LE SALAIRE FAMILIAL
plir sa destinée. Et c’est pourquoi il y a, corrélativement au droit de l’ouvrier, le devoir du patron, de lui accorder, sauf le cas de force majeure, le salaire suffisant. Mais, pour l’accomplissement de cette destinée temporelle, qui est l’acheminement à sa destinée supérieure, l’homme peut-il être considéré exclusivement quant à sa vie individuelle? î\’est-il pas suivant sa destinée naturelle, lorsqu’il ne s’est pas engagé dans les liens de la vie sacerdotale ou de la vie religieuse, de s’engager dans les liens du mariage, d’avoir une famille, des enfants, à l’existence desquels il doit pourvoir? S’il en est ainsi, le salaire normal ne doit-il pas comprendre les moyens d’existence d’une famille répondant par le nombre de ses membres à la moyenne des familles?
Le salaire pour être juste doit donc répondre, non seulement tà la subsistance personnelle de l’ouvrier, mais encore à la subsistance d’une famille moyenne, rien de plus, rien de moins. Voudrait-on aller plus loin et prétendre que le salaire doit être familial, en ce sens que, pour être conforme à la justice, le salaire devrait être fixé en raison du nombre des membres de la famille, quel qu’il soit. Ce serait la prétention e.xtrême du socialisme pur, attribuant à chaque travailleur une rémunération proportionnée à ses besoins.
Les exceptions. — Pour l’application de la règle du juste salaire, il y a lieu de tenir compte de certaines exceptions résultant des vicissitudes que subit le cours des affaires industidelles, ou bien des conditions mêmes du travail fourni par l’ouvrier.
Sans doute le patron doit à l’ouvrier le salaire normal lorsque l’état des affaires lui permet de le lui payer; mais
il est des cas où le patron se trouve réduit, à raison de la situation générale du marché, à ne pouvoir payer le salaire normal sans entamer sérieusement son capital. En ce cas, on appliquerait l’axiome : JVemo dcit quod non habel. Il peut arriver, en effet, aux époques de crise, que le pioduit brut de l’entreprise ne fournisse pas au patron de quoi payer l’ouvrier suivant le taux normal, et que lui-même, soit privé du profit qui serait la rémunération légitime dt. son travail d’entrepreneur. Qui donc, en un tel état de choses, considérerait le patron comme obligé, en vertu de la justice commutative, à payer des salaires qui dépasseraient le taux courant? Ce taux représente, en général, tout ce . que comporte le rendement de 1 industrie à un moment donné ; ce qui serait payé en sus par le patron serait de pur don, auquel cas il y aurait de sa paît, non l’accomplissement d’un devoir de justice, mais 1 accomplissement d’un devoir de charité dont l’encyclique elle-même
établit les conditions et les limites.
11 faut d’ailleurs en cette question tenir compte du prix du travail, ainsi que je l’ai fait voir plus haut en parlant de la diversité des salaires d’individu a individu, dans la même profession et souvent dans le même atelier. Comment pourrait-on soutenir qu’à l’ouvrier, qui ne fait en une journée que la moitié de ce que fait, dans le même temps, un ouvrier ordinaire, le patron doit le meme salaire qu a ce dernier ? Il faut compter, parmi les causes qui dispensent le patron de payer le salaire normal, la stérilité relative du travail de l’individu à qui le salaire est dû. Il y a pour le patron une impossibilité de payer le salaire normal toutes les fois que l’ouvrier ne lui fournit pas le produit normal du travail. La plus simple arithmétique, 1 arithnn>-