‹ Premiers voyages en zigzag;Chapitre 14 sur 52 · DIXIEME ET ONZIEME JOURNEES · texte numérisé non relu

DIXIEME ET ONZIEME JOURNEES

Le ciel est encore nuageux et le froid est aussi intense qu'iiier; de plus, le café est une pure décoction de chicorée, et la pendule joue toujours ce même air. Les auberges versent de toutes parts leurs comtes et barons dans des chaises de poste qui s'acheminent aussitôt vers le couronnement (la coronalioii, comme dit Harrison). Au bruit de la serinette et avec accompagnement de grelots, M. Tiipffer donne lecture de quelques pages de notre itinéraire ; c'est afin de rectifier les idées un peu fabuleuses que quelques-uns de nous se font de la Via Mala, où nous devons entrer aujourd'hui, comme aussi afin d'apprendre à plusieurs, qui pourraient ne s'en apercevoir pas, que nous allons voir des merveilles vraiment fabuleuses.

Nous laissons ici sur la droite le passage du Splugen, plus célèbre et bien plus fréquenté que celui du Saint-Bernardin. Il nous arrive des hauteurs un froid pénétrant contre lequel ni la marche ni le sac ne peuvent rien ; tous les doigts sont gelés, tous les nez violets, toutes les mâchoires grelottantes. Heureusement, voici un vallon où sont des forges, et un monsieur fort poli qui nous offre de visiter les travaux. On accepte bien vite, et nous voilà devant la flamme des fourneaux, qui y grillons avec volupté nos pauvres membres, tandis que le bon monsieur explique en détail les ressources de la mine, les qualités du minerai, et mille autres choses qui, on peut le dire, tirent de la situation surtout un intérêt tout particulier. €e monsieur est Milanais, tous les ouvriers sont Bergamasques. Il arrive au printemps avec ses hommes, pour repasser les Alpes en automne avec eux. Â mesure que ces cyclopes ont brûlé toutes les forêts d'un canton, ils vont dans un autre: chose affreuse! pittoresquement parlant, mais dont pour l'heure il ne nous appartient pas de nous plaindre.

Ainsi réchauffés, nous nous remettons en route. Le chemin est partout bordé de fraises, de framboises, d'ambresailles; aussi il se fait des récoltes miraculeuses, et une foule d'obligeants picoreurs conspirent contre le régime sévère que le chef s'est imposé, en lui offrant d'irrésistibles bouquets de fraises impitoyables. M. TôpfTer résiste à chacun, les accepte tous, les mange en protestant, et rend responsable des suites chacun des malicieux donateurs. La phiiinous visite encore, et puis le soleil, et puis de nouveau une abondante averstau moment où nous arrivons dans le bourg d'Andeer. On se lire d'affaire en entrant à l'auberge, où une buvette nous est servie. Tout ici est en pleine coronation; on n'entend que grelots et postillons, on ne voit que duches.ses transies et barons couverts de crachats.

C'est au delà d'Andeer que s'ouvre le fameux défilé de la Via Mala. Avani d'y arriver, nous cheminons avec un bonhomme de figure respectable, vêtu de noir, et qui fume avec solennité une énorme pipo; c'est le pasteur de l'endroit; il conte de son église des choses curieuses, et il nous invite à nous détourner un peu de notre route pour la visiter. La- proposiiion est acceptée. et aussitôt, transformés en antiquaires, nous allons adnnrer au fond de la vallée un temple dont la construction remonte au xui' siècle: à l'iniérieur sont des peintures du même temps, extrêmement gothiques, barbares et intérêt santés à la fois, qui représentent toutes les histoires de la Bible: la chaire est un autre morceau d'antiquité, et la clepsydre aussi, dont l'usage s'est conservé dans ces églises de montagne. .Malheureusement il n'v a pas ici comme dans les usines une belle llamme qui réchauffe ; le froid nous oblige bientùi à prendre congé du bon pasteur.

Il est difficile de donner une idée des beautés horribles de la Via Mala iVdéfilé célèbre se compose de deux gorges étroites, ou plutôt de deux profondc-s fissures, au fond desquelles mugit le Hhin. et que st'pare l'une de l'autre une petite vallée paisible, verdoyante, et placée là comme pour donner au voNageur les plus vives impressions du contraste. Dans cette fissure la route serpente, tantôt serrée contre les parois du iwher, tantôt jetée au-dessus d'un abîme ténébreux dont le fond échappe au regard, « d'où, en quelques endroits, le bruit même du fleuve, qui s'y tourmente et s'> brise, n'arrive pas jusqu'à l'oreille. De magnifiques arbres s'élancent de tous les points où il v a un peu de terre, et la gorge est si resse^•ét^ qu'ils forment de leurs cim,>. qui se rejoignent, de leurs branches qui s'entre-oroi.sen,. <x>mme des dôme. transparents qu, ne laissent passer qu'un pâle reflet de lumière, lin peu plu. loin, tout est pierre noire, lueur souterraine, et au silence succède un fracas infernal d eaux invisibles qui bondissent, d.Vhiren. et opposent fureun. à fureurs ; Il semble qu on soit à mille lieues du monde et des hommes, e. l'on ne

antable endroit une élégante société de touristes. .Messieurs e, dames, jeune.

et vieux, gardent le silence et l'immobilité; à peine nous voient-ils p.Lr a

coté d eux, absorbes qu'ils sont dans l'impression de cette scène tum.d.ueu.^

Il il"

Cl sublime. Une dame pourtant secoue l'impression pour parler au voyageur Percy, si connu, ainsi que nous l'ayons déjà remarqué, dans l'ancien comme dans le nouveau monde; c'est, certes, passer du grandiose au microscopique.

Au sortir de la seconde gorge, on passe au pied d'une paroi de rochers audessus de laquelle on voit les ruines du château de Rhcetus, celui que l'hôte de Misoc(;o appelait notre fondateur, c'est-à-dire le fondateur des hôtes mielleux et rapaces. Aussitôt qu'on a dépassé ce rocher, la vallée s'ouvre fertile, cultivée, verdoyante, et le passage est subit du Tartare aux champs Élysées. Le bourg de Tusis s'élève au sortir de la Via Mala; c'est là que nous allons chercher un gîte et passer la nuit.

De Tusis nous nous acheminons sur Coire par un temps douteux toujours, mais en attendant fort joli. Le ciel est caché par des nuées légères qui forment comme un dais transparent derrière lequel on sent resplendir le soleil. Cette transparence semble s'être communiquée aux montagnes, qui paraissent aériennes, diaphanes, étalant à la fraîcheur matinale leurs verdoyantes croupes, d'où s'élèvent çà et là de grises vapeurs qui se déchirent, s'espacent et se dissipent insensiblement.

Les paysages des Grisons sont sévères et fortement caractérisés ; ce sont de hautes vallées, larges, vertes, plutôt paisibles que riantes, encaissées entre deux lignes de montagnes vertes auSsi et boisées, tantôt jusqu'à la cime, tantôt jusqu'aux rocs ardus qui en couronnent le sommet. De toutes parts les couleurs sont d'une crudité harmonieuse, d'un éclat austère, dont les colorieurs des marchands de vues ne nous donnent que l'indigne caricature. Comme tant d'autres, cette partie de la Suisse est demeurée injustement en dehors du domaine de l'art.

