‹ Premiers voyages en zigzagChapitre 61 sur 98 · SEIZIÈME ET DIX-SEPTIÈME JOURNÉES · texte numérisé non relu

SEIZIÈME ET DIX-SEPTIÈME JOURNÉES

Voir lever le soleil, c’est un goût que tout le monde n’a pas ; plusieurs préfèrent que le soleil les voie lever. Le spectacle a beau être magnifique, au sortir du lit on en jouit mal : l’âme dort encore, elle se laisse faire sans s’en mêler; et quand, réveillée à la fin par les splendeurs de l’aube, elle serait disposée à en jouir, déjà elles se sont noyées dans la blafarde lumière du matin. Bien mieux vaut le soir, quand, sur le point de disparaître, le soleil dore les monts, enflamme les nuées, scintille dans la rivière, et fuit insensiblement devant le char étoilé de la nuit. A cette heure, l’àme se recueille sans effort devant le paisible éclat du ciel et des campagnes; elle y goûte, après les fatigues de la journée, un nonchalant bien-être; elle s’y empreint de ce calme qui dispose également à la prière du soir et au sommeil de la nuit.

Au surplus, le soleil ne se lève pas ce matin; mais, de toutes parts, des lambeaux de vapeurs s’agglomèrent ou se déchirent à nos pieds, laissant voir par leurs trouées, ici l’azur sévère des lacs, là les prairies et leurs innombrables clôtures, plus loin des promontoires couronnés de forêts. Ce spectacle en vaut bien un autre; et, s’il n’était reçu qu’au Righi c’est le lever du soleil qu’on vient voir, bien des touristes y monteraient tout aussi bien pour contempler

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