CHAPITRE QUATRIEME
Quatrième Pratique :
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ORSQUE nous aurons pris l’habitude de penser plus souvent à ce qu’a fait et souffert pour nous Celui qui vit et demeure au Tabernacle ; lorsque nous aurons pénétré, par nos réflexions, jusque dans ce « Cœur qui a tant aimé les hommes 1 », il nous semblera entendre sa voix, au plus intime de notre âme, nous disant : « Si je vous ai aimés ainsi le premier, ne m’ aimerez-vous pas à votre tour?... — Sic nos amanttm, quis non redamaret 2. »
Mais comment aimer Jésus ?... Saint Bernard
* Notre-Seigneur à Sainte Marguerite-Marie.
* Chant de Noël ; « Adeste, fideles ».
a bien dit que « la mesure d’aimer Dieu, c’est de l’aimer sans mesure ». Mais encore, comment nous y prendre ?...
Notre pauvre cœur sait si peu s’élever audessus des choses matérielles ! Il est si novice alors qu’il s’agit des choses du ciel !
Eh bien ! justement : l’amour de Jésus-Eucharistie doit être un amour tout simple et tout naturel, — l’amour d’un enfant pour son père, d’un ami pour son ami.
Jésus, en se faisant Sacrement, s’est mis en quelque sorte à la portée de notre cœur. Nous ne Le voyons pas, mais nous pouvons L’aimer comme L’aimaient Pierre, Jacques, Jean, Lazare. Madeleine et les autres.
Ce qu’il nous demande, de la solitude de son Tabernacle, c’est de L’aimer comme nous aimons nos parents et nos amis.
Caractères de l’amour sincère
Penser à Jésus. — Celui qui aime pense à l’être aimé à tout instant, en toute circonstance. Tout le lui rappelle, et c’est vers lui que se porte tout
d’abord et naturellement sa pensée : « là où est votre trésor, là aussi est votre cœur 1 », a dit Jésus.
Proposons-nous donc de penser souvent à ce Jésus qui, là-bas, dans son Tabernacle, pense à nous et nous suit du regard en tout ce que nous faisons.
Demandons à Marie et à Joseph, dont la pensée fut si constamment préoccupée de Jésus, de nous y aider et d’être nos modèles.
Parler de Jésus. — Celui qui aime se plaît à parler de l’être aimé : « la bouche parle de l’abondance du cœur*2». La mère n’aime-t-elle pas à parler de son enfant ?
De quoi s’entretenaient en chemin les disciples d’Emmaüs ?... du Maître si tendrement aimé.
Désirer être prés de Jésus. — Celui qui aime aspire à être près de celui qu’il aime ; à le regarder, à lui parler. La mère n’est heureuse qu’auprès du berceau de son enfant : le regarder, se sentir près de lui, voilà son vrai bonheur.
Les disciples, Marthe, Madeleine se sentaient heureux près du Maître.
1 Matthieu, vi, 21 ; Luc, xn, 34. — * Matthieu, xi, 34 ; Luc, vi, 45.
Apprenons à nous sentir heureux près de Jésus-Eucharistie. Alors même que nous ne saurions rien Lui dire, que cette pensée : II est là, Il m'aime, je L’aime, occupe notre cœur pendant les instants que nous passons à ses pieds.
Se confier à Jésus. — Celui qui aime confie tout ce qui l’intéresse à l’être aimé : ses désirs, ses craintes, ses espérances, ses joies, ses peines...
Quel est l’ami qui n’éprouve le besoin d’épancher son cœur dans le cœur de son ami ?
Pourquoi ne pas causer avec Jésus de tout ce qui nous occupe ? Là, dans son Tabernacle, son oreille est toujours tendue vers nous ; son Cœur toujours attentif à nos besoins. En est-il toujours ainsi des amis de la terre ? Eh ! non, nous le savons bien. Que de fois nos confidences n’ontelles pas été écoutées d'une oreille distraite ! Que de fois n’avons-nous pas senti que le moment était inopportun ! Que de fois n’avons-nous pas hésité à parler, de peur de fatiguer, de lasser par le récit réitéré de nos douleurs !
Combien different est le Cœur de Jésus !... Jamais II ne se lasse de nous entendre. Son bonheur est de nous voir venir à Lui pour Lui confier nos pensées les plus intimes.
Oh ! de grâce, laissons là souvent les livres,
les formules toutes faites... Causons... Parlons à Jésus sans phrases, simplement, naturellement... Ouvrons-Lui notre cœur... Ne sait-Il pas avant nous, et mieux que nous, ce qu'il y a de plus intime en nous ! En le Lui confiant, nous déchargerons ce pauvre cœur, et Lui, Jésus, nous donnera les lumières et les consolations intérieures dont nous avons besoin.
