CHAPITRE SIXIEME
Opérations cjivlfies de Jésus-Eaeharistie dans l’ame qu’il veut conduire à la perfection de la Vie Eucharistique
rrÈtons-nous un instant, avant d’aller plus loin ; d’autant que le chemin que nous venons de parcourir n’est à proprement parler qu’une préparation à la Vie Eucharistique prise dans son entier épanouissement ; préparation cependant absolument et rigoureusement nécessaire, si nous voulons être des âmes vraiment eucharistiques.
Il est possible du reste que beaucoup d’âmes ne soient p.oint appelées à franchir les degrés supérieurs de la Vie Eucharistique ; tandis que toutes, même celles des enfants, peuvent être initiées aux exercices que nous avons indiqués dans les chapitres précédents, y trouver sûrement un moyen de persévérance, avec les
secours nécessaires pour être de véritables chrétiens, et arriver ainsi au degré de perfection que Dieu demande, même à ceux qu’il n’appelle pas à suivre la voie des conseils par une vocation spéciale.
Voyons tout d’abord quels ont été, dans notre âme, les fruits de ces premières pratiques de la Vie Eucharistique. Nous profiterons d’autant plus ensuite des pratiques du deuxième degré , que nous aurons été plus fidèles à celles du premier. Pour goûter vraiment Jésus-Hostie et vivre dans une grande intimité avec Lui, il faut préalablement L’avoir étudié, L’avoir compris, et Le traiter déjà comme l’Etre souverainement aimé dont le souvenir occupe la première place dans notre vie.
Jésus -Eucharistie s’est révélé notre Ami
Longtemps peut-être nous sommes venus à l’église parce que c’était un devoir, mais que de peine nous éprouvions à nous y recueillir !
Combien l’exercice de la prière nous semblait pénible et aride ! Quel froid dans notre âme, même aux moments les plus solennels du saint
Sacrifice de la Messe, de la Communion, de la Bénédiction du Saint Sacrement !
Et voilà que, peu à peu, à force d’y réfléchir, nous avons été saisis par cette pensée, qu’à l’église quelqu'un nous attend et demeure en permanence ... ; que c’est un ami dont le Cœur sait nous comprendre et dont l’affection ne s’est jamais démentie !
Nous nous sommes pénétrés, en y pensant souvent et attentivement, de la consolante vérité de la Présence corporelle et vivante de Jésus notre tout aimable et divin Maître... de Celui qui nous aime, nous personnellement, et qui n’aspire qu’à se voir payer de retour.
Alors nous avons senti que notre intérêt était de venir à ses pieds ; bien plus, un sincère sentiment d’affection nous a attirés près de Lui. Nous avons commencé à comprendre que nous avions vraiment quelque chose à faire dans le lieu saint ; que nous avions à nous entretenir avec Jésus de ses intérêts et des nôtres ; que nous pouvions Lui parler de tout ce qui nous touche et concerne ceux que nous aimons.
Insensiblement notre cœur s’est ouvert à l’amidé divine, et nous avons fini par goûter plus de charmes dans la compagnie de Jésus qu’auprès de tous les amis de la terre.
Jésus-Eucharistio est devenu notre Confident
Puis, il faut bien l’avouer, qui que nous soyons, la vie a ses heures tristes, accablantes !
De quel secours n’est pas alors pour nous la pensée que Quelqu'un pense à nous, désire notre bien, peut nous aider ; que nous pouvons L’entretenir de tout ce qui nous attriste... Lui confier ce que peut-être nous n’osons confier à personne... et qu’il nous comprend toujours!
Quelle consolation n’avons-nous pas trouvée dans la pensée que ce Quelqu'un est non seulement notre ami le plus vrai, mais encore notre protecteur le plus sûr : puisque c’est Jésus!... Jésus, dont le regard, voyant au-dessus et au-delà de nos pauvres conceptions humaines, découvre en Lui-même ce qui est notre intérêt véritable, et dont la puissance peut tout pour nous.
Avec quel bonheur, dès lors, ne devons-nous pas venir à Lui. en songeant qu'il est là en personne spécialement pour nous ; qu’il nous voit et nous entend ; que son Cœur bat pour nous et compatit à toutes nos misères !...
Qu’Il est là !... Que nous allons Le voir pour
ainsi dire, des yeux de la foi, à travers le voile des saintes Espèces... ; que nous allons L’approcher, comme autrefois les Juifs... ; que nous allons Lui parler, comme ils Lui parlaient... ; que c’est sur nous, aujourd’hui, que va s’arrêter son doux regard de Sauveur... ; qu’il va nous bénir, à notre tour..., nous consoler au fond du coeur..., nous donner force et courage pour surmonter les difficultés de la vie...
