OU
disse nient de la Mièvre, nie donnent* en ee moment même, avec une persévérance à toute épreuve s un témoignage éclatant de ta plus honorable confiance*
Je remercie monsieur le président de ce collège du soin religieux avec lequel il a dirige nos opérations, et main tenu la liberté des votes*
H me reste à assurer tous mes concitoyens réunis que , dès à présent, je ne distingue plus ceux qui ont voté pour moi de ceux qui ont dirigé leurs voix d’un autre côté.
Je suis député de la Nièvre : je vous appartiens tout à tous; et quelles que soient des opinions que je respecte, alors même que je ne les partage pas, comptez que vous trouverez toujours en moi un concitoyen, et, s’il vous plaît, un ami.
Nota. En même temps que M. thiptn venait d'ètrc élu par les arrondissements de Cos ne et de Clamecy convoqués à Ja Cbarïte-Stfr-Loire* il était aussi élu par les arrondissements de GMtean-Chtnon et de Nevers réiiitb dans cette dernière vilJe; enfin, il apprit, quelques jours après, c]u'il avait aussi été réélu une seconde Fois h Mamers, 11 dut opter, et ïf donna les motifs de son option dans lès deux lettres qu’il adressa aux électeurs de la Sartlie et de la Nièvre.
Lettre d'option à MM, tes électeurs de l'arrondissement de Mamers (, Sarthe )*
Messieurs, l'honneur d’une triple élection est devenu pour moi la source d’un véritable embarras, par la nécessité qui m’est imposée de déclarer mon option. Je ne puis contenter tous mes amis, et pourtant je ne voudrais point leur déplaire : je dois donc entrer en explication avec eux*
Ils ont des droits égaux à ma reconnaissance; mes services leur sont également acquis; tous peuvent compter sur moi : une déclaration nominale que j opte pour tel arrondissement ne change rien à mes sentiments ni à mes devoirs envers tous*
Mamers m'avait nommé une première fois en juin 1827 ; et cette élection, si honorable pour moi, fut le résultat spontané du mouvement constitutionnel qui commençait a se produire contre un ministère ennemi de notre gloire et de nos libertés* Mais la Nièvre aussi m’avait nommé députe en 1813, quand la nation, abandonnée à elle-même, était plus que jamais obligée tle veiller à son propre salut : — La Nièvre aussi (j'avais alors 52 ans) m'avait nommé candidat a T époque anticonstitutionnelle où les collèges
ti Discotms dé m. dupjn
électoraux, dépouillés du Vote direct, ne pouvaient que déférer une candidature inerte au choix définitif des colleges de département : la Nièvre enfin, a des époques plus reculées, avait deux fois choisi mon père pour son député. — ^ J'étais enfant de la Nièvre , pouvais-je repousser son voeu?
Le pouvais-je, quand je me voyais Félu, non pas d'un seul au arrondissement, mais de tous; tellement, que si j'optais pour Mamers, les quatre collèges de la Nièvre resteraient ™ momentanément sans député? Én
La Sarthe au contraire, Indépendamment de ses dépu- u 5 tés du grand collège, conserve encore, malgré mon oj> j. u tion, plusieurs députés d’arrondissement.
Enfin, Mamers m'ayant choisi au loin, sans se détermi- f 1 ner autrement que par la sympathie de mes opinions cou- €
s ti tu tï onn elles, j’ai pensé que le même esprit vous guidant >
encore, et la France entière vous offrant carrière pour m !r nouveau choix, vous trouveriez à me remplacer bien plus a facilement que ne pourraient le faire ceux qui ne veulent, pour les représenter, que des gens du pays. ra
J’ai donc opté pour la Nièvre : mais je n'en reste pas moins l’élu de Mamers, F homme dévoué, en toute circoii- 0 sla pce , à vos intérêts publics et privés.
Electeurs de Mamers, vous me direz si j’ai bien compris ! ? votre mandat, lorsque, parlant pour la première fois, du liant de cette tribune où ma voix a dii retentir jusqu'à vous, 0 j’ai dit que c’était : « Un mandat de moralité, de bonne V, » foi, de loyauté, d’honneur français qu'il était temps enfio 11 » de ramener dans les affaires publiques ! »
Votre majorité constitutionnelle s’est ralliée à moi : le- j t: nez-vous fermes : ne vous divisez point par intérêt persorr jî’ nel, par jalousie, par passion : sachez résister aux intrigue: jy des coteries, aux influences illégales, aux menaces même ^ si l’on osait encore les employer 1 Votez en votre âme tt 4 j; conscience pour le plus honnête homme , pour le meilleur cr ^ toyen; pour un candidat également fidèle au roi età'k 1 . Charte , et qui, selon l’heureuse expression de l’un de vous, ® veuille avec fermeté tout ce qu'on nous a fait jurer . — Alor^, j loin de vous affliger de mon option, vous me saurez gré de vous avoir procuré le moyen d’avoir deux députés au ; lieu d’un. L
Comptez sur mon dévouement inaltérable, comme je compte sur votre constante estime et votre bonne amitié, ^
Dupin,
Paris, ce février 1828 ,
SJ’S ÉLECTEURS.
ts
Lettre (Voption à MM. les électeurs de la Nièvre.
Messieurs et chers compatriotes, en optant pour la Nièvre, je n’ai qu’à moitié fait ; il me faut opter encore entre deux arrondissements qui m’ont fait un égal honneur, et auxquels je dois également reconnaissance et dévouement.
Dans celle délibération, plus délicate encore que la première, je n'ai pas dû m'en rapporter à moi seul. J ai été trouver cet honorable collègue que la France révère comme un sage, et dont la raison élevée plane avec tant de supériorité sur nos discussions politiques (M. Royer-Collard). 11 a d’autant mieux compris ma situation , qu elle se rapprochait davantage de la sienne; et sa réponse a été : « J’opterai et je pense que vous devez opter pour le pays natal!»
