difficultés ! Dans l’intervalle des échanges que de denrées auront le temps de se corrompre ! En outre, comment saurai-je exactement le rapport d’une denrée à une autre? Faute d’un dénominateur commun le marché se conclura péniblement. Ajoutez que beaucoup de ces marchandises ne sont pas divisibles de manière à bien correspondre avec les autres, ou ne le sont pas du tout.

« Tous ces inconvénients, et d’autres encore que nous soupçonnons à peine, rendraient l’industrie languissante, le commerce extrêmement restreint et le consommateur aussi mal que dilticilement pourvu. Aussi l’instinct universel des peuples s’est-il porté vers l’invention d’un moyen d’échange plus commode et plus rapide, et ce même instinct les a-t-il menés, après divers tâtonnements, au choix de la même matière comme instrument des échanges. L’or et l’argent réunissent les caractères qui constituent une véritable monnaie; aussi ont-ils été adoptés par le choix unanime et spontané des peuples arrivés à un certain état de civilisation. Jusque-là les peuples ne se passaient point de monnaie pour leurs échanges, mais les monnaies étaient fort diverses et très imparfaites. C’est ainsi que l’on vil le fer et le cuivre, le blé, le sel, les coquillages servir de monnaie. Le cuir fut employé à cet usage en Russie jusqu’à Pierre I®'', et il n’y a pas deux siècles que le tabac remplissait cette fonction dans la Nouvelle-Angleterre. Dans les premiers temps on s’est servi encore, et même de nos jours on se sert encore dans quelques pays, comme en Chine, de métaux précieux, sous forme de barres et de lingots ou de poudre d’or.

<( Quand la société est plus avancée, l’autorité compétente

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