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entre elles, si elles étaient placées simplement sous la loi de l’association, se débattent par l’entremise de 1 entrepreneur. Celui-ci calcule la valeur probable du résultat de l’entreprise, et, en rapprochant cette valeur des sacrifices que l’entreprise exigera, il fixe les limites dans lesquelles il est terni de se renfermer pour y trouver la rémunération à laquelle il a droit. Dans cette condition, si, par la force des choses, il est obligé de faire la part plus grande à l’un des éléments de la production, à raison de 1 importance plus grande que les circonstances lui donnent, il faudra qu’il la fasse d’autant moins considérable aux autres. L’entrepreneur appréciera l’importance de chacun de ces éléments par la loi d’offre et de demande, comme leurs propriétaires l’eussent appréciée eux-mêmes s’ils avaient traité directement les uns avec les autres, sauf toutefois 1 obligation spéciale qu’il a envers l’ouvrier, à qui il doit, si 1 état de la production le permet, un salaire qui lui assure le nécessaire. Rien ne sera donc changé dans les conditions du marché, comme rien n’est changé aux conditions d’une vente, lorsque le vendeur et l’acheteur, au lieu d’arrêter directement entre eux leurs conventions, les arrêtent par l’intermédiaire d’un tiers.
11 y aura donc, pour chaque groupe producteur, un certain état de choses qui déterminera un certain taux poulies revenus de chacun de ceux qui concourent à son œuvre. J’affirme, de plus, que les causes qui déterminent ce taux étendent leur action à tous les groupes producteurs entre lesquels se répartit l’activité sociale, et tendent à établir entre tous, pour les mêmes catégories de revenus, un taux commun.
En effet, sous le régime de la libre concurrence, les
bras, les capilaux et les terres se portent naturellement vers l’emploi le plus avantageux. Si, d’une manière constante, la rente, les salaires ou l’intérêt du capital se trouvaient, dans certains groupes producteurs, plus élevés ou plus bas que dans d’autres, les éléments de la production afflueraient vers ces groupes ou s’en éloigneraient. 11 résulterait de ce mouvement que, par l’accroissement ou la réduction de l’offre, les revenus, pris dans leur généralité, baisseraient dans les groupes où ils ont atteint une hauteur exceptionnelle, et qu’ils s’élèveraient dans ceux où ils sc sont trouvés exceptionnellement déprimés. D’où suit qu’il y aura, par le fait de la libre concurrence, une tendance à l’égalité dans le taux des revenus entre tous les divers emplois du travail. 11 y aura donc pour la société, quant à la répartition des résultats de la production, une situation générale de laquelle il résultera que la rente, les salaires et l’intérêt des capitaux, pris dans leur ensemble, seront déterminés d’une certaine façon, et que l’on pourra, pour la société tout entière aussi bien que pour un groupe producteur en particulier, caractériser par des lois générales la position respective des trois éléments producteurs quant à leur rémunération.
■ On pourra considérer l’ensemble de la production sociale comme une seule et même entreprise, dans le résultat de laquelle les agents naturels, le travail et le capital prennent une part déterminée par la valeur du concours qu’ils apportent à l’œuvre commune. On peut donc, en traitant de la distribution de la richesse dans la société, poser, en termes généi’aux, les lois qui règlent le taux de la rente, le taux des salaires et le taux de l’intérêt, sans encourir le reproche de raisonner
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sur des hypothèses auxquelles rien ne répond dans la réalité.
Toutefois il est essentiel de remarquer que les lois dont nous parlons ne constituent pas autre chose que des tendances, lesquelles peuvent être plus ou moins ralenties, plus ou moins entravées ou modifiées, par d’autres tendances en sens différent. Celles-ci ne seront pas assez puissantes pour annihiler l’effet des premières, mais elles peuvent néanmoins se produire avec un caractère d’action assez constante et assez générale pour qu’il faille en tenir compte, sous peine de se perdre dans des abstractions sans application au mouvement réel de la vie.
De fait, les forces productives ne seront pas toujours parfaitement libres de se déplacer pour chercher l’emploi le plus avantageux. En l’absence même de toute restriction légale, des raisons d’affection personnelle, de tradition de famille, de prédilection nationale, en un mot, tout ce qui constitue les mœurs et les coutumes; d’autres fois, des raisons purement matérielles, le défaut d’avances suffisantes, la difficulté, parfois l’impossibilité de dégager un capital depuis longtemps affecté à un certain emploi ou immobilisé dans le sol; toutes ces circonstances, ou d’autres semblables, empêcheront les tendances générales de l’état social de produire tous leurs effets sur la détermination des divers revenus, et, en certains cas, elles les maintiendront quelquefois au-dessus, quelquefois au-dessous du taux auquel ils seraient fixés, si les forces productives obéissaient seulement aux impulsions de l’intérêt sous la loi de la libre concurrence.
D’autres causes encore peuvent empêcher les revenus de se fixer, pour tous les emplois de la production, à un
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taux uniforme. Certains genres de productions présentent des avantages, soit de l’ordre moral, soit de l’ordre matériel, qui, en y faisant affluer les forces productives, en abaissent la rémunération ; tandis que d’autres présentent des inconvénients qui détournent les forces productives de s’y engager, et qui tendront, parla rareté de l’offre, à en augmenter la rétribution. Ici, l’exception aura un caractère de persistance et d’uniformité qu’elle n’avait pas quand elle prenait sa source dans des affections purement personnelles et dans des situations tout individuelles. C’est ainsi que, pour certains groupes producteurs, certains revenus seront constamment plus élevés que pour d’autres.
Nonobstant ces anomalies, la loi générale subsiste. Les inégalités que je viens de signaler n’empêcheront pas les causes qui fixent à un certain taux, pour une société donnée et à une époque déterminée, le montant des divers revenus, de faire sentir leur action dans tous les cas. Les salaires, par exemple, pourront être constamment plus élevés pour le mineur que pour le maçon. Mais, s’il se produit dans la société, à certains moments, un ralentissement du travail par suite duquel les bras deviennent surabondants, il y aura pour les salaires un mouvement de baisse qui atteindra toutes les professions, en laissant subsister toutes les inégalités proportionnelles établies entre elles, quant aux salaires, par la différence des conditions suivant lesquelles elles s’exercent. Les plus hauts salaires subiront une réduction plus forte en elle-même, mais proportionnellement égale à celle que subiront les salaires les plus bas ; en sorte que les faits généraux de l’ordre social et les faits particuliers à chaque profession exerceront simultanément leur action.