Mon père, que j’ai toujours été heureux de consulter dans les circonstances les plus importantes de ma vie , m’a fait la même réponse.
h suis donc suffisamment autorisé à vous la transmettre.
Electeurs de la Nièvre, mes concitoyens f ne suis-je pas toujours et de fait et de droit, député de la Nièvre; ég* lèvent tout à tous , comme je me suis plu à le dire, au moment même de mon élection à la Charité, dans un remerciaient dont l'effusion soudaine, acceptée et partagée par tous ceux dont la confiance venait de remplir mon cœur, a pu être prise par eux pour une acceptation immédiate du mandat qu'ils venaient de me déférer I
Je n'ai pas à vous déduire-des motifs d'option; je suis dispensé de choisir, la nature a choisi pour moi; cest elle P me fixe aux lieux qui m’ont vu naître ; dans un arrondissement où mon père remplit d'honorables fonctions et fait le bien depuis plus de 40 années; sur une terre qui (■ouvre la cendre de ma mère, et a qui j’ai confié la garde de son tombeau; ma mère que j’ai perdue le lendemain des élections, comme si la Providence, en me faisant passer si rapidement de la joie au deuil, eût voulu m'avertir m en ce monde tout est vanité hors l'accomplissement des devoirs 1
Electeurs de la Nièvre, je comprends toute l’étendue de (eux que vous m'avez délégués; je n’ai point reculé devant, les travaux et jes sacrifices qu’ils m’imposent; je renouvelle jjnvers vous rengagement de les remplir : puissent mes lorees et le succès répondre à mes bonnes intentions!
De votre cùté, électeurs du premier arrondissement,
16 DISCOURS DE M. DUPIN
parmi lesquels j'ai trouvé un si grand nombre d'hommes bienveillants ; électeurs de CMteau-Chînon, que je ne puis in empêcher de nommer avec prédilection ; bons et fidèles amis, achevez voire ouvrage en me donnant pour collègue un homme d’un caractère franc, loyal et généreux, qui aime le bien public, et se constitue hardiment le défenseur du droit de tous *
Puisqu'une immense majorité (les deux tiers des voix) s'est fixée sur ma tète, elle doit se prononcer encore pour tout autre citoyen qui vous offrira des garanties de son amour pour la France, et de sa fidélité au rai et à la Charte 5 à la Charte loyalement entendue et franchement exécutée*
Votre affectionné et dévoué compatriote, Dupin*
Paris, ce 1 er février 1828.
tiHF* Les amis de Aï r Dupin ont, suivant son avis, reporté leurs voi\ sur M, Poignes de Fourcha mb a uU, qui a éic élu.
Discours de M . Dupin au collège électoral de Cosne après l'élection du juin 1850.
Messieurs, en 1827, lorsque vous me fîtes l'honneur de tue choisir pour votre député, je vous promis : a de rem- * plir, dans toute son étendue mon serment de fidelité au a roi et à la Charte, »
Interrogé par moi, ma conscience me répond qu’en effet j’ai rempli mes devoirs et tenu mon serment* 11 n'est pas un de mes votes dont j’aie à me repentir ; pas un dont je ne sois prêt à rendre compte à mon pays. Et, pour ne rappeler ici que les circonstances principales qui ont marque^ ma conduite parlementaire, je m’applaudis également :
i° D'avoir proposé l’abolition de la censure, et voté la loi qui a rétabli la liberté constitutionnelle de la presse;
2° D'avoir contribué â la confection de la loi électorale ^ qui a flétri les fraudes du passé, en vue de rendre impossibles les fraudes de l’avenir ;
3° D'avoir, dans la Chambre comme au sein de la commission ecclésiastique, réclamé la juste et sincère exécution des lois, contre une secte turbulente dont la principale mission fut toujours de courber l’ordre civil sous la domination de l'ordre religieux;
4° Te remercie mes anciens collègues, de m'avoir pro-
À SES ÉLECTEURS
curé Fhonneur d’être le rapporteur, de la loi des commune : cette loi populaire, la plus nécessaire de toutes, car elle est la plus propre à fixer la liberté sur tous les points du territoire, en assurant à chaque citoyen la protection et la paix du foyer domestique. Ce n’est point ma faute si cette loi n'a pas été discutée et acceptée en 1829
5° Enfin, fai voté l'adresse : cette adresse tant calomniée î a que la Chambre de 1827 confie h vos souvenirs et à ceux rie la postérité, comme un double témoignage de sa fidélité pour le prince auquel elle a dit la vérité, et pour le pays dont elle a noblement invoqué les droits.
Electeurs de tous les rangs et de toutes les professi ons, dites si, pendant les deux années qu’a duré cette Cbam+TOla tranquillité publique a été un seul instant troi\bJee^ii^^/% si T inquiétude de F avenir tourmentait les exh^ncét, agî-V ' / tait 1rs esprits ; dites si F agriculture et le eoihiuerce île prospéraient pas alors plus qu’ils ne font aniqBM’hui?.,.
Cependant, messieurs, vos députés ont été calomniés!
Iis font été auprès du trône, ils Font été auprès de fa nation.—ils ont, dit-on, refusé leur concours au ror/ Allégation réfutée par la lecture môme de l’adresse, qui retire IV mour le plus pur pour le prince ; le respect le pllïs profond* pour son auguste personne; et dans laquelle, chaque paragraphe du discours du trône, la Chambre promet d'examiner avec empressement et sollicitude les propositions annoncées par la couronne. En particulier sur F affaire d’Alger, qui intéressait l’honneur de notre pavillon , n 1 avons-nous pas dit au roi : « Sire, toutes les Lois qu'il » s’agira de la dignité de votre couronne et de protéger » le commerce français, vous pouvez compter sur l’appui » de votre peuple, autant que sur son courage. » —Je vous le demande, messieurs, est-ce là refuser de concourir? On le sait bien, nous eussions aecordé tout ce qui eût été juste et utile, et refusé seulement (comme nous en avions Certainement le droit) ce qui nous eût paru dangereux, équivoque, ou aventuré,,,.
