LA LOI DE LA POPUI.ATION
accomplir les efforts auxquels la Providence subordonne toutes ses conquêtes sur le monde matériel, l’obstacle recule et les générations nouvelles trouvent, avec leur place au soleil, leur juste part des fruits par lesquels la terre récompense le travail du laboureur.
Toutefois une chose demeure certaine, comme fait d’expérience : c’est que l’obstacle est toujours lent à reculer, en môme temps que les générations sont toujours promptes à s’avancer, de telle sorte que, cette part des fruits de la terre, qui ne fait pas défaut à l’homme qui travaille, n’est jamais, pour la grande masse de l’humanité, que le nécessaire, et le nécessaire moyennant de rudes et incessants labeurs.
La loi de la population. — En résumé, il est aussi impossible d’admettre que l’homme puisse croître indéfiniment en nombre en même temps qu’en bien-être, qu’il est impossible de prétendre que la nature des choses ait mis à ses progrès une borne fatale, au delà de laquelle tout accroissement dans le nombre des hommes serait suivi, nécessairement, d’une rapide aggravation dans les maux qui pèsent sur la vie humaine. Toute la controverse qui avait pris pour point de départ ces deux propositions extrêmes n’a laissé debout que cette vérité de fait et de bon sens : l'humanité peut s’accroître indéfiniment, mais toujours péniblement.
Tel est le caractère de la limite posée, depuis le commencement, par la force des choses, au développement de la puissance productive du travail. Le travail, dans l’ordre agricole, maintient sa puissance plus qu’il ne l’accroît. S’il l’accroît par moments, c’est de peu et au prix de sacrifices qui font renaître, sous une autre forme, la loi générale et
i'M LES LIMITES A LA PUISSANCE DU TRAVAIL.
constante du travail et de la vie pénible. Ceci n est plus une conception arbitraire de l’esprit humain, c est un fait qu’atteste l’expérience de tous les temps ; c est, dans toute la rif^ueur du terme, une loi de l’existence présente de l’homme. Cette loi, l’auteur de la nature humaine nous 1 a imposée, non comme règle primitive de notre existence, mais comme châtiment de la faute que commit le premier homme, en essayant de se soustraire à la destinée de renoncement et de progrès par ta libre abnégation de soimême que le Créateur lui avait faite.
Après bien des essais, dans lesquels ont été mises en œuvre toutes les ressources de l’esprit scientifique moderne, en vue d’établir que l’humanité avait eu tort de se croire soumise pour toujours à la dure loi du besoin, on est contraint, par la science meme dont on invoquait 1 autorité, de revenir à la parole par laquelle Dieu a prononcé, sur rhonnne coupable, un arrêt irrévocable.
Aux premiers jours de son existence, comme aujourd’hui, l’homme prétendait se faire l’égal de Dieu. En lui donnant droit sur toutes les choses de ce monde. Dieu avait mis à ce droit une limite ; il lui avait interdit de toucher aux fruits de l’arbre de la science du bien et du mal. Adam transgresse celte défense, et Dieu laisse tomber sur lui cette sentence dont ses fils n’ont cessé de porter le poids : « La terre sera maudite a cause de ton pèche. Tu n en tirei as qu’avec peine ta subsistance durant les jours de ta vie. Elle te produira des ronces et des épines, et tu te nourriras de l’herbe qu’elle fait croître. Tu mangeras ton pain à la sueur \
de ton visage, jusqu’à ce que tu retournes à la terre d’où tu j
as été tiré. » *!
Voilà le fait, le principe, la loi, dont les conséquences , j