A Reichenau, l'endroit où jadis Louis-Philippe fut maître d'école, les deux Rhins, supérieur et inférieur, se joignent pour couler désormais ensemble. Ces deux fleuves arrivent presque directement l'un contre l'autre, et il est curieux de voir par quels détours et quelles précautions naturelles il arrive que cette rencontre se fait à l'amiable. On dirait deux puissants personnages qui, se sentant fiers et susceptibles, composent leurs mouvements et dissimulent les exigences de l' amour-propre sous les dehors d'une infinie civilité.

A une lieue de Reichenau, qui est un magnifique village, on entre dans la vallée de Coire, aussi verte et plus riante que celle d'où nous sortons. On voit, au pied des montagnes, les clochers de cette petite capitale reluire au soleil, et l'approche des joies de la civilisation nous porte à hâter le pas, lorsqu'un petit drôle nous propose soudainement de lui acheter des prunes qu'il cueillera sous nos yeux. Oh hé! que faire? On entre dans le verger et l'on mange des prunes; c'est tout simple.

Coire nous plaît infiniment, d'autant plus que nous y arrivons éreintés, salis de boue et de poussière, pour nous y délasser et nous y blanchir. A peine descendus à l'hôtel, nous procédons à une toilette générale; c'est la première fois depuis notre départ de Genève, et nous sortons éclatants de linge, de

gants, de souliers lustrés : c'est à éblouir les regards, surloul les nôtres, accoutumés à reposer sur les blouses modestes de camarades rougis par les fresques ou verdis par les gazons.

En attendant le dîner, qui, s'il était prêt, nous serait antiquité, curiosité, arsenal et musée, nous allons voir les choses remarquables de l'endroit, à commencer par le grand café, où nous demandons des glaces, et où l'on nous offre de l'eau-de-vie ou bien de la bière, les deux seuls rafraîchissements en usage dans l'établissement. De là nous passons à la cathédrale, où se voient. tant en reliques qu'en tableaux et en architecture, des choses extrêmement curieuses et intéressantes. Notre cicérone parle beaucoup d'un .\nglais nommé Lucius, qui vint avec sa sœur apporter le christianisme dans les Grisons, et en preuve il nous montre le buste de Lucius et la grotte où il habita. Nous ne contestons sur rien; mais, de crainte d'en venir à nous manger les uns les autres, nous plantons là toutes curiosités pour courir du côté du dîner. En courant, nous nous perdons; on se sépare, on rebrousse, on se dissémine, ei puis il se trouve qu'au moment où le souper entre, tous se retrouvent autour de la table. Mais quel dîner! tout à souhait, et des hôtes qui se font une gloire de notre appétit, une joie de ce que nous avalons tout, un devoir de rapporter des poulets à mesure que les poulets disparaissent. Il y a dans la salle un excellent piano ; au dessert Blockmann va s'> placer, el la soirée s'écoule en musicales jouissances, chacun écoulant à deux oreilles, tout en reposant de tous les membres.

TERREUll DU PKTIT

DOL'ZIEME JOLRiNEE

Nous nous levons de bonne heure afin de ne pas partir tard; mais notre lingj, envoyé la veille au blanchissage, n'arrive pas. On déjeune, on fait de la musique, on écrit des lettres, on flâne jusque vers dix heures qu'arrive la blanchisseuse éplorée. Hélas! elle a pleuré sur nos chemises, car tout est mouillé, sortant de l'eau, et, n'était l'évidente affliction de cette pauvre femme, elle aurait à essuyer vingt et une apostrophes de toute colère... M. TôplTer distribue à chacun son paquet, ou plutôt son éponge gonflée d'eau, et chacun va le mettre en presse dans son havre-sac. Pendant ce temps la pluie s'apprête, afin que nous ne manquions pas d'eau, comme disait l'hôte de Misocco.

Les sacs faits, nous nous remettons en route, et tout aussitôt les nuages crèvent sur nos têtes, ce qui n'empêche pas que le pays ne nous semble fort joli. Un pont couvert se présente, et l'on y fait halte au sec. C'est alors qu'un petit bonhomme demandant l'aumône, M. Tôpfler lui offre du tabac; l'enfant insiste. . . A bdericaranmchalavaradaltach ! Palarachldtawdrabramalanaramach .'.'.' s'écrie M. Toplïer. L'enfant est déjà à trois portées de fusil, fuyant à toutes jambes; en général, ce procédé réussit parfaitement si l'on y met l'aplomb et la solennité nécessaires.

La pluie ne voulant pas cesser, on quitte le pont couvert pour atteindre bientôt le Rhin, que l'on passe sur un pont découvert, au bout duquel est une auberge couverte... A cette vue... à cet aspect... mais la bourse ne veut pas, et puis elle veut un peu, et puis elle veut tout à fait, et on entre. Pains et fromages sont servis. Au bout d'un quart d'heure, la société manifestant

VOïAGES EN ZIGZAG

quelque désir de connaître ce qu'elle a bien pu avaler de gros petits pains frais d'une demi-îivre durant cet espace de quinze minutes, il lui est révélé qu'elle en est au soixante-cinquième gros petit pain frais. Dqux dames, dont l'une remarquablement belle, qui nous ser\-ent, éprouvent un étonnement prodigieux, et nul doute qu'elles éclateraient de rire, si ce n'était que, hôtesses, elles respectent leurs liôtes. Du reste, il faut observer ici deux choses : c'est que la pluie affame en général, et que, depuis ce fatal déjeuner de Misocco en particulier, nous n'avons jamais pu combler le vide qu'il a laissé dans nos estomacs; encore à l'heure qu'il est, le rassasiement n'est pas venu.

Nous quittons cette auberge, si peu attristés par les pluies du ciel, que nos chants et nos cris de joie épouvantent deux pauvres pèlerins mendiants. Ces braves gens allaient nous demander l'aumône, lorque, nous entendant crier à t»o-tête et tous à la fois : Chose également périlleuse, soit qu'il d'il la vérité.

sou qu'il dU un mensonge ! ils s'arrêtent, puis se jettent de côté, puis ils fuient dans une prairie. Et c'est vrai qu'il n'est pas ordinaire de rencontrer vingt et une personnes qui se promènent par la pluie, en criant à l'une d'elles : Chou également périlleuse, soit qu'il dit la vérité, soit quil dit ..,. mtnsougr! Ces. I;. un sobriquet, comme on le verra en son lieu.

On arrive à Ragatz. C'est ici qu'il faudrait quitter la grande route pour fai. une excursion aux bains de Pfeffers; mais le ten,ps est trop mauvais p,,ur > songer : on poursuit donc. Nous croisons beaucoup de soldats qui re>iennen. d un tir ou d'une revue, les uns fort avinés, les autres ,x>r.ant j>arapluie. Plus loin c est une grande voiture de coronation. avec le plus beau nè.ro .x.ssible sur le siège. Déjà le ciel est noir, la montagne violette. la verdm^ bleue. A cette apparition de nègre, on est tenté de se pmcer les côies pour s'assurer qu on ne rêve pas.

SAINT-GOTHÂRD, VALLEE DE MISOCCO, ETC.