En accordant F argent nécessaire, nous eussions seulement recommandé F économie et le bon emploi..,; je le répète, est-re là refuser de concourir?
Disons-le donc, le ministère seul, dont les vues pofc'tiques ne concouraient pas [avec les vorux et les intérêts du pays, le ministère seul a refusé de concourir avec la Chambre ; il s'est irrité contre elle; il a conseillé sa dissolution.
n DISCOURS DE M. DUPIN
A ee mot, la Chambre s'est séparée t pleine Je respect et m d'obéissance pour la prérogative royale, et de confiance pa dans l'avenir : elle savait que la question vous était dévolue.
Par la dissolution, en effet, la conduite des députés à lui été renvoyée au jugement du pays. Ce n’était plus noire affaire, mais la vôtre; vous alliez nous juger, m
Dans cette position, je le déclare, j’aurais regardé comme le
une sorte de prévarication d user de sollicitation envers aucun électeur* Vous étiez juges, constitués en grand jury au politique, ii fallait vous laisser juger librement en votre Ac âme et conscience. qn
D’autre part, cependant, que n’a-t-on pas fait pour tà- il
cher de rendre les députés odieux ! Tantôt en nous app*. en
lant insolente, quand nous n’avions été que sincères; /ac- j
lieux, parce que nous avons risqué de déplaire pour mieux cri
demeurer fidèles ; inéligibles ( au mépris du droit que vous Ch
avez de choisir), parce que nous n’avons pas été serviles- dé
ennemis du pays enfin, parce que, chargés de le repré- bie
senier auprès du trône, nous avons franchement dépeint ne
sa situation* Ainsi l’invective est devenue notre salaire; les tisi
véritables factieux ont prodigué l’injure aux députés de la m
France; et des hommes qui vivent aux dépens du budget elli
ont insulté ceux qui font gratuitement vos affaires ! a f
Enfin, Messieurs, vous avez prononcé et j'ai droit de dire En
que mon élection est, cette fois, plus glorieuse que la pré- trè
nnere* En 1827, c’était une faveur; aujourd'hui, c'est un 001
arrêt : un arrêt dont, je l’espère, vous n'aurez point a vous fér
npenttr, et qui ne saurait vous exposer au reproche d’oùs- le j
linaiton fl)*,* ; un arrêt prononcé par vous en pleine cou- ma
naissance de cause, en dépit de tous les modes d'influence k et de suggestion; avec une réflexion, une maturité, un m
calme, que rien n’a dû troubler dans cette ville hospita* Fav
nere, et qui ne laissent aucun prétexte à la calomnie pour et > dénigrer vos opérations : et toutefois, je dois le remarquer fai
encore, vous avez prononcé à une majorité plus forte qu’eu I
182y, et qui atteste par conséquent non seulement que mes dés
anciens amis me sont restes fidèles, mais que plusieurs de m
ceux qui ne m avaient point encore honoré de leur con- dra
fiance, me 1 accordent à présent, rendant ainsi justice à la tan
franchise et à la loyauté de mes opinions* Puisse, messieurs, me:
ce rapprochement des suffrages qui atteste le rapproche- pra
plu m éê
(1) Allusion au dîsrours de M, le président dti college électoral
A SES ÉLECTEURS
■re
meut des esprits, éclairer le gouvernement, et laisser parmi vous des semences durables de paix et d union S
Quant à moi, mes dispositions, cette fois, restent absolument les mêmes que la première ; la fermeté unie à la Modération . La fermeté, qui tient à la conscience du droit qu on exerce ou qu'on défend ; la modération, sans laquelle le meilleur droit peut se trouver compromis.
INotre mandat n’est point limité : il n’y a point, comme autrefois, des cahiers qui bornent la mission des députés. Accorder ce qui est bon, rejeter ce qui est mauvais; ne voir que J 1 intérêt de la France et Fhonnenr de la patrie : tout est écrit et renfermé dans notre serment, de se conduire en bon et loyal député , d’être fidèle au roi et à la Charte.
Fidèle au roi; car, hors delà, il n 7 y a que troubles à craindre, guerre civile ou étrangère à redouter. Fidèle à la Charte t car, hors la Charte (je prie les vieux amis du trône d'en être bien convaincus}, la dynastie elle-même pourrait bientôt manquer de son plus solide appui, Non, la France uest point une terre qui puisse s’accommoder du despotisme j- elle veut la liberté fondée sur la loi. Elle en jouit sous le gouvernement constitutionnel établi par LouisX'VIII; fille entend le conserver. C’est la couronne elle-même qui a fait sa condition en même temps quelle a fixé la nôtre, tin publiant la Charte (octroyée, soit; mais par conséquent très-librement consentie parla royauté); en la jurant, en mus la faisant jurer, en l’érigeant ainsi en pacte social, en véritable contrat, on nous a donné le droit de compter que le gouvernement représentatif ne serait pas un vain mot, mais une sérieuse réalité; qu’on gouvernerait dans l'intérêt k tous, et non pas seulement pour la satisfaction de quelambitieux... Ou nous doit la garantie que le présent et l'avenir ne seront pas à chaque instant remis en question, et qu’eutin, une bonne fois, en France on saura sur quoi i arrêter.
Heureuse disposition d’un grand peuple, qui, loin de désirer des révolutions, les redoute à Légal des plus grands Biaux! Ce n’est pas seulement le roi qui dit : Je maintiendrai la Charte ; c'est la France, lasse d'agitation et soupirant après le repos; la France vouée au'travail, au commerce et à l’industrie, toutes choses qui ne peuvent pas prospérer avec le désordre, mais qui ne peuvent pas non plus prospérer au milieu d’une inquiétude sans cesse renaissante et d une perpétuelle hésitation ; c est la France obéissante aux J ois* sou mise aux magistrats, satisfaite de sa
50 DISCOURS DE M. DUPlfî
constitution et fidèle à son roi dont elle adjure aussi les serments, car dans les serments des rois doivent se trouver leurs immuables résolutions... ; c’est la France entière qui s'écrie par la voie de ses électeurs el: de ses députes : Nom maint tendrons c e qui est. Fïue Ig roi! vive la Charte, *
Les électeurs ont voté par acclamation 1 impression du discours.
