‹ Premiers voyages en zigzagChapitre 81 sur 98 · ENTRÉE DE LA VALLEE DE LA BRENTA · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE LA VALLEE DE LA BRENTA

DIX-HUITIÈME JOURNÉE

Au lever, notre malade ne se trouve guère mieux; toutefois il a dormi, et aucun symptôme nouveau ne s’est déclaré. L’on dispose dans l’angle de l’omnibus une petite ambulance à son usage, et l’on part.

Au delà de Trente, la route s’élève en serpentant contre le flanc d’une côte rapide. A mi-hauteur, l’on a une vue magnifique de la ville et de cette belle vallée de l’Adige que nous allons quitter pour nous enfoncer dans les gorges de la Brenta. Cette côte elle-même est, plus encore que tout ce que nous avons vu jusqu’ici, non pas boisée, riante ou remarquable pour le particulier, mais attrayante pour l’artiste, faite pour être peinte ou pour être chantée. Ce sont des terrains brûlés, rocailleux, parsemés d’herbes libres, et étalant toutes les élégances des lignes, toutes les finesses du coloris. Par ci, par là, un, deux arbres se dressent contre les rochers ou penchent sur le vallon; quelque jeune garçon repose à l’ombre de sa charge de maïs. Il faut le reconnaître, nos sites les plus riches en verdure, en somptueux branchages, en brillantes cascades ou en nappes d’azur, ont certainement moins d’émouvants attraits, moins de poésie véritable que ces paysages presque nus, où les objets, plus rares, ont une expression plus certaine, où le sol, plutôt oisif que stérile, se couvre de libres végétations, n’offre que des accidents naturels, et attache par sa physionomie, au lieu de plaire par sa parure.

Page 1