‹ Premiers voyages en zigzagChapitre 15 sur 98 · LUGANO · texte numérisé non relu

LUGANO

AUX ALPES ET EN ITALIE

très bon, quand on meurt de faim surtout. Le bouillon est clair, les tripes rares ; ça ressemble à la soupe au caillou, quand le caillou était encore tout seul. Pendant que nous sommes à l’œuvre, les voitures rejoignent et viennent prendre place autour de notre chaudière, que nous quittons prudemment avant que la société du pays arrive demandant sa soupe aux tripes.

Nous approchons de l’un des golfes du lac de Lugano. On s’en aperçoit deux heures à l’avance et bien longtemps avant de voir l’eau. En effet, les bateliers avides viennent jusque-là pour mendier auprès du voyageur la préférence pour leur bateau. M. Topffer a beau dire qu’il n’en veut ni un, ni deux, ni point, il lui faut pendant deux heures subir les exhortations, les raisonnements, les offres de ces importants industriels qui ne nous laissent tranquilles qu’à Gapo di Lago, lorsqu’ils nous ont vus défiler à pied devant le port. Mais aussitôt en voici d’autres, ceux de Bissone, une heure plus loin, qui sont pareillement venus à notre rencontre, et qui nous font pareillement la conduite jusqu’à Bissone. Pour nous en débarrasser, nous entrons dans le bac qui stationne en cet endroit, et nous mettons entre eux et nous un bras du lac.

Dès ici la contrée devient de plus en plus belle. Le lac de Lugano, avec ses hautes montagnes, ses golfes étroits, ses rivages escarpés et une riche végétation, nous plaît plus que celui de Gôme. Il est vrai que dans ce moment le ciel est à l’orage, en sorte que l’éclat et le mouvement des nuages ajoutent un charme de plus à la beauté du spectacle. Pendant que nous sommes à le considérer du haut d’une esplanade de rochers, dont nous donnons le croquis à la page suivante, la foudre éclate et la pluie tombe. C’est la première fois depuis notre départ de Genève, mais c’est assez pour que nous arrivions haletants et rincés à Lugano.

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