‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 81 sur 120 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

cours des siècles, parla constante propagation des préceptes et des conseils de l’Évangile.

Il y a dans les sociétés chrétiennes, pour tous les travailleurs, en tant qu’hommes appelés par la disposition du Créateur à une destinée morale supérieure aux intérêts . purement temporels, il y a pour tous une justice, des droits, auxquels tous peuvent prétendre et dont l’Église, suprême gardienne de la justice dans le monde qui a reçu le baptême, a toujours pris énergiquement la défense. Cette justice, ces droits, elle les a toujours définis avec l’autorité suprême dont Dieu l’a revêtue, proportionnant son intervention aux circonstances dans lesquelles elle était réclamée. C’est ce que faisait récemment encore le Pontife suprême lorsqu’il établissait, dans un acte de souveraine autorité, que, pour déterminer en toute justice le salaire de l’ouvrier, il ne faut pas tenir compte seulement des conséquences de la loi d’offre et de demande, mais qu’il faut faire entrer en figne de compte, avec la personnalité de l’homme, ses devoirs envers Dieu et envers luimême quant à la conservation de son existence pour laquelle le salaire est le moyen nécessaire. Et l’Église travaille à ce résultat, non seulement par ses définitions en matière de justice, mais aussi par son action sur les âmes et par la transformation que l’amendement des âmes opère dans les mœurs. Il ne suffit point, en effet, de la justice et des lois pour assurer à la société une répartition des richesses toujours équitable et avantageuse à tous. L’exploitation et l’oppression ont leur source première dans la perversion des mœurs, elles dérivent à la fois de la corruption des petits et de la corruption des grands.

Lorsque les mœurs sont corrompues et énervées, on voit

rabaissement et l’oppression du grand nombre naître de la liberté même, et elle en devient l’instrument le plus actif. Les puissants, abusant des avantages que leur donnent leurs lumières, leurs richesses et la concentration de leurs forces, réduisent à leur merci ceu.v que la pauvreté, leur défaut de lumières et l’éparpillement de leurs forces laissent sans défense. De telle sorte qu’au sein de la liberté la plus absolue on peut voir renaître, pour les classes qui n’ont de ressources que le travail de leurs bras, une situation qui, en fait, aura quelques-uns des effets les plus désastreux de

la servitude.

Mais quand le mal est parvenu à ce point, on pourra voir aussi l’oppression s’exercer en sens inverse et passer des riches aux pauvres. Ceux-ci, profitant de leur liberté civile et politique pour opposer, par l’association, la force du nombre à la force de la richesse, des lumières et de l’influence, ne s’aperçoivent pas qu’en déclarant la guerre à la propriété des riches ils tarissent les sources de leur propre vie et se préparent un avenir où, sans trouver le bien-être, ils rencontreront infailliblement la plus dure des servitudes, celle que le césarisme socialiste fait peser sur la société tout entière.

Dans les sociétés pénétrées de l’esprit chrétien, la charité, la bienveillance, la pratique de l’assistance mutuelle, les facilités à s’associer pour la protection des intérêts communs, sont les forces modératrices et défensives de la liberté. Par la charité, le strict droit, dont l’exercice ne connaît aucune borne là où règne le jirincipe de l’intérêt propre, sera constamment ramené à l’équité. Les misères que le cours naturel des choses amène inévitablement, l’insuflîsance des revenus du travailleur que la meilleure

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DIFFICUI.TÉS PRÉLIMINAIRES. 253

organisation légale ne saui'ait prévenir lorsqu’elle a sa cause dans des accidents de l’ordre physique, ou dans des faiblesses inséparables de la condition humaine, se trouveront atténuées, quelquefois môme compensées, par la charité et par les institutions fondées sous ses inspirations. Tout en laissant subsister l’inégalité des conditions, qui est et sera toujours une des lois de la vie sociale, les principes de charité et de modération chrétienne empêchent cette inégalité de devenir extrême.

Difficultés préliminaires résolues. — La recherche des lois qui président à la distribution des richesses n’est pas sans difficultés. Les faits se présentent en cette matière avec des caractères muitiples et compliqués qui, au premier abord, semblent les rendre insaisissables à l’analyse. Il faut avant tout, pour prévenir les objections et pour assurer les fondements de notre étude, que nous fixions rigoureusement nos points de départ, et que nous établissions la légitimité de notre procédé.

Sous quelles catégories peut-on ranger les personnes entre lesquelles la richesse se répartit? Ces catégories étant définies et les différentes sortes de revenus qui leur appartiennent étant caractérisées, par quel procédé sera-t-il possible d'établir les règles d’après lesquelles se fixe le taux de chaque revenu?

Une fois ces questions résolues, et à l’aide des lumiêi’es que leur solution nous aura procurées, nous parviendrons à démêler, au milieu de la diversité et de la multiplicité des faits particuliers, les causes par lesquelles se déterminent les diverses sortes de revenus et à préciser le mode d’action de ces causes.

A ne considérer d’abord que la coopération directe ap-

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254 Ik RÉPARTITION DES RICHESSES.

portée à l’œuvre de la production, les produits se répartissent entre tous ceux qui ont concouru à les créer ; or la production ne s’effectue que par le concours du travail, des agents naturels et du capital. De là, trois catégories de revenus distincts, ayant chacune ses lois propres : la rente, qui est la part afférente au propriétaire des agents naturels, le salaire, qui est la part afférente au travailleur, et l'intérêt, qui est la part afférente au propriétaire du capital.

J’ai dit, dans mon deuxième chapitre, comment tous ces éléments de la production se trouvent réunis dans les mains et sous la direction de l’entrepreneur ou patron. C’est aussi par son intermédiaire que se fait la répartition des résultats de la production, c’est par les conventions qui interviennent entre l’entrepreneur et les propriétaires des forces productives que s’opère la répartition des produits. L entrepreneur comprend dans ses frais de production les sommes qu’il paie à chacun d’eux, et il faut, pour que son opération soit rémunératrice, qu’il retrouve le montant de ces sommes sur le prix de vente de son produit; de plus, il faut qu’il y trouve, outre le remboursement de toutes ses avances, une certaine somme qui sera la rémunération de la peine qu’il aura prise pour organiser l’entreprise et en diriger les détails, et qui lui assurera la compensation des risques qu’il aura pu courir. Cette rémunération sera le profit de rentrepreneur.

Mais comment, dira-t-on, établir une relation, assurée et vraiment pratique, entre les lois de la distribution de la richesse réduites à cette simplicité, et cette distribution telle qu’elle s’opère tous les jours en fait? semble-t-il pas qu’elle ne peut se présenter sous cet aspect, simple et facile à saisir, qu’au moyen d une hypothèse, et que, dans

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