Kn faisant distribuer le discours qui précède et pour montrer ;l ceux qu'on appelait alors les lowmejëUrs dn passé f que !a liberté parle iu eu ta ire n T éiait pas inconnue sons Tancienne nionarelue, M- Dupin fit imprimer, connue annexe de son discours, 1 écrit qu ou va ure, avec ce titre ;
A ceux qui ïrotroerai trop forte fadr^sse des %%\ ■
Extrait de la Harangue prononcée devant le roi séant eu ses Estait Généraux tenus à Blois le lundi Ui 0 jour de janvier 1589, par orateur du tiers estât, et h laquelle a coopéré Guy Coquille, avocat, député du Nivernais uuxdïLs Estais et Uni des commissaires nommes pour lu rédaction dn Cahier du Tiers (1).
Sire, vos très-bumblcs et très-obéissants sujets du tien estai de vostré royaume assemblez par vos commandements, louent Dieu et vous rendent grâces, tous d une même voix, esprit et volonté,*.
Ils ont aussi occasion de se consoler , et bien esperer plus que jamais de voir le jour tant souhaité, auquel V. M, esl disposée d'ouïr leurs plaintes, entendre leurs remon$tra?we$ t prendre leurs a dv *s, et recevoir leurs humbles supphcab'ons.
Leurs remontrances, sire, pour estre au bien de voslre service, salutaires et profitables au public, ne seront par eu# fardés ou déguisés de quelque langage affecté.
Ils les veulent et entendent faire, simples , libres , j'usles et véritables ; sçachants que les anciens avoyent accoustumé de peindre la vérité toute nüe, pour monstrer qu'elle voulait estre ouïe, veüe et connue à descouvert, sans voile, fard, ni ornements quelconques : principalement, quand i’ojj s'adresse aux rois, que c'est tout un peuple qui parle > et qu ii y va du salut commun.
. . , . Il ne faut jamais venir à la cour des rois et mnarques , que pour leur dire ta mérité ; parce qu’il advient
(ïl Extrait d'un vieil in-i a intitule : ficcffiîi/ ét’j Estais tciîux fff France, Ravis, ]7jf.
A SES ÉLECTEURS. 2J
peu souvent, que Ton puisse dire chose profitable et agréa hle , lotit ensemble ,
Nous sommes à cela invitez et eontrainets, d’ailleurs, parla franchise des Estais , par la liberté donnée , par la seuretê promise (1), nécessité de nos charges publiques, et obligelions particulières de nos serments.
Que quand nous n’aurions vas assurances et promesses que nous tenons-sacrées et inviolables, une seule raison nous pousserait aux libres discours de nos plaintes et doléances ; c’est, Sire, qu’ayant le principal inlérest à la conservation êtres- Luira lion de vostre Estât, vous seul avez jeté la veüe, et dressé vos prudents conseils, pour la convocation des trois Ordm de vostre peuple; vray, ancien et ordinaire remede, pour deffendre, sauver et garantir le royaume de sa ruine décadence, et péril d’un prochain naufrage.
■ ■ • * Cette pauvre France! y avait-il meilleur moyen delà remettre en sa première santé, force et convalescence, . . . . que de nous promettre Ventière exécution de votre saine t esdit d’union (2),
Maiâqu ay- je dit promettre ; vous l’avez solenkelleIiewt juré , et par radvis de vos estais estably, pour loy fondamentale de vostre royaume (3), avec un si grand contentement et allégresse publique de vos bons sujets, que la France ne s’est jamais vue un jour si prospère et si heureux !
(Suit le détail des abus les plus saillants de cette époque, principalement en ce qui concerne la religion, la lèprespiritmlle de simonie, ... plusieurs ne se faisant point de conscience de prendre sur Vautel,„.)
Au torrent de tels abus, nous avons trouvé et opposé deux certains remèdes : savoir, Félection requise à la forme de nos caycrs, et la prohibition de la pluralité des bénéfices (cumul).
Les remèdes en sont bons et propres; maïs la pratique et t exécution y est plus nécessaire que le conseil.
(Après les griefs contre le clergé viennent ceux contre les gentilshommes qui se partagent le gouvernement des villes,
(l) Ues ce temps-là on voit que les députés sont inviolables : din$ leurs personnes, pendant la durée des sessions ; et pour leurs opinions. toujours.
($) Union et oubli.
(3) Ce qui est dit ici de l'édit de Henri tll peut s'appliquer à pins TûHe raison a la Charte, comme loi fondamentale du royaume.
n DISCOURS DE M. DUPIN
places et chaste aux, et les mettent m commerce à beauœ deniers comptants .,.. ) 4 ,
Par ainsi, vostre tiers estât vous supplie que cy-apres il y soit autre meut pourveu ; et que les seuls mérites , la génère süê, la vertu f la fidélité, fassent les bons gouverneurs et capitaines .
, . . , Ce qui opprime tous vos autres sujets, c est la multitude eflfrenée et monstrueuse de tant de fonclionnaires inutiles, la vénalité et nondination des charges, où la corruptèle a été si grande que l'ambition des plus riches ignorants de voire royaume, leur a fait trouver place aux premières dignitéz.
, , . . Les hommes plutôt reconnus à la dorure de leurs esfats, que par leur vertu, savoir ert preudhomniie.
. , . , La vertu bannie, le vice en authorité , la rapine marchant par vostre royaume à enseigne déployée.»..
Il est impossible qu’un office enrichisse et honore les hommes tout d'un Coup.
Nous nous plaignons justement de l'insolence de vostre gendarmerie et violence des soldats, lesquels, comme furieux et vrais parricides, ont pillée, déchirée, meurtrie, violée et saccagée cette France, nostre mère commune, ont égorgé les villageois, etc., etc.
