DIVERSITÉ DES SALAIRES
de décence et de morale, les éloignent de plus d’un genre d’industrie. Beaucoup de femmes sont d’ailleurs, faute d’apprentissage régulier, dépourvues des aptitudes spéciales que l’éducation industrielle donne aux hommes : ajoutez la concurrence que font aux ouvrières livrées à elles-mêmes les ouvrières qui trouvent, dans la famille ou dans les institutions charitables, un appui et certains moyens d’existence, et vous aurez la raison de cet abaissement si regrettable de la rétribution du travail des femmes.
Au reste, quelles que soient ces différences dans le salaire des divers métiers et des divers individus qui s’appliquent au même métier, elles ne changent rien à l’action des causes générales qui déterminent le taux des salaires pour la société prise dans son ensemble. Par l’action de ces causes, les salaires haussent et baissent, sans que les différences qui s’établissent, par les conditions particulières du travail pour les métiers ou pour les individus, s’en trouvent affectées. La baisse ou la hausse s’effectuera proportionnellement à la situation de chacun.
Dans le cas d’une dépréciation générale du travail, toutes les classes de travailleurs seront atteintes, mais toutes ne souffriront pas également. Pour les rangs les plus élevés du travail, où la rétribution de l’ouvrier est considérable, la réduction des salaires n’atteindra que le superflu ; pour les rangs intermédiaires, où le salaire suffit à la vie, mais sans donner beaucoup plus que le nécessaire, la diminulion des ressources fera passer l’ouvrier de l’état d’aisance à l’état de gêne; pour les derniers rangs, où le travail donne à peine le strict nécessaire, toute diminution de salaire aura pour conséquence la misère. Les effets d’une baisse dans le taux des salaires seront donc très différents
PRINCIPES DÉCO.N. POLIT.
LA IlÉPARTlTIOÎi DES RICHESSES.
au point de vue de la condition des travailleurs, suivant que le travail aura en lui-même plus ou moins de valeui , mais l’action de la loi régulatrice des salaires s’exercera
uniformément dans tous les cas.
Les salaires et le prix des subsistances. On a fréquemment débattu la question de savoir si les salaires se règlent sur le prix des subsistances nécessaires à la
classe ouvrière?
11 n’y a, en fait, d’autre loi du salaire que la loi d’offre et de demande, dont nous venons d’exposer les effets. Si, par suite du haut prix des choses nécessaires à la vie, l’offre du travail se trouve diminuée, les salaires sélè\eront de manière à se placer au niveau du prix des subsistances. A la longue il en sera ainsi, la population se proportionnant d’ordinaire aux moyens de subsistance. Néanmoins il est impossible d’assigner à ce mouvement aucune marche régulière, ni aucune limite absolue à la dépréciation des salaires. Nul ne peut dire jusqu’où l’homme, par l’empire qu’il exerce sur ses besoins, saura réduire ce qui constitue le nécessaire de la vie. L’Irlandais ne s est-il point, pendant de longues années, restreint à une condition au-dessous de toutes les prévisions? A la longue pourtant, il faudra bien que l’équilibre se rétablisse, mais souvent ce ne sera qu’après une dépréciation prolongée des salaires, accompagnée de cruelles privations et dune affreuse mortalité. Quelquefois aussi on verra l’équilibre BC rétablir par l’émigration, comme il est arrivé pour l’Irlande. C’est navrant, mais tel est le fait, pour les sociétés ({u’un désordre profond dans les mœurs, ou bien quelque oppression politique, a jetées hors de leurs voies
naturelles.