‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 85 sur 120 · LOI GENERALE · texte numérisé non relu

LOI GENERALE

Ces lois de la distribution des richesses, dont je viens de poser les fondements, en même temps que j’ai établi la légitimité des procédés de notre recherche, ne seront point essentiellement altérées parce qu’il arrivera que deux des forces productives, ou même les trois forces productives, se trouveront réunies dans les mêmes mains. 11 pourra se produire, en pareil cas, une légère déviation; la loi générale fléchira un instant; mais cette déviation ne pourra jamais être assez prononcée pour déranger ou arrêter, quant à l’ensemble, l’action de cette loi. En effet, s’il venait un moment où les forces productives réunies dans les mêmes mains donnassent un revenu inférieur au taux normal, l’intérêt du propriétaire de ces forces productives serait de les fliire fructifier séparément, pour en percevoir le revenu normal, et, par conséquent, de les remettre sous l’empire de la loi générale. On pourra relever des exceptions à la règle, par exemple pour le petit propriétaire qui, parfois, continuera l’exploitation de sa terre lorsqu’elle ne lui donne plus la rente et le salaire à leur taux normal ; mais l’exception ne détruira pas la règle ; si l’écart était très considérable, l’intérêt qu’on aurait à employer séparément les forces productives serait tel que, très fréquemment, il l’emporterait sur toutes les autres considérations, de façon que la règle reprendrait son empire.

Revenus des classes qui ne produisent pas directement la richesse. — Jusqu’ici j’ai établi les règles générales de la distribution de la richesse, comme s’il n’y avait dans la société que des hommes appliqués à produire la richesse. Mais la société comprend, outre les producteurs des richesses, un nombre considérable d’hommes voués aux travaux de l’ordre intellectuel et de l’ordre moral, ou

bien appliqués à rendre aux autres hommes des services purement personnels, et qu’on ne saurait considérer comme des producteurs de richesses sans faire violence à la langue et au bon sens. Dans cette catégorie se trouvent les prêti-es, les militaires, les magistrats, les fonctionnaires publics, les professeurs, les avocats, les médecins, les artistes, et, dans un ordre inférieur, toutes les professions qui ont pour objet des soins personnels, et qui, par ces soins, assurent à ceux au service de qui elles se mettent la libre disposition de leur temps, ou leur procurent quelque délassement.

Ces sortes de travaux ne produisent pas directement la richesse. Ce n’est qu’indirectement, par un circuit en quelque sorte, que ceux qui les accomplissent prennent leur part de la richesse produite par le travail de la société. Cette part, il faut qu’ils l’obtiennent, car, pas plus que ceux qui produisent la richesse, ils ne peuvent subsister sans elle, et cette part sera la juste rémunération des services qu’ils rendent dans la vie sociale, puisque la société ne saurait pas plus subsister sans ces services qu’elle ne saurait subsister sans les services de ceux qui s’appliquent à la production des biens matériels. Mais si l’on y regarde de près, on verra que le revenu des premiers se prélève sur le revenu de ces derniers, qui seuls, à proprement parler, produisent la richesse. Les premiers contribuent indirectement à la production de la richesse, en donnant tà la société l’ordre et la sécurité, en même temps que les impulsions morales, scientifiques et artistiques nécessaires au travail. Mais leur activité ne se résume pas immédiatement en une création de choses utiles applicables aux besoins de l’homme. Pour obtenir ces choses, il faut qu’ils

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