‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 72 sur 120 · LES SUBSISTANCES ET LA POPULATION · texte numérisé non relu

LES SUBSISTANCES ET LA POPULATION

marquée, à mesure qu’on approcherait du terme fatal où tout accroissement dans le nombre des travailleurs serait nécessairement sTiivi d’une diminution dans la puissance productive du travail, et où, par conséquent, la production de la société serait insuffisante à la faire vivre.

Je ne puis admettre ces conclusions. Elles forment la base du système de Maltbus, dont Stuart Mill embrasse les doctrines. Sans accepter les théories par lesquelles on a essayé d’établir, à l’encontre des idées de Maltbus, que la puissance du travail s’accroît en raison même de l’accroissement du nombre des producteurs, je pense qu’il y a dans cette question un certain milieu, indiqué par le bon sens et par l’observation des faits, suivant le cours ordinaire de la vie humaine.

Bastiat et Carey sont les auteurs de la théorie où l’on pose en principe que « toutes choses égales d’ailleurs, la densité croissante de la population équivaut à une facilité

croissante de production ».

Les limites d’un précis ne comportent pas l’exposé de la controverse si vivement engagée, il y a une quarantaine d’années, entre les deux écoles. 11 suffira de faire remarquer que Bastiat, tout en soutenant la proposition qui vient d’être énoncée, tout en la présentant comme un axiome de la science économique, est obligé de reconnaître, comme tout le monde, que la puissance du travail est limitée par la nature des choses, de telle façon que les produits ne se multiplient pas toujours on proportion du nombre des producteurs. 11 faut reconnaître toutefois que ses théories ont cela de bon que, par la discussion et l’examen approfondi des faits qu’elles ont provoqués, elles ont rendu impossible, pour tous les esprits droits, les exagé-

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rations cjui constituont Ig fond des thèsGS de Maltlius et de son école.

Il est maintenont reconnu c|ue les sociétés aiiiNoes a un certain degré de civilisation ne rencontrent point, dans les conditions de la production agricole, un obstacle absolu tel (jue le Conçoit l’école de Malthus, obstacle (jui les mettrait dans la nécessité d’opter entre l’état stationnaire, quant à la population, et une misère toujours croissante.

Nul ne peut assigner de terme précis aux améliorations du sol et aux perfectionnements dans les procédés du travail, à l’aide desquels un même espace de terrain, avec une dépense de travail égale pour chaque producteur, nourrit une population de plus en plus nombreuse. Nul ne peut dire que ce résultat devienne plus difficile à atteindre à mesure que le nombre des producteurs s’accroît par rapport à une étendue donnée de territoire, parce que nul ne peut dire où s’arrêteront les inventions du génie de l’homme conduit et éclairé par la Providence.

Mais il reste ce fait, dont Stuart Mill nous donne la raison scientifique, et dont tous, d instinct et pai le couis même de la vie, nous sentons l’évidence : c’est que les progrès du travail agricole, par la nature même des choses, ne s’opèrent que lentement et difficilement, en telle sorte qu’ils suivent le mouvement d’accroissement de la population, mais, d’ordinaire, ne le devancent point.

Ce n’est que sous l’empire de la nécessité que l’homme accomplit les efforts indispensables a la réalisation de ces progrès. La force mystérieuse qui préside à la multiplication de l’espèce humaine tend à dépasser, dans son impétuosité, les progrès du travail; mais aussi, toutes les fois que l’homme sait résolument se soumettre à la nécessite, et

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