‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 90 sur 120 · LA LOI DES SALAIRES · texte numérisé non relu

LA LOI DES SALAIRES

population au capital. Si la population est considérable par rapport au capital, les bras s’offriront en abondance, tandis que la demande sera restreinte, et le travail sera déprécié.

Pour que le travail soit à haut prix, et pour qu’une part considérable lui soit attribuée dans le résultat de la production, il faut, au contraire, que le capital soit abondant par rapport à la population. La part du travail sera d’autant plus élevée que le capital sera, relativement à la population, plus considérable. Mais la population étant naturellement progressive, il faudra, pour que la proportion continue d’être favorable au travail, que la masse du capital s’augmente en môme temps que le nombre des bras. C’est quand les capitaux s’accumuleront rapidement, de façon à devancer, par leur mouvement d’extension, le mouvement d’accroissement de la population, c’est alors que le salaire proportionnel sera constamment élevé.

C’est ce qu’on a exprimé par une formule scientifique en disant : la part proportionnelle de l’ouvrier dans le résultat de la production est en raison directe du capital qui demande le travail, et en raison inverse du travail qui s’offre au capital.

Pour que le salaire réel soit élevé, il faut quelque chose de plus : il faut que la masse du produit à partager soit telle, que la part qui en revient à l’ouvrier en échange de son travail pendant un temps donné, pendant une année par exemple, représente une quantité de choses utiles suffisante pour assurer largement sa subsistance pendant cette année. ^

Il faut pour cela que le travail de la société, pris dans ^

l’ensemble de ses applications, soit doué d’une puissance productive suffisante. En effet, par l’action des lois qui

président aux échanges, tous les producteurs sont solidaires les uns des autres. Le prix des choses, c’est-à-dire leur valeur respective, est constamment ramené, par l’effet de la loi d’offre et de demande, au niveau de leurs frais de production. Si la production de certains objets de consommation est difficile, s’il faut, pour l’opérer, surmonter de sérieux obstacles, prendre beaucoup de peine, en un mot, faire de grands sacrifices, le prix de ces objets s’élèvera en proportion de ces sacrifices. Tous ceux qui les consommeront ressentiront, par cette élévation de leur prix, les conséquences de la difficulté que l’on éprouve à les produire.

Éclaircissons les choses par un exemple. Qu’il faille, pour produire la quantité de blé nécessaire à la subsistance d’un homme pendant une journée, une somme de peine équivalente aux quatre cinquièmes du travail d’une journée, personne ne pourra obtenir cette quantité de blé qu’en cédant, en produits de quelque espèce qu’ils soient, les quatre cinquièmes du travail d’une journée. C’est en vain que l’ouvrier qui file le colon applique ses bras à un travail qui possède par lui-méme une rare puissance ; comme il faut, pour vivre, qu’il se procure des subsistances, si le travail agricole est peu fécond, il sera obligé, pour obtenir l’alimentation d’une journée, de sacrifier une quantité considérable de ce produit que son travail obtient en si grande masse en une journée. La question de savoir si la vie matérielle sera pour lui facile ou difficile, dépend donc de la question de savoir jusqu’où est parvenue la puissance du travail pour la production de tous les objets qui entrent dans sa consommation.

Parmi toutes les choses que réclament les besoins de l’homme, les denrées alimentaires tiennent, dans la

iâ

Page 1