‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 77 sur 120 · LE MALTHUSIANISME · texte numérisé non relu

LE MALTHUSIANISME

moins considérable réalise, par des jouissances individuelles plus étendues, le seul but que la doctrine utilitaire assigne

à l’humanité.

La contrainte morale. — Malthus, hâtons-nous de le dire, n’est jamais descendu jusqu’aux ignominies par lesquelles ses disciples, cédant aux entraînements delà logique, nous ramènent aux plus infâmes pratiques du paganisme. Malthus n’a jamais fait appel qu â la vertu; malheureusement, c’est la vertu telle que la conçoivent les utilitaires qu’il invoque. Il prêche â tous, mais particulièrement aux classes les plus nombreuses, la contrainte morale, c’està-dire « l’abstinence du mariage jointe à la chasteté ».

La vertu qui conseille la contrainte morale, Malthus la fait dériver uniquement de l’intérêt propre, principe premier de sa morale. Comme motif déterminant de garder le célibat, il allègue d’un côté l’espérance du bien-être que s'assurera le célibataire en renonçant au mariage, et de l’autre la crainte des difficultés qu’entraînerait la charge d'une famille. Tout repose dans cette doctrine sur l’amour du bien-être. Pour l’inculquer aux masses, il faut leur faire connaître les douceurs du bien-être, et pour cela s effoicei de répandre dans toutes les classes le luxe ; « Non un luxe excessif chez un petit nombre de personnes, mais ce luxe modéré qui est utile soit au bonheur, soit â la richesse. Si l’on accorde qn’en toute société qui n’est pas â 1 état de colonie nouvelle, il faut absolument que quelque obstacle puissant soit mis en action; si, d'un autre côté. Ion est convaincu par l’observation que le goût de 1 aisance et des commodités de la vie détourne bien des gens du maiiage, par la certitude d’être privés de ces biens qu ils estiment, on doit convenir qu’il n’y a pas d’obstacle au mariage moins

2")4 l,ES LIMITES A LA PUISSANCE DU TRAVAIL.

préjudiciable au bonheur et à la vertu cpie ce goût, lorsqu’il est généralement répandu. »

Maltbus se trompe, quand il croit qu’en rendant la vie facile par la rareté relative de la population, il accroîtra la puissance du travail et assurera aux masses une somme considérable de bien-être. L’homme dont la doctrine utilitaire gouverne la vie cherche, et, en vertu même de ses principes, a le droit de chercher avant tout ce qui satisfait le plus ses penchants. Or, n’est-ce pas une vérité de fait que le penchant au repos, ainsi que l’éloignement pour le travail, en un mot la paresse, sont parmi les instincts les plus universels et les plus enracinés dans l’humanité déchue? La loi de la vie difficile, en faisant de l’elfort une constante nécessité, accoutume l'homme au travail; elle lui donne l’énergie nécessaire pour vaincre les obstacles et le met, moyennant la peine du travail, en possession des biens suffisants. Mais la mollesse des populations livrées à la vie facile et sensuelle, de quel effort est-elle capable, que pourra-t-elle poiii’ la création des richesses nécessaires à la vie?

Inefficacité de la contrainte morale. — La doctrine de Maltlius, comme toutes les fausses doctrines, abonde en contradictions. Quel espoir peut-on fonder sur la contrainte morale dans une société où régnera l’intérêt propre, et où, par conséquent, chacun aura pour seul but et seule règle de conduite la satisfaction de ses penchants? Ceux qui renonceront au mariage par égoïsme, renonceront-ils pour cela à donner satisfaction à la plus tyrannique des passions? Fera-t-on autre chose, par le célibat fondé sur de telles raisons, qu’ouvrir une source de vices et de misère bien plus féconde que celle qu’on voudrait tarir?

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