C'est sur Sargans que nous marchons, au travers d'un marécage , et rincés jusqu'à la moelle. On y arrive enfin, et c'est délicieux; délicieux d'arriver, délicieux de se changer, délicieux de fréquenter le clair feu du foyer. L'auberge est à nous tout entière : les hôtes sont d'excellentes gens. Nous nous sommes amusés comme des compères, et nous allons souper comme des rois.

Durant toute la nuit, le déluge a continué; au lever, c'est déluse encore; déjà il est question de coloniser, quand la pluie cesse subitement, et 1 on sc^ hasarde à partir. Cependant les nuées s'élèvent, on signale un trou bleu dans le ciel- voici un rayon-de soleil qui dore une forêt, et enfin un temps radieux 'établit. C'est fort agréable pour tout le monde, mais pour nous quelle

prospérité! Sans compter que ceci nous pi-rmet d'arriver à Wallenstadl avant le départ du bateau à vapeur. Chemin faisant, nous voyons deux nids de cigognes posés sur des clochers; c'est un spectacle nouveau pour la plupart d'entre nous. Arrivés à Wallcnstadt, nous allons nous post-r sur le bateau.

Sur le bateau, il n'y a encore (|u'un capucin et une voilure xide. Mais un soleil admirable se joint à la chaleur de la cheminée pour achexer le dessichcnient de la caravane, qui est encore fortement imbibée. C'est pendani qu'elle jouit de ces douceurs qu'arrive un homme essoufflé: cet homme essinilHr lient un paquet blanc; ce paquet blanc, c'est la chemise de Sterling, grand semeur do crayons et de iKiires de bas; la chemise est rendue, et l'homm.reprend haleine.

Des étrangers, selon la coutume, attirent un îles mirmidons de la troujv pour savoir un peu de lui qui no*is somm-s, pourquoi tant de monde, ol pourquoi cette chemise. Ils s'adressent au particulier l'ercy. qui, inim-og»* sur c qu'il a vu de curieux, répond laconiquement : u Lne église avec une cigogne. ■ D'autres, Anglais aussi , entretiennent mystérieusement le voyageur Broadh . et sans un vieux monsieur qui nous aborde avec une affectueuse bonhomir. tout, grâce au décorum, serait mystérieux sur le bateau. Vive le décorum!

Le lac de Wallcnstadt est charmant, encaissé, bleu, agreste, et assez peiii pour qu'on jouisse partout de la vue entière du [X)urtour; toutefois il nous |>araii moins sauvage que celui des Quatre-Canlons. et pittoresquement parlant, bien inférieur. Après trois quarts d'heure de navigation, on débarque foit pa>prenK-ni

SÂl^JT-GOTHÀRD, VALLEE DE MISOCCO, ETC. 153

cl Wesen, où l'on a le choix de descendre la Linth pour gagner les plaines du canton de Zurich, ou de remonter les bords de ce canal pour s'enfoncer dans les gorges de Glaris. A peine débarqués, M. Tôpffer annonce la nécessité de lenir une landsgemeinde pour voter sur ce choix. Aussitôt le peuple souverain s'étend sur le gazon, et il est voté tout d'une voix qu'on ira à Glaris, puisque, pour y aller, on voit en passant le champ de bataille de Naëfels.

Les travaux de M. Escher sur la Linth sont connus. Vraie et bonne célébrité que celle de ce digne monsieur! Grâce à lui, le torrent dévastateur suit tout iranquillement son chemin, et les plaines sur lesquelles il déversait les marélages et la fièvre sont couvertes de riches prairies où travaillent des laboureurs sains et robustes.

Il y a un monument à Naëfels, nous dit-on-, nous le cherchons de nos qualante-deux yeux... enfin on le trouve: c'est un bel obélisque rouge. Et puis malheureusement l'obélisque se trouve être 'la cheminée d'une filature. Toute cette plaine de Naëfels est remplie de fabriques, et il n'y a rien qui calme les imaginations comme les fabriques.

La position de Glaris est très-originale : c'est une grosse bourgade trèiîindustrieuse coupée par des cours d'eau , et espacée sur les pâturages qui tapissent le fond d'un entonnoir formé par des montagnes d'une immense hauteur. Nous tournoyons en spirale pour arriver au fond du pays, dans une grande rue fort gaie où est notre auberge. Il est entendu que nous y coloniserons le reste de ce jour. Pendant que le dîner se prépare, les uns vont voir, les autres vont se montrer; le voyageur Régnier, expert en carabine, se rend au tir, et n'en revient pas sans gloire.

Mais ce qui est « toujours divers, toujours nouveau, » c'est le dhier. Encore ici nos hôtes, excellentes gens, n'ont d'autre chose en vue que celle de nous régaler, et ils s'aperçoivent bientôt que c'est facile, toute espèce de victuaille étant précieuse à nos estomacs, toujours bramants depuis cette famine de Misocco. Ils nous bourrent de chamois ; et bourrés que nous sommes, nous allons encore chercher le dessert chez le confiseur de l'endroit. Cet homme fabrique de grands gâteaux aux raisins d'un pied de diamètre. M. Tôpffer voulant se signaler par une action d'éclat, en empiète vingt, et en fait une offrande immédiate. Après la distribution vient incontinent l'absorption. Alors le marchand doute de ce qu'il voit, et la population des gamins de Glaris s'attroupe pour nous voir faire. Un peu de honte est bientôt passé.

C'est durant notre dîner de Glaris que se sont agitées de hautes questions de linguistique. Faites vivre vingt hommes en colonie séparée, l'idiome qu'ils ont emporté avec eux va bientôt se modifier, et tantôt s'enrichir de mots, tantôt donner aux mots reçus des acceptions nouvelles, en telle sorte qu'on en est à se demander pourquoi les savants prennent tant de peine pour expliquer théoriquement et par conjectures la formation du langage. Que ne viennent-ils voyager avec nous! en six jours ils auraient vu poindre et croître une langue .nouvelle; en un jour ils auraient vu disparaître tous les noms propres de la

ibk VOYAGES ExN ZIGZAG.

troupe pour faire place à cinquante appellations nouvelles, quelques-unes folles, toutes vivantes et caractéristiques pour ceux qui les emploient.

Ils auraient compris que tous leurs efforts pour fixer une langue vont à contre-sens de la vie du style, que les langues fixées sont des langues lan-^uissantes et malades, que les langues arrêtées sont des langues mourantes ou mortes.

Ils auraient compris pourquoi les poésies primitives, qui précèdent tous le.s dictionnaires, sont les seules éclatantes de couleur, et pourquoi les poésies civilisées sont des ramassis de couleurs ternes et de lambeaux qui ont vécu. Ils auraient compris qu'autre chose est, pour l'agrément des gens, le changement, le renouvellement des idiomes laissés à eux-mêmes, autre chose la combinaison sempiternelle des mêmes éléments classés et étiquetés par les experts.

Ils auraient compris qu'aucune langue n'est obscure pour ceux qui la font. si ignares soient-ils, et que beaucoup de langues deviennent louches à cause des doctes qui les nettoient, les blutent, les éclaircissent, et substituent leurs savants arrêts aux clartés du sens commun.

Ils auraient compris que le libre effort des gens qui sentent et qui n'aspireni qu'à s'exprimer est tout autrement fécond pour enrichir et animer la langue, que le laborieux effort des grammairiens de profession qui n'aspirent qu'.-i grammatiser.