. , . Tout cela ne se peut rapporter que la larme a l’œil, le soupir à la bouche, les plaintes et clameurs jusqu'au ciel.
Autres ennemis de vostre peuple : ce sont ceux qui par importunité, immensité de dons, et subtile invention du comptant (1), ont épuisé vos finances, et nous ont mis h la besace .. Puis les inventeurs de subsides et édits nouveaux, les (prêteurs d’argent) et les exécuteurs des commissions extraordinaires.
ils marchaient orgueilleux et en crédit, le sergent en croupe pour exécuter à leur mot vos sujets, les évocations en main pour nous distraire de nos juges naturels, et faire venir plaider à un Conseil des parties (2), ainsi proprement appelé t parce que Ion disait que guclçues-uns de nos jtlffij étaient nos parties mêmes ...
Plusieurs esdits ont été vérifiez et enregistrez avec ces mots : par commandemens , plusieurs fois réitérez. — Aux édits justes et bons, les commandemens du prince souverain ne seront jamais nécessaires.
(1) Bobs du roi, payables au porteur, femme ou courtisan. (Ti Srriion dp l'ancien conseil d'Etat t tribunal administrai'ir.
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A SES ÉLECTEURS. jjg
(Ec détail des griefs continue : ) Cependant estait chose étrange que telles inventions se souffraient au profit de quelques particuliers, qui, au milieu de leur luxe et jeux se riaient de nos pleurs, se réjouissaient de nos miseres*
et triomphaient de nos dépouilles.
Et néanmoins Ton projetait encor faire accrüe de nouveaux subsides et levées de deniers; sur qui? Sire, sur un pauvre passant, destroussé nud, et mis en chemise ■ ainsi îauNl parler de vostre peuple !
u iiopÉRATiON apportera du contentement; le con~ te n terne rit, de 1 amour et réconciliation; l’amour de Vnbeissance. 1
L’amour du peuple est le fondement du royaume et la surete de vostre sceptre* —Les bonnes volontéz de vos sujets, ce sont ch as t eaux de frontières, places fortes et ciétrangers m ^ iena ^' eâ contre tous ennemis, domestiques et
Voilà, Sîre, comme les sujets bien affectionnés doivent varier a Imr prince; comme des Estât s, libres et bien composés doivent donner adms sans aucune prévarication de la cause
ffien oflK. re8peet Votre Ma -Î este ' n ’ en
J? na . dvie ‘ 1 ” e que nous soyons si méconnaissons, insenï™ es et oublieux de nos devoirs, de croire, voire même
part|ï) Ser ’ ^ Ue ^ autes P asHees proviennent de votre
Nous reconnaissons et publions haut et clair que le ciel et la nature vous ont libéralement enrichi de ce qui est nécessaire pour nous bien régir et gouverner [2).
“J* ? es K f l lie lumière de vos vertus a esté et . n a pu jeter ses rayons, par l’artifice et pratiqiu j de quelques mauvais conseillers (5J r 1
Ce que nous disons, Sire, c’est après vous, qui. le pre-
ïï DP PLO R A m *f fv mauva!s mesnage désordre et confnm ülplüRABLE (4), avez consenti d y mettre ordre par
(1) Inviolabilité du roi,
(a) Le roi personnellement ire veut que le bien cl nepeut faire te mal.
mi, no arrli°A Sai)ili ‘f dC - n,inIs,les ' Aui premiers Claude Blois on avait
tel2^ivi q “V«s 01 *?*'£&* L ! U l,ai " Br la lis,B des «nscillers « conseil prive. » (Séance du 10 décembre 1576*)
L ïwiimp^lVpmnTiï (f CûnT ? E,iaSen T t Vüs bienfaits; ils n’accusent que
DISCOURS DE M, DUl’IN
changement de conseil (1), par une révocation Prieurs pernicieux édiLs (S) , par la tenue de vos Estats a justes mtentions d'établir de bonnes lois (o).
Le seul moyen de bien régner et de se maintenir est cl avoir des conseillers fidèles, plus amateurs du peuple que de leur profit,,.- ayant plus de .souci de conserver un bon renom que de conserver leur dignités, , x #ll .
(Exemples d'empereurs et de rois qui ont appelé u eux de sages conseillers : Marc Antomn, Alexandre bévere, Charles X et Charles XII. )
testaient vraiment des conseillers nez et disposez au service de leur roy* à F amour et repos du peuple , et non à ravarice ny à la grandeur de Leurs maisons ; des hommes tels qu'il les faut à jirêsent , et que Votre Majesté tes sçaura
b ÏG71 C 11 O J S î ?’.
jtuant aux lois et ordonnances r il n'est pas beaucoup de besoin (Ven faire de nouvelles; il faudrait seulement que celles jà faites fussent religieusement exécutées et mviola-
blement gardées (4). . lt - ir t
Les étrangers louent les Français d établir et conclure les plus belles loix du monde ; mais ils se rient de ce quelles sont seulement imprimées et m se gardent point.
Que profiteront tant de lois et ordonnances? que deviendront les advïs de vos Estats? que serviront nos labeurs et voyages contre les surprises ordinaires des courtisans si par leur importunité et conjuration nostre repos est ci-après trouble, le désordre remis, et vos Chartes enfreintes et violées?...
C’est pourquoi, Sire, nous vous supplions humblement (rue F œil de vostre prudence soit toujours ouvert a la défense de vostre pauvre peuple, décharge et soulagement d’icelui, et que vos salutaires résolutions ne soient e^ien
changées et altérées. . ..
... Cela dépend en partie du chef de vostre justice et garde de vos sceaux, lequel, étant choisi pour ses mentes et au bruit certain de son intégrité, ne permettra pas que les lois soient impunément violées,.-..
(L) Renvoi du miaîstÉüe déplorable,
p2) Révocation de la censure- ,
(3) Lois sur la liberté de la presse. —Contre les fraudes électoralcii —Projets de loi des conftnunes, etc.
