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LE BRUNIG DU COTÉ DE LA VALLEE DE MEYR1NGEN

SUR LE BRUNIG

LE LAC LUNGERN

C H A M 0 U N I X , L’OBERLAND, LE RIGHI

en général que le caractère de la nature suisse ou de la nature alpestre en particulier. De nos artistes, les uns étudient donc, les autres font des feux à tout bout de champ.

Nous avons décrit ailleurs la vue que l’on découvre en arrivant en haut du sentier qui descend sur Lungern. Ce sentier lui-même est plus rocheux, plus moussu, plus élégamment ombragé encore que ne le sont les chemins si renommés qui conduisent à la grande Chartreuse. On ne saurait rencontrer nulle part un plus complet assemblage de tous les éléments qui concourent à former non pas un site, mais un penchant de mont pittoresque : partout fraîcheur, partout velours verdoyants et fleuris, partout des plantes sveltes, des troncs élancés dont la grise écorce est tachetée tantôt de mousses sombres, tantôt de clairs lichens, et çà et là des trouées dans le feuillage qui laissent entrevoir le lac de Lungern et ses charmants promontoires. Nous arrivons ravis et affamés à l’auberge de Lungern.

Le temps s’est mis au tout grand beau. Il est dimanche, les cloches carillonnent, les gens ont leurs plus beaux habits, tout à un air de fête, et nous aussi, qui suivons gaiement la rive du lac Lungern. Depuis que l’on a en partie vidé le lac, cette rive se trouve élevée de quatre-vingts pieds environ au-dessus du niveau de l’eau, et le chemin se trouve avoir à droite des bois, à gauche une pente rocheuse et décharnée où l’on a tenté, par-ci, par-là, quelques essais de culture. Il y a deux ans nous vîmes, près de Lungern, des prés portant arbres et maisons, qui, n’étant plus retenus parla pression des eaux, étaient descendus dans la plaine ; mais ces accidents ont cessé, et les déchirures du sol sont déjà masquées par la culture et la végétation.

Au sortir de la vallée de Lungern s’ouvre la vallée de Sarnen, plus large, plus riante, et dont les pentes doucement inclinées viennent mourir dans le joli lac de même nom. Au moment où nous atteignons la rive, l’onde est tranquille, le soir radieux, et les bateliers sont là qui nous font d’irrésistibles propositions ; la bourse commune elle-même s’y laisse séduire, et un grand bateau reçoit la cargaison présente. C’est toute la caravane, moins certaine avant-garde à laquelle il est piquant d’apprendre que se séparer nuit, et se trop hâter cuit. Que l’on se figure, en effet, le plaisir de se prélasser dans un bateau après six lieues de marche, à l’heure du soir, dans une contrée nouvelle, et le long d’une rive charmante ! Au bout d’une heure nous sommes à Sarnen, où l’avant-garde nous attend depuis une heure.

L’auberge où nous descendons est tenue par un gros magistrat, rond comme une boule, yeux ronds, tête tonde ; dans toute sa personne, l’intelligence seule est carrée. Il nous explique les propriétés agréables du jeu nommé le solitaire. « C’est un cheu, dit-il, trèscholi, bour une seule bersonne; quand il est seule et qu’il beut bas chouer afec une autre bersonne, barce qu’il est seule, alors il choue toute seule, barce que... » Et ainsi de suite. Du reste, ce bon monsieur roule autour des tables pour s’assurer que nous sommes bien servis, et, s’apercevant que nous goûtons fort certaines truites saumonées, il roule vers la cuisine pour

donner ordre qu’on nous en serve des monceaux ; après quoi il roule de nouveau dans la salle pour jouir de notre parfait contentement. Ce sont ses filles qui apprêtent, qui servent, qui desservent ; lui-même est un des gros personnages de l’endroit, et il entend bien ne point déroger en se faisant le serviteur hospitalier des hôtes qu’il héberge.

En toutes choses l’Underwald est un canton encore très primitif; on n’y pénètre que par le sentier du Brunig ou par le lac des Quatre-Gantons ; il n’y a point de gazettes, à peine une ville. On sait comment les hommes d’Underwald défendent leur bout de patrie contre quiconque en veut à leur indépendance ; mais, par contre, ils ne savent ce que c’est que le lien fédéral, et professent que les affaires de chacun ne concernent que chacun. Ce sont des hommes forts, mais pas éclairés ; ailleurs, les hommes sont plus éclairés, mais pas si forts. Pour être indulgent à leur égard, il faut se représenter que si tous les cantons n’étaient qu’éclairés, ce serait une bien petite garantie de l’indépendance de la Suisse ; tandis que si tous étaient forts à la manière de l’Underwald, cette indépendance serait à jamais en sûreté.

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