DISCOURS DE M* DUPIN A SES ÉLECTEURS
En 181 * 1 * pendant les Cent jours, U. Dupin, alors âgé de trente-deux ans, fut élu à la Chambre des représentants par le collège de Château-Ghinon.
11 ne Jetait point porté candidat, et votait dans l'arrondissement de Clamecy lorsqu’il apprit son élection par un message. y
1 ^ Apres les Cent jours, la Charte de 1814 exigeait pour être eligiblé comme député l’âge de quarante ans; M. Dupin rentra dans la vie privée, et se consacra tout entier a sa profession d’avocat.
En 1827 il avait la majorité légale, il payait le cens et se trouvait digible. Mais il ne s’était porté candidat nulle part. H sortait du conseil de guerre où il venait de faire acquitter un artilleur de I ex-garde impériale , lorsqiren rentrant chez Im il trouva une députation des électeurs de Mamers parthe), qui venaient lui annoncer son élection dans cet arrondissement. M, Dupin ne connaissait personne de Mamers, et cette élection fut uniquement le résultat du mouvement a opinion constitutionnelle qui se produisit alors îM 0 , 1 à la même époque sur la
lê e de M. Rojçer-Collard. - M. Dupin accepta eu disant : « ■ e n en continuerai pas moins ma profession d avocat *
g discours de m. dupix
» seulement t’aurai une cause tîe plus à défendre, celle de
» mon pays. ». .. , .
Le nouvel élu n’adressa aucun discours aux électeurs de Mamers: mais cette élection donna lieu à divers articles de journaux, qui peuvent faire apprécier le caractère de cette élection
Le Journal'des Débats du 20 mai 1827 avait parlé en ce* termes de la candidature de M. Dupin :
« On apprend que le ministère a eu recours, dans la tormalien du college électoral de Mamers, à tous les artifices et toutes les violences cachées dont s'est composée jusqu a ce jour sa vie constitutionnelle. Nous saisirons cette occa* sion de rappeler aux Français des départements toute \ ètendue de leurs droits, en mettant sous leurs yeux des extraits des procès-verbaux de la Chambre des Pairs , qui constatent, par des déclarations officielles, l'illégalité d une foule d'actes et d'entreprises contraires à la légitime prérogative des citoyens. Ces observations seraient maintenant inutiles en ce qui touche les élections de Mamers* Bornonsnous donc, pour ce collège, à rappeler aux royalistes qui en font partie qu'il s’agit aujourd'hui du salut du trône même, déplorable ment compromis par la conspiration flagrante du ministère contre les libertés, la gloire, la prospérité et la paix publiques, M. Dupin est précisément de ces hommes à qui les amis de la royauté peuvent donner leurs suffrages, sans sollicitudes. Sa loyale et courageuse modération dit assez que le grand talent qu’il a consacre tant de fois à la défense de nos institutions servirait aussi, au besoin, les intérêts de Fordre et ceux du trône. Cette portion éclairée, consciencieuse, sage de l’opinion, qui ™ accepter des révolutions des mains d*aucun parti, qui vont que tous les serments soient tenus, et que la paix de la France repose à l'ombre de toutes les promesses de la Restauration, ne saurait avoir de plus habile ni de plus sincère représentant, M* Dupin, on le sait, fait hautement sa profession de foi catholique devant le même tribunal auquel il dénonce une congrégation perturbatrice; les intérêts à Fémîgration l’ont eu pour avocat dans les questions à | propriété, comme les principes de la Charte, la liberté Je la presse, la liberté individuelle. Cette voix éloquente quia poursuivi les meurtriers de Brune, a imprimé le nom d as- j sassins aux prétendus juges du dernier des Coudé. Il siège dans les conseils de l’un de nos princes. La loyauté pcitï ' et doit voter pour lut. Aussi avons-nous plein espoir,»
A SES ÉLECTEURS
Visite de XL Dupin dans Varrondissement de Mamers (Sarthe) après son élection , en décembre i 857.
(Elirait (Eu Constitutionnel tlu ^1 décembre.)
