‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 75 sur 120 · PROGRÈS NORMAL DE LA POPULATION · texte numérisé non relu

PROGRÈS NORMAL DE LA POPULATION

Dieu, en qui la bonté ne se sépare jamais de la justice, tout en l’assujettissant à des labeurs constants, en punition de sa faute, a voulu que ces labeurs fussent la source de sa grandeur.

La population se presse à la limite des subsistances. — Ainsi qu’on l’a dit, la population s’avance continuellement à la limite des subsistances. Cette limite recule sans cesse, sous le poids des flots toujours plus pressés des générations humaines, mais comme elle ne cède qu à la force et lentement, ceux qu’elle contient en éprouvent perpétuellement une certaine gêne, et la vie difficile est leur condition constante. Cette gêne se fait sentir plus rigoureusement à ceux dont le revenu ne constitue que le nécessaire, et ceux-là forment l’immense majorité du genre humain. Sans doute il est humiliant pour 1 orgueil de l’homme de se sentir enchaîné à celle dure loi du besoin. On comprend que le matérialisme, qui s’est fait un idéal de grandeur par les satisfactions matérielles, reconnaissant qu’il est impossible à l’homme de multiplier à son gré les moyens de jouissance, porte ses efforts de 1 autre côté, et insiste sur les movens d’arrêter le mouvement ascendant de la population. De cet oubli de la véritable condition de l’homme naissent les difficultés interminables dont on a inutilement embarrassé la question de la population.

Le nécessaire ne manque pas dans les sociétés où régnent les mœurs chrétiennes. — Ouand on part des données chrétiennes, la solution s’offre d’elle-même; elle se résume en ceci : qu’une société où la population croît d’après une progression même assez rapide, si elle reste en toutes choses fidèle à la loi morale qui régit la destinée humaine, trouvera toujours, non pas la richesse

et la jouissance pour tous, mais du moins le nécessaire de la vie matérielle, avec cette dignité de la créature raisonnable et libre qui constitue le nécessaire de la vie morale.

Dieu, en condamnant l’homme à manger son pain à la sueur de son visage, laisse assez entendre que co pain ne lui sera pas refusé quand ses labeurs sauront le conquérir. En prononçant celte peine. Dieu ne révoque point la bénédiction primitive qu’il avait répandue sur le genre humain, lorsqu’il dit à Adam : « Croissez et mullipliez, couvrez la terre et assujellissez-la à votre domination. » Les faits, envisagés à la lumière du bon sens, nous montrent que la Providence a disposé toutes choses pour que cette bénédiction et cette malédiction eussent en môme temps leur effet. Toutes les fois que les peuples restent fidèles aux préceptes essentiels de la loi divine, par leurs institutions et par leurs mœurs, dans la vie sociale comme dans la vie privée, on voit la Providence les conduire par les voies de l’ordre naturel, à travers les épreuves du travail, et par les épreuves mêmes, à l’accomplissement des bénédictions divines.

Le progrès du travail. — A ne considérer que l’industrie agricole, et en supposant les ressources de la société circonscrite au territoire qu’elle occupe, il y a encore, grâce à l'expansion du travail, dans les races qui ont conservé, au moral comme au physique, toute leur vigueur, un champ immense ouvert au progrès de la population. Comme nous l’avons dit plus haut, il y aurait témérité à assigner au progrès agricole aucune limite précise et fatale. Jamais on ne l’a tenté et, parmi ceux qui ont défendu avec le plus d’insistance les doctiânes de Malthus, on est toujours demeuré sur ce point dans le domaine des asser-

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