Désireux de nous faire connaître à Jésus tels que nous sommes, nous continuerons à Lui exposer non seulement nos souffrances, nos difficultés et nos peines, mais encore nos misères morales, afin qu’il soulage les unes et guérisse les autres.
Jésus-Eucharistie nous a montré la vanité de tout ce qui est terrestre
A mesure que nous nous sommes approchés de Jésus-Eucharistie, les vérités éternelles nous sont apparues plus claires. Nous avons entrevu que la terre n’est point tout pour nous, et que
nos intérêts matériels ne sont pas ce qu’iï y a de plus important ici-bas.
Jusqu’ici nous avions vu les positions les plus brillantes s’effondrer, les familles les mieux posées disparaître ; la mort avait frappé tout autour de nous ; et pourtant jamais nous n’avions compris, comme aujourd’hui, le néant des choses humaines.
Nous avions subi bien des déceptions, vu s’évanouir bien des illusions... Comme le Prophète nous avions dit peut-être dans l’amertume de notre cœur : Omnis homo mendax , tout homme est menteur1..., mais nous n’en avions point tiré la conséquence la plus importante : celle qu’expriment si bien les paroles de l’apôtre saint Pierre : «A qui irions-nous, Seigneur?... Vous avez les paroles de la vie éternelle 2. »
Et voilà que maintenant, à la lumière qui sort de ce Tabernacle où demeure Celui qui est la Vérité même, nous avons compris qu’il y a quelque chose de meilleur pour nous que les vaines joies et les fugitives satisfactions de ce monde.
Placés entre le temps et l’éternité, entre les préoccupations terrestres et les soins à donner à
1 Ps. cxv, il. — 2 Jean, vi, 69.
notre âme, trop souvent la terre nous a fait oublier le ciel. Mais en entendant la voix du Maître nous redire au fond du cœur : «que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme 1 », nous avons mieux saisi que la vie est courte, que l’éternité approche, que nous avons trop négligé jusqu’à ce jour le plus important pour nous : notre âme... ; l’unique nécessaire : notre salut.
Comme l’adolescent, hier encore enfant, sourit à la pensée des jeux qui occupaient autrefois ses journées, nous nous demandons maintenant comment nous avons pu attacher tant d’importance aux choses qui passent et aux mille frivolités de la vie.
Pendant que nous .oublions si facilement Jésus, Lui seul pourtant s’intéresse vraiment à nous... ; Lui seul peut faire notre bonheur, parce qu’il a fait notre cœur pour Lui.
Ah ! lorsque nous comprendrons que Jésus est notre seul vrai trésor, et son amour notre seul véritable bien, comme tout, autour de nous, changera de face à nos yeux, et comme nous saurons mettre notre bonheur là ou il est uniquement : en Jésus !
1 Luc, ix, 25.
Jésus-Eucharistie nous a attirés à Lui par des attraits tout divins
De même que, quand le soleil apparaît à l'horizon, mille beautés que nous n'avions point aperçues jusqu’alors se montrent à nos yeux étonnés et ravis ; ainsi le divin Soleil de Justice, le Soleil eucharistique, se levant sur notre âme, l’a inondée de ses brillantes clartés.
Jésus-Eucharistie a parlé à notre cœur... Et depuis lors, les mystères de la foi et de l’amour divin se sont illuminés à nos yeux.
Ces fautes qui nous semblaient choses si légères, parce qu'elles ne nous attiraient ni le blâme ni le mépris des hommes, nous paraissent maintenant odieuses, puisqu’elles blessent le Cœur de Celui qui a subjugué le nôtre.
Le sacrement de Pénitence a pour nous des charmes, puisque notre âme y trouve la pureté qui plaît tant à Celui qui a dit : «Bienheureux les cœurs purs l. »
Avec quel bonheur nous assistons au saint
1 Matthieu, i, 5, 8.
Sacrifice de la Messe, où Jésus vient sur l’Autel renouveler, sous nos yeux et pour nous, l’offrande qu’il fit de Lui-même à Dieu son Père sur le Calvaire ! . Et comme nous sommes heureux de nous olfrir avec Lui !
Avec quelle impatience nous attendons l’heure de venir Le visiter ; de recevoir sa bénédiction ; de Le voir exposé sur son trône eucharistique, ou parcourant dans un triomphe plein de mansuétude les rangs de la foule, comme II passait autrefois à travers les bourgades de la Palestine !
Mais surtout avec quelle ardeur ne désironsnous pas venir nous asseoir à sa Table sacrée, Le recevoir chez nous, comme l’heureux Zachée..., Le presser sur notre cœur !
Quelle douleur ne devons-nous pas ressentir en pensant à l’indifférence avec laquelle nous répondions naguère aux désirs brûlants de notre Jésus !
Ah ! cette indifférence, nous voulons la Lui faire oublier à force d’amour. Ce n’est plus assez pour notre. cœur de Le recevoir de loin en loin, chaque mois, même chaque semaine ; c’est à Le recevoir chaque jour que notre âme aspire.
