FLUCTUATIONS DES SALAIRES
Par suite des incidents de la vie politique ou de la vie industrielle des peuples, le rapport du capital, qui demande le travail, au nombre des bras à employer, peut se modifier assez rapidement.
La guerre est souvent, à ses débuts, accompagnée d’une hausse dans les salaires, parce qu’en même temps qu’elle enlève des bras au travail, elle emploie à la création du matériel des armées des capitaux considérables. Mais au bout d’un certain temps, elle amène une situation toute différente par la destruction des capitaux qui en est l’inévitable suite.
L’immobilisation d’une portion notable du capital circulant d’un pays pour la construction de grands travaux publics, après avoir fait hausser momentanément les salaires, aura pour conséquence de les réduire ensuite, jusqu’à ce que l’accroissement de la puissance productive, qui peut résulter des travaux effectués, ait permis au capital circulant de se reconstituer dans ses proportions antérieures.
L’introduction des machines produit, au premier moment du moins, des effets semblables. Les machines remplaceront les bras; le capital circulant, qui autrefois alimentait les travailleurs, se trouvera remplacé par un capital fixe qui ne demandera, pour être productif, que le concours d’un petit nombre de travailleurs. La demande de travail diminuera donc d’autant, et, par suite, le salaire se trouvera réduit pour les industries où les machines nouvelles seront appliquées. Au bout d’un certain temps, la consommation augmentant considérablement par l’effet de la réduction des prix, les industries où fonctionnent les machines offriront au travail un emploi égal, quelquefois
même supérieur, à celui qu’elles offraient avant l’introduction du procédé mécanique, Mais il n’en est pas moins vrai que les ouvriers de ces industries auront eu à traverser une période de dépression des salaires, dont les conséquences auront été pour eux très pénibles, douloureuses même parfois; et il est vrai aussi que les difficultés qu’éprouvent ordinairement les travailleurs à changer de profession, et même à changer leur mode de travail, étendront quelquefois sur plusieurs générations les souffrances inséparables de ces sortes de transitions.
Les révolutions et les troubles politiques, en arrêtant tout d’un coup la consommation, laissent engagée, sous forme d’ouvrage fait, une partie souvent considérable du capital circulant qui alimente le travail. Aussi voit-on d’ordinaire, dans les commotions politiques, les salaires s’abaisser en raison directe de l’ébranlement que subit la société.
Une année de mauvaise récolte, des spéculations folles, des entreprises hasardeuses, qui engloutissent, dans des productions que l’état de la société ne demandait pas, une partie de son capital, produisent des effets également désastreux. Tout le monde sait jusqu’où, de notre temps, dans les pays de grande industrie, le salaire peut être réduit par les crises commerciales et industrielles.
Dans ces divers cas, c’est le capital qui, par une cause ou par une autre, est détruit ou momentanément retiré de la circulation. Le travail se trouve alors surabondant relativement au capital disponible pour la production, et il est obligé de se contenter d’une rétribution d’autant plus faible que, par le retrait du capital, la masse des moyens de subsistance destinée aux travailleurs est plus réduite.