LES PRINCIPES ET LES FAITS DANS LA SCIENCE ÉCONOMIQUE
l’École docmatique et l’école historique
Principes et applications. — Partant des principes supérieurs que nous donne l’enseignement catholique sur notre destinée, sur nos devoirs, sur nos droits, l’économiste chrétien les appliquera à toutes les éventualités de l’ordre matériel. A suivre ce procédé, la science économique, science essentiellement pratique, ne perdra rien de son importance. Prenant les choses par leur côté variable, les considérant soit dans la succession des temps, soit dans les diversités de la vie contemporaine, suivant les climats, les situations politiques, la tradition des mœurs, l'état des caractères, elle étudie les conditions d’application des lois fondamentales de l’ordre moral en vue d’assurer au grand nombre, en chaque peuple, les meilleures conditions de vie matérielle. N’est-ce pas une assez vaste et noble tâche ?
J’ai procédé d’après cette conception de la science économique, lorsque j’ai montré, dans mon étude sur les Doc-
LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE. 1 i
trines économiques depuis un siècle, comment le problème du travail s’olfre à notre recherche.
Le problème du travail. — « Le pain par le travail est, pour l’immense majorité des hommes, dans l’ordre des intérêts temporels, la première des questions. Quand les sociétés étaient chrétiennes, elles pratiquaient la justice de Dieu et s’en remettaient aisément à la Providence pour le succès des labeurs par lesquels la race humaine accomplit la condamnation portée sur elle après la prévarication de son premier père. Aujourd’hui que les masses n’ont plus qu’une vague notion de la Providence, et que l’homme attend tout de lui-même et d’une justice dont il prétend être seul l’auteur, le travailleur s’étonne que la peine de tous les jours ne donne pas la certitude, non seulement du nécessaire, mais encore de la jouissance de chaque jour.
« De là le problème du travail, problème rempli d’obscurités, d’incertitude et de périls, qu’une science née avec la Dévolution, et malheureusement trop imprégnée de ses erreurs, prétend résoudre sans Dieu, tandis que l’école qui a nettement brisé avec la Dévolution en demande la solution au respect et à la pratique des commandements divins.
Connexité de l’ordre moral et de l’ordre matériel. — « 11 n’est pas au monde de vérité qui soit plus claire, mieux établie par les faits, que ne l’est aujourd’hui la connexité intime qui rattache l’ordre matériel à l’ordre moral. Jamais le problème du travail n’a tant occupé et alarmé les esprits, et jamais on n’a mieux compris que, dans ce problème, c’est la question de la destinée humaine qui s’agite.
« Si nous regardons autour de nous, nous voyons que, suivant que l'homme se croit fait seulement pour cette terre, ou qu’il a foi en des réalités supérieures et en un
avenir dont son existence terrestre n’est que la préparation, ses vues, ses prétentions en matière économique, sont absolument différentes. Si nous écoutons ce qui se dit, si nous tisons ce qui s’écrit partout de nos jours sur la situation des classes qui travaillent, sur les améliorations que leur sort réclame, nous trouvons que les théories diffèrent comme les aspirations populaires, et qu’elles diffèrent par les mêmes motifs et de la même façon.
« Ce n’est pas sans raison qu’on résume en ces mots de question sociale tout ce qui tient au problème si violemment débattu de la position de l’ouvrier dans notre ordre social, de la portée et delà réalité de ses griefs, de ce qu’il y a lieu de faire pour lui donner satisfaction et rendre moins lourd le fardeau de sa rude existence. C’est qu’en effet la société, avec toutes ses forces, avec toutes ses institutions, avec l’ordre même sur lequel elle repose, se trouve engagés en cette question.
« La personne humaine est constituée sur un principe d’unité substantielle qui ne permet pas, lorsque l’on étudie notre vie dans sa réalité et dans ses expansions diverses, de séparer des choses faites pour rester étroitement liées. Sans doute l’analyse scientifique peut distinguer et étudier séparément, pour s’en mieux rendre compte, chacun des éléments, chacune des forces particulières dont le concours forme l’être humain; mais, lorsqu’on arrive à la réalité vivante et qu’il s’agit de reconnaître les lois suivant lesquelles l’homme doit user de ses facultés pour l’accomplissement de sa destinée, c’est la nature humaine dans son intégrité qu’il faut considérer. Tout procédé différent conduirait à d’inévitables et dangereuses méprises.
« Que d’erreurs pbilosophiques doivent leur origine à
ces conceptions étroites qui, au lieu d’envisager notre nature j' dans son harmonieuse et puissante unité, la mettent en
j pièces sous prétexte de la mieux comprendre !
« Quand il s’agit de questions sociales, le vice de ces I procédés est plus marqué encore et il n’a pas de moins
^ graves conséquences. Il faut chercher, pour une grande
part, dans la fausse méthode que suivit Adam Smith, l’ori- , gine des déviations de la science qui poursuit la solution
du problème économique. Le père de l’économie moderne s’était imaginé qu’il parviendrait à établir plus nettement les lois de l’ordre matériel en faisant abstraction des lois de la morale, en étudiant la nature et les causes de la richesse, sans aucun souci des nécessités plus hautes qui ' s’imposent à l’homme dans la vie de l’âme. La science éco-
I nomique ne s’est pas encore relevée de l’abaissement où les
vues rétrécies du célèbre économiste écossais l’ont Jetée, I,'. et nous savons ce que nos sociétés en ont eu à souffrir,
y L’ordre politique et l’ordre économique. — « La