Se dévouer pour Jésus. — Celui qui aime sacrifie volontiers ses goûts, ses habitudes à l’être aimé. Il n’y a point d’affection vraie là où il n’y a point de dévouement. Se dévouer, se sacrifier est un besoin impérieux pour celui qui aime.
Pour lui rien de petit, rien d’insignifiant. Tout ce qui peut faire plaisir à l’être aimé devient important à ses yeux ; l’entourer d’attentions, de ces mille prévenances qui prouvent l’affection, voilà sa constante préoccupation.
Pourquoi n’en serait-il pas de même avec Jésus ? Chaque fois que nous accomplissons un devoir, que nous acceptons un sacrifice en pensant à Lui, sachons que nous Le consolons de l’indifférence des hommes et que nous procurons sa gloire. Chaque fois que nous prions ou que nous souffrons pour nos frères, nous soulageons son Cœur qui aime tant les hommes et
voudrait les sauver tous ; et, mystère inouï de son amour, chaque fois que nous forçons sa miséricorde à s’exercer, nous Lui rendons service.
Ah! si nous aimions Jésus, comme nous savons aimer les créatures!... Si nous utilisions les moyens qu'il nous a donnés de Lui prouver notre amour!... Que de douces et grandes choses l’amour nous ferait découvrir!...
Travaillons à y arriver, demandons à Jésus de nous aider. Et quand II aura véritablement pris sa place dans notre vie ; quand, au Tabernacle, Il sera vraiment pour nous Quelqu’un , l’amour nous apprendra peu à peu ces mille secrets de Lui faire plaisir.
Préférer Jésus à tout. — Celui qui aime ne voit rien de comparable à l’être aimé. Quoi de plus beau, de meilleur, aux yeux d’une mère, que son enfant !
Jésus n’est-Il pas la beaute et la bonté par essence ? Si nous ne comprenons pas tout ce qu’il y a de perfection en Lui et d’amour dans son Cœur, c’est que nos yeux ne sont pas encore ouverts à la lumière des choses célestes.
Venons humblement à ses pieds Lui demander de nous apprendre à Le préférer à tout.
Réparer pour l’indifférence envers Jésus. — Celui qui aime souffre de voir l’indifférence ou le mépris s'attacher à l’être aimé. Il est jaloux des égards qui lui sont dûs.
En est-il ainsi de nous par rapport à Jésus- Eucharistie ?... Que de fois, hélas ! si nous L’aimions réellement, si nous étions jaloux de sa gloire, notre cœur se sentirait brisé à la vue de l’insouciance avec laquelle un si grand nombre de chrétiens passent devant le Tabernacle où est Celui qui est mort pour eux ; à la vue du peu de respect et d’égards qu’ils Lui témoignent, soit lorsqu’il est présent sur l’autel où II s’immole pour eux au Saint Sacrifice, soit lorsqu’il est exposé à leurs regards dans l’ostensoir.
Ah ! si eux n’y songent pas, nous, du moins, adorons plus profondément, soyons plus attentifs ; témoignons à Jésus d’autant plus de respect et d’amour que le nombre de ceux qui L’oublient est plus considérable.
S' abandonner avec confiance à Jésus. — Enfin, celui qui aime est heureux de s'appuyer sur celui qu’il aime ; de tout attendre de lui, de tout recevoir de lui, de s’abandonner à lui avec confiance.
Est-ce ainsi que nous avons compris l’amour
envers le Dieu qui s’est fait notre frère, notre ami; envers le Dieu- qui, sachant que l’homme faible et impuissant ne pouvait s’élever jusqu’à Lui, est descendu du ciel, s’est fait semblable à nous, afin de rapprocher les distances et de permettre à la créature misérable de venir se jeter dans les bras qu’il lui tend ?
Hélas ! il faut bien l’avouer, rien de moins compris que l’amour que nous devons à Jésus ; et peut-être est-ce parce que nous nous en faisons une idée fausse, que cet amour est si rare parmi nous.
Si nous voulons arriver à aimer véritablement notre Jésus, croyez-moi, ne rêvons pas un amour séraphique, nous qui, après tout, ne sommes que des créatures humaines, faibles et misérables... Ne rêvons pas un amour d’extase et de ravissement, toujours si sujet à l’illusion et à l’orgueil... Ne nous imaginons pas davantage qu’il faut, pour aimer Jésus, accomplir de grandes œuvres et faire des choses extraordinaires.
Ayons pour Jésus un amour en rapport avec la faiblesse de notre nature ; mais un amour qui revête au moins les caractères de cet amour de préférence, ardent, passionné, exclusif même, que nous accordons trop souvent à la créature.