Ils auraient compris qu'en fait d'ixliome la métaphysique des savant.s • ^ une ânerie, en comparaison de la métaphysique des simples; que parler n'est pas une science, mais un développement de noire nature, un lx?soin et un plaisir de notre âme, un exercice aussi charmant que facile, avant qu'un eût fait une escrime apprêtée et conventionnelle.

Et tout ceci à propos du diner de Claris, où nous avons mangé du chamois. Tout en mangeant du chamois, l'argot de voyage va son Irain, et M. Tôpffrr fait la réflexion que le diable n'y comprendrait rien, à moins d'être des nôtres. A ce propos, il s'occupe des noms propres, et, émerveillé de voir combien hnombre s'en est accru, il invite chacun à déclarer les différentes appi-llalions sous lesquelles il est connu, auxquelles il répond, et qui sont nét« depuis treizr jours que nous sommes en route. Voici le résultat de ce tra\ail :

Bi.AxciuRn, dit lilanc-bec, par accaparement dun terme «om forgé; Blamc dt XSmes. cVv

patrie; Gouire, source inconnue.

l»K«c V, Tircis à cause de certains caprices champ^-tns ; X^r,, s. p«., n.- «ppclle , ,

le lis; .\egr,Uon. sa taille ne rappelle pas GoIUuh; Blanc H AW. il «.

coucheur de Blanchard; Milord. sa vaste tenue; Êl.saUlk, du Dom d,-

dame rencontrée à la Furra. Virgulf. sa taille encoir. - fi.//, corruption de ^^•illiam; Belly. même origine; ConstaUr llusioo mal.

c.e«se; Gue,'nesey de même, Ma,rhaHd daUum.„es. sourte incoonu.

Matelot, aime le hareng.

Ha R RISC,

cieuse:

Ado..™,. - Lièvre, dort les yeux ouverts; Coco, le pr.^fér.v do Harri^on.

SAINÏ-GOTHAUD, VALLÉE DE MISOCCO, ETC.

AniHUR, d't Major Buisson, clieveux touffus et buissonneux; Thi, abrégé d'Arthur; PotbellieJ, vaste panse ; Gomme élastique, appétit vorace et estomac à volonté.

Auguste, — Calier, source inconnue; Cuisinier, source inconnue; Emilie, idem; Chapeau blanc, pour s'être coiffé d'un chapeau retourné; Douce Emilie, perfectionné par Harrison.

lioRODiNOS, — Philosophe, à cause de sa tenue péripatétique ; Chérubin, souixe inconnue; Séraphin, idem ; Guigui, abrégé de Borodinos, selon Verret.

Gervais, — Samson, la force du personnage; Gégé, abrégé de Gervais.

Z\NTA, — Liselle, pour avoir conduit l'un des chars à Tournemagne en usant et abusant

de: Yu, Lisette; Za, abrégé de Zanta; Moucha, de sa façou de dire : Mon cher ; Titecuyer, abrégé de petit écuyer.

13L0CKMAi\i\, — Picandole, abrégé de Pic de La Mirandole, allusion flatteuse.

Sterling, — Gdègdègdègdé, allusion à son accent rapide et gdègdègdé.

BnvAN, — Américain sauvage, de ce vers de Voltaire, appris en rhétorique : « L'Améri-

cain farouche est un monstre sauvage; » Oiseleur, de ses instincts chasseurs.

DussAuT, — Pilote, pour avoir lu, relu et surlu le Pilote: Mamelin, abi-égé de madame Hamelin, hérité de son frère.

MuRRAï, — Rascal, terme honorifique; Petite bonhomme, sa taille, prononciation anglaise; Virgule, son exiguïté.

Verret, — Chose également périlleuse, soit qu'il dit la vérité, soit qu'il dit un mensonge,

ressouvenir d'une phrase de Tacite laborieusement traduite et répétée en classe; Madame Pannonie, -allusion à un quiproquo d'école; Tambourmajor, à cause de sa canne et d'un balancement militaire; Douglas, source inconnue; Chapitre, autre ressouvenir du môme labeur sur Tacite; Petit paquet, allusion au ficelage du sac.

Frankthal, — H'alémand, Allemand; Boule carrée, triangle à quatre côtés.

RÉGNIER, — Rignolet, agréable diminutif; Carabinier, de sa présence au tir de Claris.

Broadlï, — Bricelet, diminutif sucré; Pot-stick, allusion à ses jambes; Jérémie, à ses infortunes.

Ce sont soixante noms propres de nouvelle formation, répartis entre dix-huit individus, jouissant déjà chacun d'un nom propre suflisant. Nous nous bornons à constater le fait, en publiant, ce qui n'a probablement jamais été fait, un document de cette sorte. Nous pourrions le rendre plus complet; nous pourrions aussi faire remarquer dans ces noms le germe d'expressions génériques et de noms communs; mais c'est assez, et trop déjà, pour l'amusement de nos lecteurs.

Nous faisons à Claris la promenade du soir (à l'instar de la famille Crépin), et au retour nous trouvons la table que nous avons occupée entièrement recrutée d'arrivants qui soupent aux lumières. Parmi ces arrivants, M. Tôpffer a la joie de trouver deux anciens élèves sortis de ses mains depuis dix ans : MM. Hulton; deux Anglais, deux frères, Arthiu- et James, dont le nom figure dans nos anciennes relations de voyage, et auxquels il est fait allusion dans le commencement de celle-ci.

QUATORZIÈME ET QUINZIÈME JOURNÉES

11 s'agit de marcher sur Schwiiz on escaladant le Braguel. C'est un passagilaborieux, peu fréquenté, sans ressource d'auberges, brioches ou autres rafraichissemenls; aussi M. lôpffer fail-ii au déiart une disiiibulion de pains. On perce ces pains, on y fasse une ficelle, et on les porte gracieusement suspendus au côté, en façon d'yatagans.

Nous emmenons aussi un guide et sa jument. La jument n'a rien de paniculier, mais le guide se trouve être une sorte tl'animal sau\age qui brusque sans cesse, ne guide pas du tout, parle un langage totalement inconnu, et vise à gagner ses cinq tlialers sans que ni lui ni sa jument fassent rien pour notre service. Jamais plus brutal Caraïbe ne se mêla de conduire les gens.

Le temps est magnifique. Du fond de l'entonnoir, nous nous élevons vers une fissure qui s'ouvre au pied du Glarnisch; et là, tournant à gauche, nous perdons de vue les blanches maisons de Claris pour entrer dans la haute valléidu Kloenthal. Rien de plus sauvage, de plus solitaire que celte petite vallée sans habitants, dont le fond est rempli par un lac où se reflètent, en teintes pures et sombres, les rochers et les forêts entre lesquels il est profoudémeut encaissé. Un naturel qui grimpe avec nous nous donne des détails curieux sur la nomenclature des dilTéientes sortes de pâturages que nous avons sous les yeux. Nous sommes sur un Alp; c'est la première région des herbages, répartie entre des propriétaires, et où le foin se coupe et se récolte. Au-dessus sont les Montagnes, propriétés particulières aussi, où l'on envoie les bestiaux se nourrii sur le fonds. Enfin, plus haut, et dans les endroits du plus diflàcile accès, sont les H iklheyct, gazons sau\ âges. propriété'S communales où tous ont droit, et où quelques misérables herbes sont quelquefois, de commune à comniuue. l'occa-

SAINT-GOTHAKD, \ ALLEE DK MISOCCO, ETC.

sion de rixes sérieuses. Du reste, bois et herbes, quelle que soit la difficulté des lieux, sont exploités scrupuleusement par l'avarice ou par la misère, et dans ces immenses solitudes, toutes hérissées d'escarpements et de précipices effroyables, rien ne se perd. Pour les bois, par exemple, un homme attaché à une corde, ou qui se laisse couler le long d'une perche retenue au rocher par un crochet, descend dans les couloirs, pénètre dans les anfractuosités, et s'en va abattre un arbre qui a crû au-des sus de l'abîme, dans la fissure d'une paroi ou sur la saillie d'une étioite corniche.