(A) Par exemple, les ordonnances du IR juin 1828 et les lois q m 5 J rattachent.
A SES ËLECTEUBS. 2ü
(La harangue se termine par une protestation au roi, d'aimer en toute fidchlë , honorer et obëyr à Sa Majesté : ) et parce que la saison se présente où nous pouvons faire preuve des effets de nos lionnes volontés, et Epie d'ailleurs le défaut de moyens commande à plusieurs de nous un bref départ; j’ay charge expresse de vous supplier de nous donner congé, afin que, retirez en nos provinces, les uns soient porteurs de vos saintes et louables inspirations, les autres autorisés du magistrat qu’ils portent (c’est-à-dire des fonctions publiques dont ils sont revêtus), vous y fassent obéyr ; et que tous ensemblement courans même fortune nous nous tirions d’im péril commun : et vous rendons certain témoignage , que nous sommes et demeurons trèsfidèles, très-humbles et très-obéissants sujets, jusqu'au dernier soupir de nos vies.
Nota. L'office des députes était gratuit; et toutefois lou voit dans !c Journal des premiers Estais de Blois, tenu par Dudiu, qu i] s'éleva à ce sujet IWidcnl que voici. A la séance du 3 janvier 1577 : « Et d autant que les deux autres Estais vouloyent aussi faire payer au Tiers Kitni kurs vacations pour entre venus aux Eclats; il fut arrête que chacun desditsMstats payerait ses Députés ; et que s il y avait eominissi<m au contraire, on y formerait opposition, n
Et de fait, à la séance du 16 lévrier, « B Assemblée du Tiers arrêta qae le roi serait supplié de révoquer les commissions qu f il avait jà fait expédier pour la taxe des Députes de la Noblesse qui voulaient payer sur k Tiers Estât . + . „ et que les commissions seraient délivrées aux Députés gratuitement, i»
Discours de il/. Dupin , élu député de la Nièvre , au collège * électoral de Cüsne } le u l% octobre 1850*
Messieurs et chers compatriotes, je vous dois un nouveau corn [i Le de ma c on d ui te p a ri emen ta î re.
Au mois de juin dernier, j 1 avais pris devant vous rengagement solennel de soutenir les droits de la nation et de défendre le gouvernement constitutionnel contre les atta- Ties dont il était menacé par le ministère du 8 août* bans mon discours, dont vous avez voté F impression, ,| avais prédît que toute attaque à la Charte serait fatale à la dynastie ; j T y disais qu’à tout prix nous voulions la liberté fumée sur la loi.„ m . et j’ajoutais : «On nous a donné le » droit de compter que le gouvernement représentatif ne n sera plus un vain mot, mais une réalité , »
‘>0 DISCOURS DE M. DUP IN
Charles X a méprisé tous les avertissements; il s est parjuré! En violant le premier le serment qu'il avait prélé à la Charte > il nous a déliés de celui que nous ne lui avions prête que par réciprocité; en attaquant ses sujets à main armée, il leur a donné le droit de se défendre, il leur a fourni l'occasion de triompher.
À la suite de celte victoire héroïque, le trône s'est trouve vacant, un nouveau gouvernement a été fondé; non plus sur Fallégatïon futile d'un droit prétendu divin; mais sur le principe plus réel d'une vocation libre, de la part d'un peuple à qui la Providence a donné de vaincre, et qui a ressaisi le droit de disposer de la couronne le jour ou on Fa mis en position de Fêter.
Quelques voix ont contesté nos pouvoirs comme représentants de la France et comme organes légitimes du vœu ; national; et les ennemis de toute liberté se sont bien vite accordés avec les puritains du libéralisme , pour en appeler au suffrage universel t qui eût offert un excellent moyen de tout compromettre en tout ajournant. Mais vos dé¬
putés ont mesuré 1-étendue du danger : nous avons considéré que notre mandat n'était pas limité, comme autrefois, par des instructions écrites dont il était défendu de s'écarter ; et il nous a paru que le serment fait par chacun de nous de se conduire en tout comme im bon et loyal député t comportait le droit et imposait le devoir d'accomplir, à l’instant même, tout ce que F intérêt de la France exîgeEiît dans les circonstances d'urgence au milieu desquelles b nécessité nous avait placés,
La dynastie vaincue avait violé les lois ; notre premier ç soin a été de les rétablir avec les précautions nécessaires s pour les préserver d'un nouveau renversement. En maintenant cette Charte, dont le nom invoqué pendant le com- i
bat l’était encore après la victoire , nous y avons fait de a
suite les changements indiqués par l'opinion publique « éclairée par une expérience de quinze ans, et nous avons j renvoyé a des lois complémentaires les améliorations qui y exigeaient de plus longues méditations. 1
Nous avons ensuite appelé à la tête de nos intérêts poli- e tiques un Prince qui depuis longtemps offrait à la France la triple garantie d'un caractère loyal , d'une bravoure éprouvée, d'un patriotisme reconnu. 11 n'est monté a , sur le trône avec le titre de roi des Français qu'a près avoir accepté nos conditions et juré de les accomplir. Dès ce mo
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A SES ÉLECTEURS, 27
ment nous avons dû croire que désormais la Charte serait me vérité * v
En cet e r tat , messieurs, la France avait assurément le droit de nous désavouer , si elle pensait que nous nous étions mépris sur ses véritables intérêts; mais elle avait également le droit incontestable d’approuver notre conduite et de ratifier nos actes, et toute la France les a en effet approuvés et raLi/iés en reprenant avec nous les couleurs nationales, et en envoyant à .Loués - Philippe ! er , comme roi des Français, des félicitations et des adresses <|ui toutes ont exprimé 1 adhésion (1) la plus complète aux actes législatifs qui ont fondé le royal établissement de la nouvelle dynastie, (Mouvement général d’adhésion.)
