LES BANQUES
du crédit. La pratique la plus élémentaire du crédit, la vente à crédit ou le prêt à court terme entre des personnes que rattachent l’une à l’autre des relations journalières» repose essentiellement sur la garantie que donne au prêteur la probité de son emprunteur. Cette garantie devient de plus en plus nécessaire à mesure que le crédit s’étend et que ses opérations s’accomplissent entre personnes plus éloignées les unes des autres. C’est alors qu’est indispensable le sentiment de l’honneur commercial sous l’empire duquel la confiance peut devenir générale.
Mais le sentiment de l’honneur commercial qu’est-il, sinon la puissance même des mœurs chrétiennes? Qui donnera jamais, aussi bien que la crainte de Dieu et 1 obligation de respecter le bien d’autrui fondée sur le commandement divin, cette constante habitude de fidélité scrupuleuse dans les transactions, d’où résulte cette confiance de tous à tous qui est l’âme des affaires? Non seulement l’homme dont toutes les actions s’accomplissent sous la pensée de Dieu sera scrupuleux dans l’exécution de toutes ses obligations, mais il sera de plus rigoureusement attentif à ne rien risquer, de crainte de compromettre, avec son avoir, les droits de ses créanciers; il olfrira donc, au plus haut point, toutes les garanties morales du crédit. Quand ces sentiments seront généralement répandus dans une société, les échanges s’y feront aux conditions les plus avantageuses, et la circulation atteindra son maximum d’activité et de fécondité. On pourra dire que cette société possède véritablement des mœurs commerciales, et ces mœurs ne seront qu’une des formes de la vertu chrétienne.
Le principe général. — A prendre les choses en général, et en faisant abstraction des différences de nationalité, rien n’est plus simple que la question du libre échange. C’est, sous une autre forme, la question de l’emploi des utilités gratuites.
Les aptitudes des diverses populations et du sol qui les porte sont très ditférentes. Dans une môme contrée, du nord au midi, ces différences sont parfois très marquées. La région septentrionale de la France produit avantageusement le lin, tandis que la région méridionale fournit la soie, à la production de laquelle le climat du nord ne saurait se prêter. Dans une même région, telle province sera essentiellement agricole, telle autre sera essentiellement industrielle; parmi les régions où domine l’agriculture, telle cultivera avec succès la vigne, et telle autre, inhabile à ce genre de culture, donnera les plus riches moissons. En se bornant à demander à chaque pays ce qu’il produit le plus facilement, l’effort nécessaire pour créer chaque produit se trouvera réduit, autant que la nature des choses le comporte ; l’emploi des utilités gratuites sera aussi étendu que possible, et le travail atteindra le maximum de puissance dont il est susceptible pour un état donné des
procédés industriels.
La division du travail, réalisée entre les diverses régions d’une même contrée et entre les diverses parties d une
même région, aura les mêmes avantages que la division du travail réalisée entre les individus d’une même localité. Chaque pays, chaque province, travaillant suivant ses aptitudes naturelles, produira, moyennant une somme d efforts déterminée, plus d’objets qu’il n’en serait produit, avec cette même somme d’efforts, dans un pays auquel la nature n’aurait pas donné les mômes aptitudes. Tous ces produits étant échangés les uns contre les autres, chaque pays se trouvera posséder, pour une même somme de travail, une quantité de richesses bien supérieure à celle qu’il aurait pu se procurer, s’il s’était obstiné à produire par lui-même toutes les choses nécessaires à ses besoins. Le nord recevra du midi, à un prix modéré, la soie qu’il ne pourrait produire qu’avec des sacrifices tels que le prix en serait hors de la portée de la plus grande pari ie des consommateurs; et, en retour, le midi recevra du nord le lin que celui-ci produit dans les meilleures conditions.
Les diversités dans les aptitudes personnelles des populations auront les mêmes effets que les diversités dans la nature du sol. Chaque groupe de population étant voué spécialement au genre de production pour lequel il a le plus de facilités naturelles, chacun de son côté produira davantage, et aura à offrir aux autres groupes de producteurs une somme do produits plus considérable, en même temps que ceux-ci auront à lui donner, en retour, des produits qui seront aussi plus abondants. Dans cet arrangement, il y aura bénéfice pour tout le monde, parce que le but à atteindre par le travail ayant été exactement proportionné aux aptitudes des travailleurs, ce but se trouvera réalisé avec la moindre peine possible.
La part de l’utilité gratuite dans un produit sera toujours
194 DE L'ÉCHANGE DES lUCIIESSES.
en raison de cette harmonie entre les diverses productions et les aptitudes naturelles de la terre et des hommes. L’échange accompli dans ces conditions aura pour résultat un accroissement dans la puissance productive du travad de toutes les parties qui y prennent part. Prétendre faiie produire à chaque contrée tous les objets qui entrent dans sa consommation, ce serait se mettre en contradiction avec la nature même des choses, ce serait de gaieté de cœur repousser les utilités gratuites que la Providence offre à riiomme, et susciter au travail des obstacles que la nature n’y a point mis ; ce serait aller à l’encontre du but que poursuivent les hommes dans l’ordre matériel, puisque ce serait chercher à réduire la puissance du travail au heu de
chercher à l'accroître.
Ilamenée à ces termes, la question est des plus simples. Elle ne l’est pas moins, et la solution s’offre avec des caractères d’évidence plus saisissants encore, lorsque, au lieu d’établir la comparaison entre les diverses parties d une même contrée, on l’établit entre les diverses contrées du globe. Qui penserait, par exemple, à contester 1 avantage que trouve l'Europe à tirer des contrées tropicales les denrées coloniales, et à y expédier en retour les objets à la production desquels se prêtent son climat et l’état de sa civilisation? Les faits sont ici tellement frappants qu’on peut dire que, de tout temps, ils ont été reconnus par ceux qui ont fixé leur attention sur cet ordre de choses.
Le principe des nationalités. — Cj est quand la question de l’existence des nationalités et de leur rôle dans le mouvement général du monde vient se mêler à la question d’intérêt matériel, que les difficultés commencent poulie libre échange. Un célèbre économiste allemand, List,