Une élégante société do toui isti s^ monte derrière nous , et nous rejonit auprès d'un chalet où nous achetons du fromage et de la crème pour tiem per notre pain dans la sauce. L'endroit est magnifique et le fromag ' détestable, sans compter une vache qui se met à lécher l'habit de M. Hem i La société élégante, bien fournie en gigots et volailles, bivouaque à dislance, c'est ce qui empêche que nous partagions avec elle nos pio visions. Ici, notre guide rit, s'emporte, se couche et se lève, sans

qu'il nous soit possible de pénétrer le motif de ces fabuleux mouvements. Le voyageur Harrison souffre du genou ; c'est plus malsain encore que la migraine, lorsqu'il s'agit de passer une montagne. On lui cherche donc un cheval parmi ceux qui paissent alentour; sur ce cheval on ajuste une sorte de bat en bois; sur ce bât un sac, et sur ce sac, tout en haut, Harrison, qui s'équilibre comme il peut. Il trouve que son genou n'en souffre pas moins, tandis qu'un autre organe, qui goûtait fort l'autre façon d'aller, en souffre davantage. C'est égal, Harrison torque et rétorque comme ci-devant, et, de cette position élevée, il répond à tous et à chacun.

Au-dessus de la vallée de Kloenthal, le Braguel . devient une montagne médiocrement belle. La végétation s'y rabougrit insensiblement, et l'on n'\ échange pas, comme dans les montagnes plus élevées, ces beautés qu'on laisse derrière soi contre des beautés d'un autre genre. C'est que le sommet est justement placé à la hauteur des végétations rabougries; point de glaces scintillantes, point de cascades, point de rocs hardis et sauvages; on se croirait sur le Jura, qui, à sa sommité, présente ce même caractère. iNotre Samoïède de guide nous fait ici reprendre nos sacs pour un moment, parce que, dit-il, le commencement de la descente est ardu; et puis le bonhomme, ces choses dites, nous laisse prendre par la gauche, tandis qu'il prend par la droite,

En ce moment, nous voynr.s,

s'arrangeant ainsi de manière à ne nous plus revoir qu^à Schwhz dans sept heures de temps. C'est de cette façon que nous payons cmq ihalers pour que nos sacs soient portés... sur notre dos.

La société élégante se mêle ici avec la nôtre. On cause, on est réciproquement aimable et poli. Cependant un de ces messieurs qui voit que nous ne gambadons pas mal, malgré nos sacs, et que nous pourrions bien arriver a Schwitz avant lui et ces dames, se prend à craindre que la journée ne soit bien forte pour nous, et nous conseille de coucber à la Muotta. Ce monsieur s'y prend mal. Volontiers nous céderions à lui et à ces dames tout Schwitz, s'il nous en priait, et s'il y avait lieu; mais en tirant ces arguments de nous et de notre propre avantage, il ne nous charme pas du touL En tout temps la bonhomie, la cordialité, la franchise, sont de toutes les flnesses la plus une, de toutes les ruses la meilleure.

de l'endroit où nous sommes assis, un pâtre (jui chasse de\anl lui une brebis. Le pauvre animal, qui a une palle cassée, tombe à cha- (jue instant. Ce spectacle nous fait une vive peine , et nous nous indignons un peu légèrement contre ce pâtre. Sa misère veut que sa brebis arrive vivante à Schwitz, el sa misère aussi le condamne à l'y faire marclier, s'il n'aime mieux la porter sur sou dos. C'est ( e qu'il finit par faire, lorsque la pauvre bêle ne peut plus se soutenir. Cet homme ne mettait point d'intention cruelle dans son acte, et le voici qui va porter soixante livres durant linq heures. Héser\ons notre indignation pour une autre occasion.

Ce 1 aire est jeune, el il porte le costume des montagnards: cliargé de sa blanche b.ebis, il forme une de ces figures simples, nobles, pittoresques, où s'inspire un peintre et encore mieu.v un statuaire. Il n'y a |)as que l'Italie qui ait ses pâtres cl ses ligures d'ég'.ogue ; nos montagnes en recèlent de prtoul. Mais l'Italie a eu ses peintres; la Suisse alpestre attend encore les siens. Et de là la différence que l'opinion établit entre ces deux contrées sous le rapport de Part. Le revers du Braguel incline ses pentes sur la Muoliathal, cette petite \-allet; dont le nom a récemment figuré dans les événements pi^litiques de ce canton. Au sortir de la gazette, combien on est étonné de ne voir que des sapins, des moutons, des pâtres, au lieu d'orateurs et d'hommes politiques qu'on s'attend à rencontrer à chaque pas! Toutefois, il y a un beau couvent dans la Muotiathal, et ce pourrait bien être là le nid des politiques du pays. Quoi qu'il en soit, les chemins sont affreux, si encore chemins il y a, car c'est dans une sorte de ruisseau, ou parmi des rocailles dans toute leur confusion primitive, que nous sommes appelés à cheminer. Nos touristes en sont à se demander |X)uniiioi

donc ils ont été se fourrer dans cette inextricable nature, et si ce n'est pas une dépravation du goût que de s'imposer, comme plaisirs purs et champêtres, des fatigues aussi colossales et des macadamisations si funestes pour les cors aux pieds. Quant à notre guide, il se prélasse, lui et sa bête, et peut-être lui sur sa bête, dans les douces prairies qui bordent l'autre côté du torrent.

A Muotta, la journée faite est déjà forte : nous marchons depuis dix heures de temps. Restent trois grandes lieues pour arriver à Schwitz; une canine faim nous ronge : on cherche, mais en vain, quelque victuaille dans cet endroit politique. A peine pouvons-nous trouver, et dans une seule maison, du vin, qui nous rend quelque vigueur. Le soleil est couché lorsque nous nous mettons en route par un clair crépuscule qui se change en obscurité totale dans les bois et taillis. En approchant de la vallée de Schwitz, ces bois deviennent épais. Nous marchons au hasard, guidés tantôt par le bruit du torrent, tantôt par les cris plaintifs de l'essieu d'un chariot, tantôt enfin par un naturel qui vient nous secourir dans notre détresse. L'armée est entièrement débandée ; plus de nouvelles des divisions. 'Quelques traînards , annihilés par l'épuisement , marchent uniquement parce que la chose se présente ainsi à leur esprit.