Fermant les yeux sur les beautés trompeuses d’ici-bas, nous ne voulons plus goûter de joie qu 'auprès de cet ineffable Jésus qui a ravi notre
cœur : et voilà pourquoi nos jours sont si ensoleillés et notre bonheur si paisible.
Jésus-Eucharistie s’est fait notre Consolateur
et notre force
C’est en ouvrant l’oreille de notre cœur à la voix qui vient du Tabernacle que nous avons entendu Jésus nous redire, comme II le disait à ses disciples, combien sont faux les jugements du monde.... fausses ses maximes.... fausses ses
vaines joies.
C’est dans l’intimité du cœur à cœur journalier avec ce divin Sauveur que nous nous sommes habitués à voir les choses sous leur véritable jour, n’y attachant d’autre importance que celle qu’il y attache Lui-même. C’est lorsque nous avons appris de Lui à nous dominer nousmêmes, ne nous laissant plus emporter au vent de notre humeur et de nos caprices, que nous avons diminué d’autant la cause de nos tristesses et des obstacles qui s’opposaient à notre sanctification.
Quant à ces douleurs vraies qui sont le partage
de tous ceux qui vivent sur la terre, auxquelles ni le riche, ni le pauvre, ni le sage, ni l’homme de plaisir ne sauraient échapper ; ces douleurs qui parfois fondent sur nous à l’improviste : perte de ceux que nous aimons, maladies, infirmités, épreuves de toutes sortes ; oh î comme nous sommes heureux, lorsqu’elles nous atteignent, de trouver toujours un cœur d’ami pour aller y verser notre chagrin î
Comme auprès du Tabernacle nous sentons l’amertume se changer vite en douceur, lorsque Jésus nous rappelle «qu’il a fallu que le Christ souffrît et qu’il entrât ainsi dans sa gloire 1 » ; quand II nous dit que notre soumission à la volonté paternelle de Dieu peut, unie au mérite de ses souffrances, payer notre rançon éternelle et même la rançon des âmes que nous aimons !
L’intimité avec Jésus -Eucharistie, le doux charme de sa Présence , voilà le vrai moyen d’adoucir les peines de l’exil, de leur enlever leur acuité, et de nous rendre douce la vie, même au milieu des souffrances, des tentations et des épreuves inhérentes à la nature humaine.
Le feu de l’amour s’allumant dans notre cœur,
1 Luc, xxrv, 26.
ce qui hier nous semblait un obstacle insurmontable, nous paraît maintenant facile à écarter ; le sacrifice, qui jusqu’ici nous paraissait impossible ou trop douloureux, devient aisé et même agréable, à la pensée qu’il plaira au Jésus que nous aimons.
C’est ainsi que la paix s’établit peu à peu dans notre âme. Et là où se heurtaient trop souvent l’agitation, le trouble, peut-être la révolte, régnent le calme et la sérénité dans l’union amoureuse à toutes les volontés de Jésus.
C’est un ciel anticipé que cette vie paisible sous le regard et dans l’amour de Jésus. Que ce
soit le nôtre à jamais î
Jésus-Eucharistie est notre Trésor
Nous avons trouvé un trésor... Trésor bien plus précieux que tous les trésors de la terre... Le trésor des anges... le trésor du Ciel... le trésor de l’éternité.
C’est Jésus! Jésus avec son Cœur!
Il est à nous... au Tabernacle... à l’Autel... à la Table sainte !
Il y est à nous et pour nous, à toute heure et toujours !
Toujours son Cœur nous y est ouvert malgré nos misères, malgré nos faiblesses, malgré nos fautes... C’est Lui qui l’a dit: «Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs ; car ce ne sont pas ceux qui se portent bien mais les malades qui ont besoin de médecin i. »
O amour incompréhensible de notre Sauveur!... C’est à vous que nous irons désormais, humbles, repentants, mais surtout confiants en votre infinie miséricorde.
Vous êtes notre ami, notre frère ; et jamais, nous le savons, Vous n’avez repoussé le cœur humble et contrit qui se livre à Vous.
Nous avons besoin d’amour; Vous avez fait notre cœur sur le modèle du vôtre, et Vous seul, ô tendre et divin Maître, êtes capable de satisfaire notre désir d’affection et de bonheur. Oh ! désormais c’est près de Vous , c’est au Tabernacle, c’est au foyer même de la charité divine, dans votre Cœur Sacré, que nous viendrons réchauffer notre froideur, puiser cet amour qui rend votre joug doux et léger, et qui donne la force de gravir le Calvaire pour y mourir avec Vous.
1 Matthieu, ix, 12 ; Luc, v, 3i.
Pratiques du deuxième Degré de la Vie Eucharistique