‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 91 sur 120 · LA LOI DES SALAIRES. 2S · texte numérisé non relu

LA LOI DES SALAIRES. 2S

vie de l’ouvrier, la plus grande place. Si, par un accroissement désordonné de la population, ou par une fausse direction donnée aux forces productives, le travail agricole perdait de sa puissance, l’effet de cette décadence de l’agriculture se ferait très promptement sentir sur la condition de la classe ouvrière tout entière. Le salaire diminuerait dans la proportion même où la puissance du travail agricole se trouverait réduite. Le mal serait moindre si la puissance du travail se trouvait diminuée pour les industries qui ne fournissent que les objets accessoires de la consommation du grand nombre. Mais ses effets n’en seraient pas moins réels, et toujours ils se résumeraient en une réduction dans les salaires.

Non seulement rinlluence de la puissance du travail est décisive et directe quand il s’agit des salaires réels, mais elle se fait sentir encore, indirectement il est vrai, mais très positivement, quand il s’agit des salaires proportionnels. En effet, le salaire proportionnel ne peut être élevé que si les capitaux s’accroissent rapidement. Or, l’accumulation des capitaux est subordonnée à deux conditions : l’épargne d’abord, et ensuite la puissance productive du travail qui fournit à l’épargne les richesses qu’elle met en réserve pour les appliquer à la production.

On voit donc qu’à tous égards la question de la puissance du travail social est décisive pour la question des salaires, et qu’elle la domine de tous côtés. Dans une société où le travail sera vraiment puissant dans ses principales applications, les salaires seront d’habitude suffisamment élevés.

Le taux habituel des salaires. — De l’action de ces causes résultera pour chaque pays, à une époque donnée.

un certain état général des choses, quant aux salaires, qui seront d’une façon constante élevés ou réduits, suivant que des tendances favorables ou défavorables seront dominantes dans la vie sociale. 11 y aura donc pour chaque pays et pour chaque période de la vie de ce pays, un taux habituel des salaires, déterminé par l’état général et constant des choses. Ce sera comme le centre vers lequel seront toujours ramenés les salaires, au milieu des oscillations que les circonstances locales et passagères pourront leur imprimer. Pour les sociétés où l’ordre économique se trouve établi dans son équilibre naturel, le salaire habituel coïncide avec le salaire normal que j’ai défini plus haut.

Le taux élevé des salaires est la condition première de la prospérité des classes les plus nombreuses, lesquelles vivent de leur travail; il est aussi la condition de la prospérité même de la société, puisqu’elle se compose en majeure partie des travailleurs. Le taux élevé des salaires, quand il a le caractère d’un fait constant, peut être considéré comme le signe, pour l’ordre matériel, d’une situation sociale où toutes les forces de la vie collective se trouvent dans les meilleures conditions de leur expansion.

Les fluctuations dans le taux des salaires. — Les fluctuations passagères des salaires, dans le cercle tracé par l’état général de la société, tiennent particulièrement A la proportion du capital avec les bras à employer. C’est dans cet ordre de choses que se produisent les modifications, quelquefois assez rapides, dans la demande du travail, qui ont sur la condition de l’ouvrier des conséquences qui, pour n’être que passagères, n’en sont pas moins très douloureuses à supporter, et qui peuvent avoir sur ses mœurs et sur sa condition habituelle des effets désastreux.

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