A deux pas de Schwitz, en vue des lumières de l'auberge, cette arrièregarde fait halte sous le péristyle d'une chapelle, et s'y étend tout de son long sur les dalles. VA croit-on qu'elles lui paraissent dures, ces dalles ? C'est un cri général de voluptueux repos, de plaisir indicible. Au midi, la lune se lève en ce moment, et projette jusque sur nous ses rayons d'argent. Au nord, et tout près, le soupers'apprête, le lit attend , et aucune satisfaction n'est comparable en vivacité à celle que nousgoiitons étendussurnos dalles. Sans la faim, on y serait encore.

A Schwitz, tout est prêt, tout répond à notre attente, lout comble nos vœux les plus chers. L'avant-garde a tout réglé, commandé. On est glorieux, ravi, d'avoir accompli cette forte journée. On a mille choses à se conter de division à division. On a un piano, et Blockmann, qui fait cheminer à leur tour les âmes de la société pendant que les corps se reposent. On a enfin la soupe, la digne et bienvenue soupe, prélude de satisfactions infinies et pas si matéiielles qu'on pourrait croire. L'appétit lui-même s'ennoblit, quand il est conquis par la marche, noyé dans le plaisir, et embelli, augmenté par le sentiment non égoïste de l'appétit commun.

Ces choses faites, on semonce le guide, on lui retianclie sa bonne-main, et l'on va coucher pendant qu'il expectore des vociférations en iroquois.

-Notre aub^'igc est située à côte de la cathédrale: nous sommes réveillés par la musique grave et pieuse des orgues : c'est une impression bien douce, et plus vive ici qu'ailleurs. La ville es! petite, silencieuse; point de cris, point de bruit de métiers : cette musique couvre cet autre son. et semble corame la voix du peuple qui monte vers le ciel. Pendant que les oreilles sont ainsi charmées, on ouvre sa croisée et Ton voit les flèches du lemplc qui brillent de IYtIsi du levant, les deux Mythen (|ui projeiioni leur ombre sur les fonMs; l'on {joùle à cette joie matinale de la nature saluant les feux du jour : l'on s'abreuve à cette incomparable frairhour des prairies sciniillantes de rosée, des ravins sortant de la brume, des bois et de leurs branchages visités par les premiers rayons du soleil. \ ces spectacles, il est difluik- que le cœur ne soit pas remué. et ses accents de gratitude trouvent une expression et comme un essor plus facile dans le chant religieux des orgues. Deux d'entre nous vont visiter le cimetière, puis Téglise, puis le clocher; et c'est de là-haui qu'ils nous voient (|uitter l'auberge et partir sans eux pour Bnnmen, oi. nous prenons le bateau. Ces deux descendent plus vite, sans aucun doute, qu'ils no sont moniw. et ils rejoignent, non sans être essoulllés.

A Brunnen, nous attendons sur le rivage le passage du Iwieau à >-ai>eur. Ainsi lont nos touristes d'hier, qui, ayant trouvé des logements, et parfaitement reposes d ailleurs, sont aimables, gracieux et trèsKigréablement communicaiifs. Les dames brodent assises sur la grève. Les messie.irs considèrent de jeum^ arbalétriers du village, de tout petits Guillaume Tell, qui. pour un demi-b.itr. poroont une cible au cœur. Les nôtre., dessinent ...: r..m des ricochei. on

SÂINT-GOTHâRD, VALLEE DE MISOGGO, ETC.

achèvent leur sommeil interrompu ; quelques-uns imaginent de pêcher avec une épingle en guise d'hameçon, et le voyageur Auguste, malgré l'imperfection du procédé, ne laisse pas que d'attraper une perche étourdie. *"

Pour M. Tôpl'fer, il est dans les transes; on aperçoit le bateau à vapeur, et il vient d'apprendre que ce superbe tient le milieu du lac, où, sans arrêter sa course, i! se borne à ramasser ce que les petits bateaux lui apportent. Ce lac est perfide ; ces bateaux ne sont pas fameux ; ces bateliers n'ont d'autre habileté que celle de la peur. De plus, les passagers arrivent de toutes parts, et ici, comme sur le lac de Genève, la grande affaire des administrations, c'est d'entasser le plus de monde possible dans le moindre nombre possible d'embarcations. C'est là un de ces moments où un homme qui répond de plusieurs vies éprouve des sueurs froides et se sent la langue blanchir. On peut, direz-vous, ne pas s'embarquer. Ce n'est pas facile lorsqu'on n'est venu que pour cela, lorsque le lac est calme, lorsque tout le monde s'embarque, lorsque s'embarquer paraît chose si simple, et ne s'embarquer pas chose si peu motivée. On s'embarque donc. Deux coquilles de noix remplies de monde flottent à la rencontre du colosse. Nos touristes ont une peur effroyable, et, à mesure qu'on approche, un silence très-expressif est l'expression très-sinistre des préoccupations de la société. On nous jette une corde; par bonheur, un homme l'attrape qui s'y pend, le bateau pend à cet homme, nos vies pendent à ce bateau, qui, secoué par ces manœuvres et détourné violemment de sa direction, tend de toutes ses forces à se dépendre. C'est encore là un de ces moments où un honorable instituteur volontiers s'irait pendre.

Tout vient à point. Nous voici sur le colosse, et, si peu que la machine ne crève pas, nous arriverons à Lucerne sans encombre. D'ailleurs nous avons passé sous la direction d'un capitaine modèle, d'un de ces amiraux de lac, d'un de ces marins d'eau douce, crânes, hâbleurs, fumeurs, parlant par soixante chevaux, et qui se trouve avoir eu, en fait d'orages, tempêtes et vitesses, une carrière maritime tout autrement merveilleuse que les marins

d'Océan Cette sorte de capitaines a surgi avec les bateaux à vapeur. Bons enfants très-courtois, exacts dans leur comptabilité, ce sont là leurs attributs réels et' solides; et puis, marins, salamandre, Eugène Sue, tribord et bâbord en diable ce sont là leurs attributs artistiques, leurs ornements extérieurs, le champ où s'espace leur vanité, et ce besoin de paraître qui est si naturel a l'homme, et à vous aussi, et à moi, mon frère.

A peine sur le pont, M. Tôpffer intente à ce capitaine des observations critiques sur sa manière de ramasser le monde; le capitaine lui fait trois histoires d'orages et cinq histoires de manœuvres; après quoi, venant à l'objet, il lui développe le raisonnement suivant : « Il n'y a aucun danger (c'est la thèse) ; car si le bateau part à l'heure, si la corde est bien lancée , si l'homme du bateau la re«;oit , comme c'est son devoir, et si, outre toutes ces causes de sécurité, le lac est calme, que voulez-vous, monsieur, au nom du ciel, que voulez-vous qu'il ■rive?... » Pendant que l'amiral fait co raisonnent, le bateau s'ensable dans la baie de Weggis... i.a marche est suspendue, la machine s'impatiente, le mécanicien se fâche, les chauffeurs sonenl étonnés de leur fournaise; l'amiral s'en prend à tout le monde, qui s'en prend à lui, et si le bateau ne se désensable pas, si l'amiral perd son temps à gronder le mécanicien, si, pendant qu'on se dispute, personne ne songe à dégager la vapeur, nous allons être lancés bouillis aux nuages, ou rôtis sur le Righi-Oulra... C'est encore ici un de ces moments où un instituteur honorable maudit les pistons, déteste la vapeur, et trouve que les dieux eurent bien raison, qui punirent Prométhée pour avoir dérobé et porté aux mortels le feu du ciel. Le bateau se désensable, et en même temps la pluie succède au soleil.