Différence entre l’amour de Jésus et les affections humaines
Notre cœur a besoin d’aimer et d’aimer ardemment. Nous le sentons bien.
Pourtant il n’est aucun amour ici-bas auquel nous puissions nous livrer entièrement, dans la mesure que réclame notre cœur, sans avoir bientôt à craindre de cuisants regrets, d’amères déceptions, de cruels déchirements, cet amour fût-il d’ailleurs le plus légitime de tous les amours.
L’expérience est là pour nous le démontrer chaque jour.
Aucune de ces affections qui, après tout, ne doive cesser à un moment donné, brisée ou transformée par la mort.
Aucune qui ne nous expose, si nous nous y livrons trop ardemment, à d’énormes préjudices pour notre âme et pour l’âme de ceux que nous aimons ; car notre nature est déchue à ce point, que toujours l’affection, poussée jusqu’à la passion, devient exigeante, nous fait négliger Dieu et sacrifier les intérêts de notre éternité.
L’amour seul de Jésus peut être porté à l’excès
84 principes de vie eucharistique
sans que jamais nous puissions avoir à le regretter ; parce que c’est pour Lui que notre cœur a été fait, et que cet amour est la fin unique de notre existence.
Aussi, plus nous aimerons Jésus, plus nous voudrons L’aimer, plus nous voudrons nous plonger et nous perdre en cet amour qui, loin d’être brisé par la mort, sera au contraire décuplé mille fois par la possession de Dieu au ciel.
L’éternité entière ne saura assouvir notre besoin d’aimer, car Dieu est l’infini, et nous y serons plongés comme dans un océan sans rivages et un abîme sans fond.
La vie est l’apprentissage de l’éternité. Apprenons à aimer ici-bas, afin d’aimer éternellement là-haut.
Traiter Jésus
comme un ami auquel on pense sans cesse
Etablissons entre nous et Jésus-Eucharistie de véritables relations d’amitié ; traitons avec Lui comme avec une personne pour laquelle nous professons un profond respect et une recon-
naissance sans bornes, et que nous désirons aimer de tout notre cœur.
Lorsque nous quittons l’église, souvenonsnous que Lui II y reste pour nous... qu’il continue à songer à nous et à nous attendre. Revenons-y donc le plus souvent possible, pour Lui faire part de nos embarras, de nos soucis, de nos joies et de nos peines. Il aime à entendre de notre bouche, quoiqu’il le sache par sa science divine, tout ce qui nous concerne, même nos affaires temporelles. Dans l’ordre de sa Providence, ce sont nos devoirs, nos sacrifices, nos ennuis de chaque jour qui, acceptés pour son amour, nous méritent les récompenses éternelles ; c’est pourquoi II s’intéresse à nous et veut nous aider.
Transportons-nous souvent en esprit au pied du Tabernacle1. Au réveil, pour offrir à Jésus- Hostie notre amour 5 à l’heure du sommeil, pour nous endormir sur son Cœur. A notre prière du matin, pour Lui confier nos projets de la journée ; à celle du soir, pour réparer les fautes que nous avons commises et Le prier de nous les pardonner. Au commencement de
1 Voir Petit Règlement de vie Eucharistique, joli carnet de huit pages, format gracieux, décoration artistique à chaque page. (Maison du Bon-Pasteur. — Prix : 0. 65»)
chaque action, pour Lui demander une bénédiction ; dans cette peine, pour la Lui confier ; dans cette contrariété, dans ce danger, pour Lui demander secours et courage ; dans cette joie, pour L’en remercier et la partager avec Lui.
Habituons-nous à faire toutes nos prières, tous nos exercices de piété sous son regard eucharistique, Lui demandant de prier avec nous et de nous aider à les bien accomplir.
Pensons fréquemment dans la journée à cet ami incomparable que nous avons laissé au Tabernacle, et qui, peut-être, à cet instant, s’y trouve bien désolé, bien oublié. Etablissons entre Lui et nous comme un courant d’amour qui réjouisse son Cœur et illumine notre vie.
Enfin, en tout ce que nous faisons, partout où nous allons, que notre pensée se reporte vers Jésus, attendant avec impatience le moment où nous nous retrouverons à ses pieds.
C’est ainsi que peu à peu Jésus-Eucharistie deviendra pour nous l’Etre aimé par excellence ; que nous L’aimerons en réalité de tout notre cœur, de tout notre esprit, de toutes nos forces ; que sa Présence sacramentelle exercera son influence sur notre vie tout entière et que nous en ferons la plus douce joie de notre exil,