En ce qui me louche, messieurs, assuré déjà de votre approbation par le témoignage des députations de vos villes et de vos gardes nationales, et par les acclamations qui m ont accompagné partout où je me suis présenté dans la Nièvre, je le suis surtout en ce moment par cette honorable réélection à laquelle, pour être unanime } il n’a manque que trois voix (2),
Fen ressens une vive reconnaissance : c’esl la plus douce satisfaction qui put entrer dans mon Ame; car, cette fois, messieurs et chers concitoyens, ma réélection n est pas seulement de votre part une nouvelle marque tfe haute con-uaiice, c est aussi (et dans tous vos discours vous avez eu la délicate attention de me le dire), c’est la plus éclatante réparation des indignes attaques dont je me suis vu Fobjet, Oui, messieurs, je le dis dans l’effusion de mon coeur, je remercie les calomniateurs, je remercie les ingrats, puisqu ils m ont valu près de vous une si belle vengeance la seule a vrai dire que j’aie désirée L,. (Vifs applaudissements).
Parla aussi, je le sens, mes engagements, toujours les mêmes, deviennent encore plus étroits. Vous me verrez anime du même patriotisme, tenir la même ligne de conduite combattre toujours pour la même cause, mais aujourd lmi du moins avec plus d’espoir de succès. Vous me verrez unir une modération constante à une fermeté qui, je l aspere, ne se démentira point en présence des difficultés et je préférerai toujours la gloire durable de défendre
(1) Nam quid imerest, siÿfjfaagiQ Populus volumaiem s nam declaie!. m rébus ysig etfiotis ? Loi U2, au Digeste, du LegiOus.
(2) Virnms, 2ÜG, Majorité pour. Dtipfn, 20 ï.
DISCOURS DE M. DUPIN
Vtitat contre les factions, au rôle précaire et odieux d'effrayer mon pays comme chef de parti... (Acclamations et
__ 1 1* - „__ L. T. \ ItminnllV CT 't il PC CflT'UlAdC
mérité.
Messieurs, Dieu m’est témoin que j’aurais voulu rester toute ma vie avocat, avec mes livres, entouré de mes clients, et député au miîieu de mes collègues, qui mont si souvent soutenu de leur approbation et parmi lesquels j’aime à distinguer, en les nommant parmi vous, mesbonorâbles amis, MM. Boigues et Hector d’Aunay, qui dans ces derniers événements ont toujours voté avec moi; mais, de puis longtemps déjà (1), conseiller privé du duc d’Orléans dans les affaires de sa maison , ami sincère et dévoué de sa personne, admirateur de ses vertus civiques et de famille, pouvais-je refusera ce prince généreux, devenu roi des Français et qui se dévouait au salut de la patrie, l'abdication de mon état, quand lui-même abdiquait le bonheur de sa vie privée? (Sensation.) Pou vais-je lui refuser mon entière coopération et mes services personnels, quand il ma fait l’honneur de les réclamer, et de m’associer à son gouvernement? • ' . t „
.Te m’en excuse , messieurs, ou plutôt je m en explique devant vous, car, si j’avais agi par ambition, vous pourriez me reprocher de vous avoir arraché à vos foyers et a vos travaux pour venir ici vaquer à ma réélection dans un intérêt qui ne serait que le mien.
.Te puis, au reste, me rendre ce témoignage, que, dans ces premiers temps si difficiles, si pénibles, mêles de tant d'amertume et qui ont exigé tant de veilles et de travail, je n’ai rien conseillé au roi en particulier que je n’eusse voulu répéter à la tribune et accomplir à la face de la natioa.
Messieurs, je pense qu’un gouvernement fort est nécessaire à la France, en tout temps et surtout dans les circonstances ou nous sommes places. H ne suffit pas d’aimer b bien , il faut le faire; il ne sullit pas de ne plus violer les lois, il faut savoir obliger tout le monde à s y conformer, (Vif mouvement d'adhésion.) Peu importerait la sagesse du conseil, si une exécution ferme et immédiate ne répondait pas à ce qui a été résolu.
(1) c’est en 1817, :i l'occasion de Vaffniir^ du tliéâtre-Français, qjie M. Dupin a vu M. le duc d'Orléans pour la première foi*<
A SES ÉLECTEURS
ef- S'il est dû droit des citoyens de résister à un gouvernent ment tyrannique, leur premier devoir est d’obéir au gouvernes neinênt qui commande au nom dès lois. Une révolte alors
'n ne peut pas s'excuser en disant que c'est un mal-entendu;
■nt c’éstun crime, et le plus grand de tous, car il met perpé¬
tuellement la société en péril et l’État sur ïe penchant de ter sa ru in e * (Mo u ve m ent gén éral d'app rob ati on.}
ics Messieurs, la session qui va s’ouvrir sera féconde en tra- : si vaux législatifs. Je ne parle pas de ces utopies philosdphi-
els qaes dont l’école aime à se repaître, louables dans leur
io- principe, mais souvent impraticables dans l’exécution et dont l'expérience ne peut s'accommoder qu'en temps et io lieu, et toujours avec précaution. Mais je parle de nos
ms grandes lois, de nos lois constitutionnelles, de celles qui
sa doivent enfin fixer parmi nous V ordre public et la liber lé : —
le. De cette loi des communes, loi éminemment populaire,
les que j’ai toujours placée dans mou opinion à la tête de ton-
sa- tes les autres, comme base fondamentale de tout ordre eide vil et politique; —la loi sur la garde nationale, comme
garantie de sûreté au dedans et de défense au dehors; — ait la loi sur l'instruction publique, afin de rendre de plus en
er- plus générales ces connaissances et ces lumières qui, en
éclairant un plus grand nombre d’esprits, préparent et [ur rendent plus faciles les améliorations progressives que nous i® ne cesserons jamais de désirer à mesure quelles sa roui pratica w* blés: — enfin le budget avec toutes les réductions dont il té* sera sucepiible, pour établir une balance indispensable entre les charges publiques accrues par des exigences et des ms réclamations de toute nature, et les impôts attaqués avec ait plus de hardiesse que de réflexion et de discernement.... je L'administration est rendue difficile par la malveillance sse des uns, F ambition déçue de quelques autres, les embarras îh du commerce, et le malaise général qu'entraîne toujours es* avec soi la chute d'un gouvernement, qui ne tombe ordion- nairement que parce que tout se trouvait déjà compromis ' quand il vient à tomber,
1rs Mais ces difficultés mêmes seront aisément su rmontées par
rr- Ee bon esprit dont le pays est animé. C’est à l’opinion pudu blique a se révéler au gouvernement qui l'interroge, à se toit révéler par les élections et par les plus sages organes de la presse; c’est k elle à nous avertir si nous faisons fausse route* Mais aussi c'est à vous, c'est à tous les bons citoyens, que c’est aux gardes nationales du royaume, à l’imitation de la brave garde nationale de Paris, à défendre le roi, son gem-
DT SCO U IIS DE M. DUPIN
veine ment et les chambres, contre d'injustes agressions; c'est à vous à vous prononcer avec énergie pour Tordre jouî/h'c toutes les fois qu'il vous apparaîtra que l’esprit de faction et d’anarchie entreprend de le troubler.
