‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 74 sur 120 · PROGRÈS NORMAL DE LA POPULATION · texte numérisé non relu

PROGRÈS NORMAL DE LA POPULATION

domiiiGiit tout l’ordre matériel des sociétés humaines. De ce fait et de cette loi naissent toutes les difficultés de cette (juestion de la population, devant laquelle la science politique hésite et se trouble, et dans laquelle apparaît, plus quen toute autre, rimpuissance des doctrines qui rejettent les principes du christianisme.

COMMENT LES HOMMES l'EUVEXT CROITRE EX NOMBRE SANS QUE LE TRAV.UL PERDE DE SA PUISSANCE

L’accroissement de la population est un bien. L’accroissement rapide et continu de la population n est point, comme le voudrait faire croire le matérialisme économique, un de ces fléaux qui conduisent les peuples à la décadence et à l’anéantissement par la misère. C’est au contraire, en principe général, une bénédiction, un signe, en même temps qu’une source de progrès et de force. La Providence l’a ainsi réglé dès le commencement.

En soumettant la terre à l’homme, Dieu donne pour loi a l’espèce humaine décroître et de multiplier. Telle est la loi du progrès pour l’humanité, loi vraiment divine dans son origine comme dans son but, car c’est de la bénédiction de Dieu que l’homme tient la fécondité, et c est la gloire de Dieu que riiomme répand sur la terre en multipliant les générations capables de le connaître et de 1 aimer, de faire éclater par leurs œuvres la grandeur de Celui dont notre âme porte en elle l’image.

Le sentiment du genre humain est resté fidèle a cette loi.

Consultez le bon sens des nations, et vous verrez que partout une société où la population décroît est considéiée coinine une société en décadence. Même parmi les économistes qu’ont séduits les doctrines étroites de Malthus, on ne peut voir sans alarmes un mouvement rétrograde de la population, fût-ce dans les sociétés les plus avancées où il semble, d’après les Malthusiens, que 1 accroissement de la

population soit le plus à redouter.

Expansion normale de la population. Pour qu une société soit dans ses conditions normales de force et de prospérité, il faut que sa population s’accroisse d’un mouvement continu, régulier, modéré; il faut que le nombre des hommes et la puissance du travail en général s augmentent dans une même proportion, de façon à donner a une population de plus en plus nombreuse, non point ce bien-être indélini que rêve l’école matérialiste, mais ce nécessaire de la vie qui met l’homme à même d accomplir sur la terre les destinées supérieures auxquelles Dieu l’appelle.

Quand on ne voit dans l’homme qu’un être livré aux impulsions des sens, tirant des appétits matériels toutes ses raisons d’agir, il est naturel qu’on s’applique à borner lé nombre des hommes en vue d’étendre les jouissances de chacun. A ce point de vue quelques rares familles, abondamment pourvues de tout ce qui fait les délices de la vie, accompliraient mieux la destinée de l’humanité que des populations nombreuses obligées de lutter, à chaque heure de leur existence, pour tirer de la terre leur pain quotidien. Il est naturel encore, quand on comprend ainsi l’homme et les mobiles qui le gouvernent, de le croire toujours fatalement poussé par l’instinct des sens a une multiplication

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sans mesure, et par conséquent à une misère sans teime. Si l’homme n’a d’autre loi que le développement de ses jouissances, pourquoi contiendrait-il le plus impérieux de ses instincts? Qui pourrait empêcher que la faculté de multiplier rapidement en progression géométrique, dont l’espèce est douée, au lieu d’être une simple puissance que jamais on ne voit se traduire en fait, ne devienne une désastreuse réalité? L’homme suivant alors la loi de l’instinct, qui est la loi des brutes, serait, comme la brute, arrêté dans sa multiplication par l’insuffisance des moyens d’alimentation. Suivant une pareille hypothèse, la population, doublant dans une période qui pourrait être fort inférieure à la période de vingt-cinq ans admise par Malthus, ou conçoit que le travail agricole serait dans 1 impossibilité de surmonter assez rapidement les obstacles que lui oppose la force des choses, pour que la multiplication des produits suivit la multiplication des hommes. S il en était ainsi, la loi de la population serait vraiment une loi fatale, contre laquelle irait se briser toute la destinee humaine, et il y aurait, dans l’œuvre du Créateur, une contradiction aussi douloureuse qu inexplicable.

Mais où donc a-t-on vu l’homme livré de la sorte aux instincts de la bête? Ne le voit-on pas, au contraire, même dans la plus profonde dégradation où il puisse tomber, dans l’état sauvage, rester supérieur, au moins par des coutumes inspirées d’un vague sentiment de devoir et de dignité, à la grossière loi de l’inslinct? Plus la civilisation est élevée, plus elle est fondée sur les vrais principes de la destinée humaine, et plus ont de puissance ces considérations supérieures, ces hautes aspirations de l’àme, qui réduisent la puissance des instincts physiques sur l’homme et les sou-

‘2->i LES LIMITES A LA PUISSANCE DU TRAVAIL.

inettenl de plus en plus à la loi du inonde spirituel. D’une façon ou d’une autre, dans toutes les sociétés, par cela même que l’iiomme est homme, il y a une certaine force modératrice qui détourne les conséquences extrêmes de la loi de multiplication.

Dans les sociétés où l’on prétend concilier une haute culture intellectuelle avec tous les raffinements du sensualisme, cette action modératrice s’exerce par des pratiques honteuses, par une violation des droits de l’humanité, qui conduisent inévitablement la société à la ruine.

Dans les sociétés fondées sur une saine entente de la destinée humaine, la force modératrice revêt un caractère de puissance morale et de force d’expansion dans l'ordre spirituel qui, loin d’être une cause de décadence, est au contraire une des sources les plus fécondes du progrès.

Mais ce n’est pas seulement en contenant la puissance de multiplication dont il est doué, que l’homme maintient l’équilibre entre la population et les subsistances, c’est aussi en élargissant sans cesse, par les progrès du travail agricole, les ressources que lui fournit l’exploitation du sol. Comme nous l’avons vu au paragraphe précédent, ce n’est qu’avec peine qu’il parvient à soumettre à sa domination les forces de la nature, de façon à leur faire rendre, pour un nombre de consommateurs toujours croissant, un produit croissant dans les mêmes proportions. En cela gît la difficulté principale de la vie humaine, quant à l’ordre matériel. Mais c’est une difficulté féconde, car les efîi.rts que fait l’humanité pour la vaincre sont l’occasion de ses plus grands progrès. Sans la nécessité qui le presse à tous les moments de son existence, l’homme, cédant aux séductions de la paresse, se renfermerait dans un éternel et stérile repos.

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