<( M. Dupin, député de Mamers, a été accueilli avec un véritable enthousiasme dans les divers cantons de cet arrondissement. qu'il a visités. On lui a su gré d'avoir entrepris ce voyage dans une saison rigoureuse, et d'avoir été s’assurer par lui-même de F esprit qui anime ses commettants, avant l'époque où doit s'ouvrir la prochaine session. Les électeurs et te député se sont trouvés parfaitement d'accord; la sympathie qui s'était déclarée de loin n'a fait que prendre de nouvelles forces au sein des communications plus intimes qui se sont établies entre eux. Dans les divers banquets qui se sont succédé à la Fer té-Bernard , à Beaumont, à Fresnay, à Mamers, la santé du roi a été portée la première et accueillie par des vivat; ensuite celle du député, par un électeur; enfin celle des électeurs et des habitants de la Sarthe, par l’honorable député chargé de les représenter. Dans les diverses allocutions que cet orateur constitutionnel a adressées à ceux qui fêtaient sa présence , on a remarqué la profession la plus ouverte et la plus cordiale des sentiments de reconnaissance et d'affection qu'il porte à ses commettants, de son empressement à défendre leurs intérêts publics et privés, et de sa résolution inébranlable de remplir dans toute son étendue le devoir d un bon et loyal député, également fidèle au roi et ù la Charte.
» A Beaumont, la santé des électeurs fut portée par M. Dupin en ces termes : « A l'union des électeurs avec a leurs députés, pour assurer le triomphe de la monarchie * constitutionnelle par tous les moyens légaux, » — C'est bien cela, reprit un électeur, car enfin nous ne voulons que ce qu'on nous a fait jurer .
J) A f arrivée et au départ, le peuple bordait les rues et les chemins. Un habitant, place sur son escalier, à la tête de sa famille, cria dans son langage expressif: Vive la sauve té du peuple l
* à Fresnay surtout que les transports ont éclaté de la manière la plus vive et la plus unanime. Fresnay est une petite ville manufacturière, qui compte environ $000 habitants. La population entière a pris part h la fête dont le député a été l'objet. On savait qu'il était a Beau-
jO DISCOURS DE M. DUPIN
mont, et il ne pouvait arriver que dans la soirée. À 1 instant i
même', une illumination générale fut résolue et mise en i
pratique d’une manière aussi neuve que brillante, À peine ]
les premiers cavaliers de l’escorte d honneur entrèrent à i
Fresnay, que tous les habitants, hommes, femmes, et jus* qu’aux petits enfants, sortirent tous de leurs maisons, tenant à la main, et souvent des deux à la fois, des moyens ;
d’illumination. V aspect de cette longue suite de girandoles J
vivantes, au milieu des cris mille fois répétés de Vive le roi! vive notre député! vive notre défenseur! offrait le spectacle 1 le pins touchant, le plus anime.
» Un banquet de quarante électeurs était préparé chez un d’entre eux. Une députation vint annoncer qu’un autre banquet de soixante habitants et fabricants les plus notables, dont plusieurs étaient fils d’électeurs, dérirait qu on ; vint se réunir à eux au moment du dessert. On sV rendit à dix heures, au milieu d’un immense concours : la marche . était éclairée par de nombreuses illuminations, et la rue principale traversée par des guirlamies et des devises dont l une portait . Au défenseur du droit de tous! La table étant dressée sous la halle aux toiles, le local permit d’y laisser entrer plus de mille personnes. La santé du roi y fut portée 1
et accueillie aux cris unanimes de Vive h roi ! Ensuite) e
M. Dupin porta la santé des habitants en ces termes; c
« Messieurs, permettez-moi de me féliciter du brillant accueil que je reçois au milieu de vous. Ce qui uf a le plus ^
frappé, en entrant dans votre cité, ce qui me touche encore a
le plus en ce moment, c'est de voir toutes les classes de s
citoyens animées du même esprit > et tous les habitants s'associer à cette fête de famille. il
m La population entière ratifie le choix des électeurs, qui s reçoivent ainsi la récompense due à l’indépendance et à la fermeté de leurs voles. . ' , ^
» Messieurs, comme avocat, j T ai défendu les intérêts pri- v vés, les malheurs individuels, les gloires nationales ; comme député, vous me verrez défendre les droits du peuple et e les intérêts de tous. o
» Habitants de Fresnay 1 aimez le gouvernement constitutionnel! il honore l’homme, il fait le citoyen, il améliore g l'espèce humaine en relevant sa dignité ; il est opposé au h privilège ; il consacre l’égalité devant la loi ; il favorise vi tous les développements de notre intelligence ; nul n assure une protection plus efficace au progrès du travail et de findustrie. Conservez profondément le sentiment de
À SCS ÉbECrFEfJKS.
vos droits, comme hommes et comme citoyens; de vos droits, pour y rester fermes; du droit d’autrui, pour savoir le respecter. Soutcnez-nous de tout le poids de votre opinion. — Je Lois à votre prospérité. »
La Gazette des Tribunaux du 28 décembre ajoute : a Pendant le séjour que M. Dupin vient de faire à Mamers, MM. les avocats et avoués sont venus en députation près de l'honorable député de leur arrondissement, pour le féliciter de sa nomination. » M. Dupin a répondu au bâtonnier : « Qu’entre tous les témoignages de sympathie qu’il pouvait » recevoir, ceux du barreau, comme venant de ses contreres, lui seraient toujours les plus agréables. »
W* M. Dupin * dans ce voyage, clait accompagne de M. Boudct aujourd'hui conseiller d’Etat.