Nous avons trouvé sur le bateau notre ami et camarade Perdonnet, qui voyage en famille, et qui se fait des nôtres pour la journée. Nous y trouvons aussi des Anglaises à grand décorum superfin, gardant un quant à soi musqué et sentimental .

elles daignent pourtant regarder avec curiosité un capucin ; mais au lieu de s'approcher pour mieux voir, on va chercher ce pauvre barbu , qui est mis en spectacle devant les jeunes miss. P> udani qu'elles considèrent touristiquement cette intéressante bc-ie curieuse, voici que M. leur père, un très-gros gentleman, glisse et s'étend par terre, ce qui met fin à la représentation.

A Lucerne, nous trouvons place à l'auberge du Cheval-Blanc. Il est de bonne heure. M. Tôpffer donne le programme des divertissements et repas, et chacun s'en va se faire beau comme un astre. Bientôt l'éclatant cortège, sous la conduite d'Alfred de Sonnenberg, qui est en séjour à Lucerne, se rend à la poste pour y chercher des nouvelles du logis. De là il va visiter les ponts, puis le lion et son vétéran, toujours le même et toujours tendant la main, bon homme pourtant, complaisant, et que la vue de cette jeunesse ragaillardit, comme c'est l'ordinaire chez les vieillards en qui le cœur bat encore. Il nous ajuste une échelle contre le rocher; Bryan y grimpe, et les plus incrédules sont amenés à reconnaître que Bryan, leur grand et gros camarade, tiendrait tout entier dans la patte du colosse.

Après cette visite, on procède aux emplettes. Plusieurs chapeaux ont fini leur temps; quelques souliers n'ont plus d'avenir; certain se pourvoit de tabac. Mais un instinct infaillible dit que le dhier doit être prêt, et tout à coup nous voici tous autour de la table. C'est alors que des Anglais, qui sont à une table voisine, font dire que nos Anglais aient à se rendre auprès d'eux, et qu'on leur fait répondre que notre adresse c'est autour de la soupe. L'un de ces personnages, rencontrant Régnier, qui est de grande taille et favorisé, lui dit plus tard : « Avez-vous, monsieur, des Anglais parmi vos élèves? — Non, » dit Régnier, et il dit vrai, puisqu'il n'a point d'élèves.

Pendant que nous sommes à table, un orage éclate; le tonnerre gronde, et la pluie tombe par torrents. C'est une sensation charmante pour des voyageurs de notre sorte, qui comparent les délices de leur situation présente avec les horreurs de ce déluge qui leur est épargné. Au dessert, les numismates sorten leurs liards, et la blanche nappe se couvre de batzen crasseux. Verret classe et reclasse. M. Tôpffer est assailli de demandes de fonds : on dirait la banque d'Amsterdam. Sur ce, bonsoir; et sommeil général.

SUR ALPNACH

SEIZIÈME JOURNÉE

Au réveil, il se trouve que la pluie tombe toujours par torrents, en sone que nous prenons le parti de n'en prendre aucun jusqu'à ce que le baromètre soit revenu à des procédés meilleurs. Vers dix heures, il parait s'amender; le signal du départ est donné, et nous nous acheminons \ers Winkel pour nous y embarquer. Alfred de Sonnenberg nous fait ici la conduite, et Verrei se ficelle le mollet, à cause des indocilités de sa jarretière qui lui tombe sans cesse sur le cou-de-pied comme un anneau.

Winkel est un délicieux petit golfe où sont quelques bateaux abrités sous les noyers de la rive. M. Tôpffer en frêle deux, et, le temps paraissant calme, on cingle vers le golfe d'Alpnach dans l'Underwald. .Mais voici qu'entrés dans ce golfe, nous y trouvons des vagues qui grossissent incessamment sous le soufTle d'une brise très-fraîche; heureusement ce vent nous est directement favorable. Nos bateliers hissent les voiles et croisent les bras; les deux esquifs, quoique bien remplis, rasent légèrement le dos des vagues, et au bout de quel.; ^ instants ils nous ont déposés sur la plage d'Alpnach. Ces instants ont i longs à M. TôpfTer, éditeur responsable, et à Harrison et Blanchard, navigateurs affadis par le balancement poétique de l'embarcation.

Rien de plus frais, de plus paisible, de plus helvétique, que tout ce vallon d Underwald, surtout dans ce moment, où un beau soleil , succtyanl à la pluie

dore les rochers et fait resp.endir les pelouses. A peine rencontrons-nous quelques naturels, même dans les villages, même dans la capitale, où nous ne trouvons à acheter que du pain et des prunes; ce sont les seules friandises mises en vente dans les deux seules boutiques de l'unique rue.

Comme nous passons devant une chaumière, les sons d'une guitare frappent notre oreille. C'est un gros homme en blouse qui accorde son insirumeni. M. Topffer le prie de nous chanter quelque air. « Pas moi. dit -il, mais ma

servante, si vous ne lui faites pas trop peur. » Toute la caravane s'étend sur le gazon, et bientôt paraît une jeune fille extrêmement timide qui s'assied devant le seuil, et qui chante pour obéir à son maître, bien plus que pour complaire à l'illustre société. Sa voix est agréable et d'une justesse parfaite; elle s'accompagne avec goût; la scène est pittoresque, le plaisir inattendu; en sorte que nous passons là une de ces demi-heures qu'on ne peut pas plus faire naître qu'on ne peut les oublier. Toutefois la chose déplaît à un gros barbichon de chien, qui grogne dans sa toison et s'obstine dans des accompagnements bilieux.

Cependant nous atteignons bientôt après le lac de Lungern, moins joli, mais plus célèbre depuis que les riverains ont entrepris de le vider. M. Henri, avec un guide, s'en va visiter la galerie d'écoulement, tandis que, de la route, nous considérons le pourtour du lac. L'ancienne rive est partout visible; c'est une longue ligne où s'arrête la vieille et robuste végétation; au-dessous ce sont des rocs ou des terrains à peine recouverts d'un duvet d'herbes tendres. Un petit lac, qui sera fort joli dans deux siècles, occupe le fond du vallon. Mais ce qui est curieux, c'est que depuis que les eaux ont cessé de contenir les terrains, plusieurs d'entre eux sont descendus avec arbres et maisons, et se trouvent actuellement dans l'ancien lit du lac, sans qu'au premier abord on sache bien comment ni pourquoi. Ces terrains voyageurs ont beaucoup perturbé la commune de Lungern, et jeté dans l'angoisse tous les municipaux. Que dirions-nous si, un beau jour, notre canton se déversait, hommes, bois et villas, sur les contrées voisines? Que diraient nos particuliers, ne trouvant plus à sa' place leur maison de campagne? nos bandes noires allant repêcher leur servette dans la perte du Rhône, et sans que personne encore les y invitât? Cela n'arrivera pas, mais ce qui pourra arriver avec le progrès, ce sera de vider aussi notre lac, et tout aussitôt les villes riveraines descendront la pente pour se rencontrer au fond : Lausanne et Genève, Morges et Thonon.

