LE MINIMUM DE SALAIRE
tique du bon sens, nous dit que l’ouvrier paresseux, maladroit ou invalide, n’a pas le droit d’exiger autre chose qu’un salaire correspondant au travail inférieur qu’il fournit. C’est dans la puissance du travail de l’ouvrier que le patron trouve de quoi le payer. Que cette puissance soit réduite, d’une façon ou d’une autre, et le patron sera dans l’impossibilité de payer un salaire dont la source est tarie. Nemo dat quod non liabet.
La justice due à l’ouvrier doit-elle aller jusqu’à faire décréter par les lois un minimum de salaire répondant aux besoins d’un ouvrier sobre et honnête? Le Pape n’étend pas jusque-là l’obligation en matière de juste salaire. Voici sur la question les termes de l’encyclique : « De peur que dans ces cas les pouvoirs publics n’interviennent inopportunément, vu surtout la variété des circonstances, des temps et des lieux, il sera préférable que la solution en soit réservée aux corporations ou syndicats, ou que l’on recoure à quelque autre moyen de sauvegarder les intérêts des ouvriers, même, si la cause le réclamait, avec le secours et l’appui de l’État. »
Dans bien des cas assurément, l’intervention des pouvoirs publics serait souverainement inopportune ; elle créerait des difficultés plus embarrassantes, plus sérieuses, au point de vue de la justice même, que celles qui naissent d’une réduction fâcheuse des salaires. La première, la plus grave de ces difficultés, et elle suffit pour faire écarter les projets des écoles socialistes en la matière, la plus grave de ces difficultés réside dans l’impossibilité d’établir une règle uniforme pour des situations très diverses et toujours variables. Je me contenterai de reproduire ici ce que j’ai dit sur la question dans ma
brochure : L'Économie politique d'après l'encyclique rerum
KOVARIM.
« Supposons que la loi déci ète un minimum général des salaires, d’après une appréciation moyenne des besoins d’un ouvrier sobre et honnête, sans tenir compte de l’abaissement possible du taux courant des salaires. Quelle sera, dans celte hypollièse, la position du patron, de l’employeur en général’? Il pourra, d’après ce que nous avons dit plus haut, se trouver dans la nécessité de prendre sur son capital pour payer aux ouvriers un salaire que le résultat définitif de sa production ne lui rembourse pas. Or cette prétendue justice envers l’ouvrier ne serait-elle pas une souveraine injustice envers le patron? Ce serait, par l’usage arbitraire de la force des lois, pi endre à l’un pour donner à l’autre, ce qui constituerait une atteinte à la propriété privée dont le droit est, comme le dit l’encyclique, antérieur et supérieur au droit de l’État. Ce serait, à l'égard du patron qui est légitimement propriétaire de son fonds industriel, une de ces violences que le socialisme appelle justice, mais que le droit appelle spoliation et contre lesquelles l’encyclique s’élève avec force. »
Tous les patrons ne se trouveront peut-être pas dans cette situation; certains pourront n’avoir à donner, en vertu de la loi, que ce qui revient vraiment à l’ouvrier, sans être lésés dans leurs profits légitimes. .Mais l’application des lois ayant nécessairement un caractère de généralité, la disposition légale frappera également sur les patrons qui en justice ne doivent que le salaire courant, et il suffit qu’un certain nombre de patrons se trouvent sujets à la spoliation dont je viens de parler, pour que la loi soit taxée d’injustice et porte la marque du socialisme.