‹ Premiers voyages en zigzagChapitre 55 sur 98 · CHATEAU UE SION · texte numérisé non relu

CHATEAU UE SION

révolutionnaires, mendiant le long des fossés. Harrison, attaqué sur tous les points, fait face à tous et à chacun. On lui conteste qu’il ait un nez ; on reprend

CHAMOUNIX, L’OBERLAND, LE RIGHI

l’ancienne affaire de sa jambe, on nie son lieu de naissance, plusieurs défendent la gentillesse des guêpes, aucuns parlent de l’esprit des hannetons; alors la mêlée est à son comble, toutes les discussions s’entortillent, s’entremêlent et demeurent encore plus pendantes qu’auparavant. Xous descendons à Sion, chez madame Muston, pour y faire une collation qui se trouve être intermittente au plus haut point : un pain longtemps après l’autre; les uns repus, les autres affamés. Avant la Révolution, ce n’était pas ainsi.

11 y a des bourses qui, n’ayant pas l’expérience de la bourse commune, grillent de s’amoindrir, et y arrivent n’importe comme. Celle de Sor bières le mène dans une boutique où on lui montre une paire de lunettes bleues. Sorbières achète avec empressement cet ustensile quelconque, il se le pose sur le nez, et il rejoint ravi de la chose, et sans cesser de voir en rose toute la nature. On le félicite de son acquisition.

Xous quittons à regret notre char à bancs pour nous acheminer à pied sur Sierre. Mais voici que, pas bien loin, Edouard cloche, boîte, s’assied et ne bouge plus. Heureusement M. Tôpffer trouve à louer un chariot dans une ferme ; on l’y couche sur de la paille. Le chariot part, nous devance, et s’arrête à la porte de Sierre, où nous voyons de loin un homme qui décharge à grand effort un gros ballot. C’est Edouard que l’on pose sur ses quilles. « Je ne voulais pas, dit-il ; mais cet homme a voulu. — Bien sûr, mon brave monsu. Et encore, je suis bien fâché que ça vous coûte autant:

quatre francs, c’est bien beaucoup !

Mais que voulez-vous ! c’est not’maitre qui a fait le prix. Il est difficile, not’maître ! » Le pauvre Édouard, point accoutumé à la marche, fait un noviciat pénible ! Néanmoins, le terme de sa crise approche. Dès demain il sera mieux, et dès le jour suivant il se placera sans nouvel effort parmi les bons marcheurs de la troupe. Les autres débutants se tirent d’affaire à merveille ; et Woodberry trouve sur la route un billet de banque de cent francs. Se ressouvenant alors qu’une diligence vient de passer, il rebrousse à sa poursuite et retrouve le propriétaire du billet, qui ne s’était encore douté de rien.

A Sierre nous trouvons sur la place un révolutionnaire aviné qui a tout fait, sonné le beffroi, commandé l’assaut, et mis en fuite le haut Valais, qui court encore. Ce bonhomme s’en va boire un coup, et de notre côté nous allons souper.

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