Nous donnons ici une vue du lac de Lungern dans son état actuel. C'était un des plus pittoresques de toute la Suisse, l'un des mieux encaissés; il a perdu

de sa beauté, mais pas autant cependant que nous nous y étions attendu?. Après avoir admiré suflisarament, nous gagnons Ja petite auberga de Lungern : maison de bois, escaliers rotatoires, hôtes empressés, un de ces logis qui nous conviennent tout particulièrement pour les motifs qui sont expliqués dans le préambule de cette relation.

DIX-SEPTIÈME JOURNÉE

Nous ne connaissons pas de plus jolie vallée à parcourir que TUnderwald, pour peu que Ton fasse cas des beautés pittoresques, des impressions agrestes et de la douce solitude d'un pays de pâtres; de plus, les manières d'y entrer et celles d'en sortir sont également agréables. Nous sommes venus par eau ; aujourd'hui nous voici acculés contre les parois du Brunig, qu'il nous faut escalader absolument, si nous n'aimons mieux rebrousser vers Alpnach.

Le Brunig est une montagne peu élevée, où la végétation suisse se montre dans toute son élégante splendeur. Du côté de l'Underwald, on gravit un sentier presque tout taillé daus le roc; et à mesure qu'on s'élève, les lacs de Lungern et de Sarnen se-montrenl dans tout leur pourtour, encaissés entre des parois verdoyantes, d'un aspect à la fois gracieux et sévère. Au haut du sentier, il y a une petite chapelle dont le porche abrite un banc, où le voyageur s'assied pour regarder encore ce bL^au paysage dont la vue va lui être dérobée. Qui donc s'est assis sur ce banc et n'en a pas gardé la mémoire? Qui donc s'est reposé sur ces planches, sous ces hêtres, en face de cette poétique nature, et n'est pas charmé aujourd'hui encore par le seul ressouvenir de ces impressions si pures, si vives, si aimables?

Au delà de la petite chapelle, on chemine pendant une heure sur le sommet

sinueux et boisé de la montagne; on aperçoit quelques hautes cimes qui appartiennent aux montagnes voisines, mais plus de lacs, plus d'habitations, et cependant rien de sauvage : c'est là le caractère de Brunig, et c'est ce qui nous porterait à comparer ces solitudes à celles de la Grande-Chartreuse dans le Dauphiné. Ce sont des bouquets de sapins, des groupes de hêtres, plutôt que

des bois, et, des uns aux autres, des pelouses fraîches et riantes. Lo.-squ'ou a attemt l'autre revers, l'on a, au travers des trouées du feuillage, l'aspect de. vallées de Meyringen et de Brientz, l'une toute de prairies, où serpente le f.le. de l'Aar, l'autre toute d'escarpements, qui plongent, en s'y réfléchissant, dan. le limpide miroir du lac.

De nombreusescolonies d'écureuils vivent et jouent dans cette contrée solitaire. Byran, l'oiseleur, en avise deux qui viennent de gravir un sapin isolé et d'une immense hauteur. Aussitôt il nous appelle à son aide, et. après nous avoir disposés en cercle autour de l'arbre, il grimpe de branche en branche, assez haut pour pouvoir ébranler vivement la cime. Les deux jolis animaux qui s'y son. réfugiés

SAINÏ-GOÏHÂRD, VALLEE DE MISOGGO, ETC.

semblent tenir conseil; puis, an même instant, ils s'élancent, et viennent tomber en dehors du cercle; avant que nous ayons pu les atteindre, ils sont déjà sautillants parmi les branchages d'un bouquet voisin, et l'oiseleur Bryan redescend tranquillement de son sapin.

Nous déjeunons, à Brientz, dans une salle garnie d'objets en bois sculpté, et ici commence une série d'emplettes qui va se poursuivre, de lieu en lieu jusqu'à Fribourg. Déjà, en quittant Brientz, la plupart des voyageurs portent sur le dos ou sur le ventre une caisse qui contient leurs trésors, et qui leur donne l'air de faire voir une marmotte en vie. Ces objets en bois sont en effet de charmants souvenirs à rapporter et de charmants présents à faire; c'est dommage seulement qu'on en ait étendu le marché jusque dans toutes les grandes villes. Il y a peu d'années qu'on les achetait encore du pâtre même qui les avait travaillés. Aujourd'hui on les fabrique par pacotilles, et en même temps que l'exécution s'en est perfectionnée au moyen d'outils nouveaux et de modèles venus du dehors, ils perdent peu à peu le style suisse et ce cachet d'intelligence et de pensée qui se retrouve dans les œuvres les plus grossières, lorsqu'elles sont l'ouvrage de l'homme et non le produit d'un procédé. Le procédé tue et tuera l'art. M. Daguerre y aura contribué pour sa part.

M. Tôpffer frète ici deux embarcations, toujours deux! c'est son principe, à lui, que de ne pas mettre tous ses œufs dans un panier, et les bateliers aiment fort ce bon principe-là. De plus, il dit et redit par intervalles à ces bonnes gens : « Am Lande, ou point de Trinkgeld ! » au moyen de quoi nous rasons la rive jusqu'à Interlaken, où nous arrivons sans encombre. Les bateliers reçoivent un gros pourboire, et ce principe-là leur plaît aussi.

A Interlaken, les emplettes recommencent de plus belle; nous arrivons à Neuhaus surchargés de marchandise. Il y a afiluence sur le bateau, sans compter une division des jésuites de Fribourg. Nous en rencontrons souvent. Ils voyagent absolument comme nous, et ils se font remarquer par leurs manières agréables et polies.

La soirée est magnifique et le lac très-agité. Notre machine à haute pression, pour peu qu'elle ne saute pas, est excellente; malheureusement le bois est à bon marché dans la contrée, et les chauffeurs font un feu d'enfer; ça fait réfléchir. De plus, on n'aperçoit d'autre mécanicien que la mécanique; ça fait aussi réfléchir. M. Tôpffer dessine; un amateur s'approche : « C'est, dit-il, absolument mon genre ce que vous faites là, monsieur. Je vous demanderai seulement

dans quel sens vous faites vos hachures? — Ainsi, monsieur. — Mon genre,

mon genre, absolument. »

Cet amateur est un touriste de l'espèce de ceux qui n'y comprennent rien

mais qui sont émerveillés quand même. Il se fait de ce qu'il voit, de ce qu'il

a vu, de ce qu'il verra, les idées les plus fabuleuses, et il bâtit là-dessus les satisfactions les plus grandes. A peine débarqué à Thoune, on lui parle de chien de Terre-Neuve; il embrouille cela avec des chiens du Saint-Bernard, et son guide lui demandant s'il doit lui en acheter : n Je ne vois, dit-il, aucun inconvénient à ce que j'aie trois terre-neuve, » Plus tard, nous rencontrons dans la rue un gros gaillard qui ploie sous le faix de trois mâtins qui sentent fièrement l'ours de Berne : ce sont les terre-neuve de l'amateur, qui trouvera peut-être qu'il y a bien quelque inconvénient à la chose.

Boutiques de sculptures, de peintures, panoramas, terre-neuve, on trou\ de tout cela à Thoune, qui est devenu le grand bazar des touristes.

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