Discours de M . Dupin au collège électoral du ^ arrondissement de ta Nièvre [à la Charüé-sur-Lom) le 18 novembre 1827.
Messieurs et chers compatriotes, je ressens vivement I honneur que je viens de recevoir de vous, et dont Féclat est encore rehaussé par le mérite et les titres du noble candidat qui m’était opposé (1).
Messieurs, j’appartiens à la Nièvre, j’y suis né; j’y ai mes parents, mes amis, mes clients, tontes mes propriétés; j’y ai concentré mes intérêts et mes affections; en me choisissant pour votre député, vous avez nommé un enfant du pays.
Mon pere , a une époque déjà loin de nous, a été aussi députe de la Nièvre, élu deux fuis par le libre suffrage de ses concitoyens (2), n
Puissent ses trois fils hériter de toutes ses vertus, comme ils berneront de son amour pour son pays et de son dévouement pour ses concitoyens !
Messieurs, vous rouvrez devant moi la carrière législative; et plusieurs des anciens électeurs qui ont voté pour le père ont pu voter aujourd’hui pour ie fils.
La voila donc enfin qui entre en ligne cette nouvelle gem- ration a 1 avant-garde de laquelle ceux de mon âge sc iornent places! celte génération qui n’a point connu le vieux régime, qm n a retenu de la révolution que le bien
(t) M. le baron Hydo de Neuville.
(Ü) A r%mbUe Ijj^BhUive de 1701 et au CouîclI des Ancien*.
n DISCOURS DE M. DUPIN
que la Providence en a fait sortir, et n’a conserve de \ Empire, que le souvenir de la gloire dont il fut environne .
Egalement désabusée du despotisme et de 1 anarchie, celte génération veut la liberté ; elle F obtiendra ï Non cette liberté tumultueuse qui renverse les fortunes et les existences ; mais une liberté sage telle que nous ta concevons bien aujourd'hui f une liberté fondée sur les lois T amie de la paix et de l’ordre public, appuyée sur des institutions en harmonie avec les progrès de la civilisation et le besoin actuel des sociétés ; cette liberté qu’un de nos compatriotes, le célèbre Guy Coquille * avocat à Nevers, et député du fiers état du Nivernais aux états généraux d’Orléans et de Blois appelait l'ancienne et honnête liberté du peuple fra nçais. Ainsi, nous ne cesserons de vouloir la sûreté des propriétés la liberté du commerce et de V industrie, la liberté individuelle, la tolérance religieuse, l’indépendance des opinions et de la pensée, l’égalité devant la loi et cette sauvegarde de tous les autres droits* la liberté de la presse, qui défend les peuples et avertit les rois ! en un mot, toute la liberté que comporte le gouvernement représentatif, tel qu’il nous est acquis par la Charte constitutionnelle, cette loi fondamentale, ce pacte d’alliance entre la dynastie des Bourbons et la nation française, entre le roi et le peuple; la Charte jurée et sacrée, qui nous impose des devoirs, nous le savons, et nous serons soigneux de les remplir; mais aussi qui nous donne des droits dont le sentiment ne s’effacera jamais de nos cœurs ; car si le roi est en posscs ; sion de nos serments, nous avons aussi les siens, et sa piété éclatera surtout dans sa religieuse fidélité a les remplir.
Voilà, messieurs, le genre de liberté et d’institutions que nous ne cesserons d’exiger d’un ministère , quel qu’il soit; sans inimitié contre les personnes, mais en poursuivant Ici chose meme, avec une constance inébranlable, jusqu’à ce que nous l'ayons obtenue.
C’est avec ces résolutions, qui n’ont jamais varié, que j entrerai à la Chambre des Députés* et que vous verrez remplir dans toute son étendue mon serment de fidélité m roi et à ta Charte.
Messieurs , trouvez bon que j’offre ici le tribut dC ma vive reconnaissance pour ces bons citoyens de Mamers, dont la nomination est devenue mon plus beau titre à une nouvelle candidature*
J’y joindrai Vexpression sincère de mes sentiments ailéetueux pour ccs excellents amis, qui, dans le premier arron-
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