‹ Premiers voyages en zigzagChapitre 13 sur 98 · DESCENTE SUR COME — LE LAC · texte numérisé non relu

DESCENTE SUR COME — LE LAC

pays et le lac ne répondent pas tout à fait à notre attente : c’est presque trop joli, trop mignon, trop arrangé. Nulle part des rocs ou des forêts, mais

un amphithéâtre de monts assez uniformes, sur lesquels s’élèvent en gradins de jolies constructions uniformes aussi. Tout y est joli, rien n’y est grand. Du reste, nous ne parlons ici que de la partie du lac qui est voisine de Corne ; c’est la seule que nous ayons visitée. On loue deux bateaux qui nous conduisent, par une soirée délicieuse, jusqu’à la villa de la reine d’Angleterre. Au retour, nous avons à l’arrière le bateau à vapeur, dont nos bateliers, comme tous les bateliers du monde, ne parlent qu’avec un haineux mépris. On devrait faire apprendre à tous les bateliers ruinés l’économie politique. Les économistes, en effet, leur auraient bientôt prouvé que s’ils sont ruinés, c’est pour le plus grand bien possible, et ils s’en retourneraient contents, pour peu qu’ils eussent l’esprit scientifique et l’intelligence ouverte au progrès.

La faim nous ramène tout courants à l’hôtel, où le souper n’est pas tout à fait prêt; grand contre-temps, retard funeste! Aussi, à toute question comme à tout propos, Laurent, Bryan répondent : « J’ai faim! » C’est leur idée fixe, sur laquelle ils vivent jusqu’au potage, qui arrive enfin. Au dessert, on sable du vin d’Asti, en réjouissance de ce que notre ami Manfred est rendu à la santé et à ses fonctions, dont il s’acquitte pour l’heure en arriéré qui rattrape.

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