Forts de votre adhésion, nous surmonterons tous les obstacles, nous braverons tous les dangers, et vous verrez, comme le roi vous Ta promis, « la France nationalement » gouvernée au dedans, et nationalement respectée au » dehors. »
(L’assemblée a voté par acclamation l’impression du discours* )
Discours de M* Dupin après sa réélection par le collège électoral de l'arrondissement de Çlamecy f le 6 j'uiifcl 1851,
Sub kgi? liberia s,
Messieurs et chers compatriotes, c’est pour la cinquième fois que j’ai l'honneur d’être élu députe de la Nièvre. Et cette fois-ci, j'ose le dire, l'honneur est encore plus grand, puisque mon élection a été plus vivement contestée,
St je n’avais voulu qu'un succès facile, U m’était offert par mes amis de Cosne et de Chàteau-Ghinon qui m oLivraient leurs rangs avec empressement, au moment môme ou d’autres leur affirmaient que je trouverais moins de partisans parmi vous.
Je n'ignorais pas les menées de mes adversaires; les démarches publiques et les intrigues cachées; les écrits, les pamphlets, les biographies et les déclamations colportes contre moi jusque dans les moindres villages..* Mais précisément parce que je savais qu’il y aurait lutte, et Lutte < obstinée, organisée sur place et préparée eh dehors du 1 collège électoral, je n’ai pas dii céder ; et, sans user de j représailles envers mes détracteurs, en employant à leur s égard des moyens que réprouvait ma délicatesse, et que la < votre a sans doute condamnés, je suis resté ferme sur ma 1 terre natale, attendant en silence le jour du jugement.
Ma conscience me disait hautement que j’avais fait mon de- « voir; elle me disait aussi que vous sauriez résister à de < mauvaises suggestions; que s’il y a de faux amis, il y a aussi < des amis sincères; que s’il y a des hommes faibles ou in- * justes, il y a aussi des hommes fermes et équitables; et i qn'afnsi justice me serait rendue.
A SES ÉLECTEURS, 31
ms ; i tess i eues , je n'ai j a ni a i s fa i t a u eu ne il tel a rn t ion de p ri n rdre ripes avant les élections : ces rédactions si faciles et si sou-
; de vent trompeuses m'ont toujours répugné. Spontanée de ma part, cette espèce de brigue aurait à mes yeux diminué le les mérite de F élection. Imposée par d'autres, cette exigence rez, de leur part eût été, en y cédant, une dépréciation de mon ient caractère; j’y aurais vu une défiance injurieuse; je me seau rais cru traité comme ces débiteurs équivoques avec lesquels on prend des sûretés; et, dans mon opinion, m du candidat servile ne sera jamais un député indépendant.
Mais, après chaque élection, je n’ai jamais balancé à rendre compte de ma conduite politique et à me montrer tel que je suis.
oral Je n’ai pas besoin de remonter au delà du mois d’octobre dernier, puisqu’à cette époque deux arrondissements réunis, consultés sur ma réélection à la suite des fonctions publiques qui m'avaient été imposées, m’ont réélu à lu presque unanîmiLé.
ème ba session de 1850, un moment interrompue, ayant été . Et reprise, on a porté [plusieurs lois dont les principales
and, sont : la loi qui rend aux communes le choix de leurs offi¬
ciers municipaux, loi que j avais depuis longtemps sollicifferi fée; — la loi sur l’organisation des gardes nationales, cet 'ou- élément si puissant d’ordre public et de liberté ; — enfin la éme loi des élections, qui a doublé le nombre des citoyens ap- \ de pelés à choisir les députés.
Il a fallu faire toutes ces lois et beaucoup d’autres encore dé* en présence des factions qui s’agitaient dans tous les sens,
, hs qui prenaient habilement tous les masques, et qui, soit
irtés dans leurs doctrines, soit dans leurs manifestations tumul-
'éci- tueuses, offraient souvent la réunion des opinions les plus
lutte opposées; réunion bizarre 1 mais facile à expliquer par
5 du le désir commun qui les animait, de renverser d’abord te
r de gouvernement à peine établi, sauf à se débattre bien tût au
leur sein d’une longue et sanglante anarchie, et sur les débris
le la de tous les intérêts compromis, pour savoir ce qu’on vou-
1 ma Lirait mettre à la place.
lent. C’est au milieu des inquiétudes causées par les clubs, des i ik- agitations excitées par les émeutes, des cris de guerre et
de de soulèvement poussés par la propagande, et enfin des aussi difficultés suscitées par les associations politiques formées lu- tin dehors du gouvernement, que vous avez pu apprécier la i; et conduite de votre député,
J ai combattu les clubs comme destinés à entretenir par-
32 DISCOURS DE M. DUPIN
tout des foyers de discorde et de délation, et à contrarier J’enl sans cesse l'action légitime des autorités constituées, n a i
J’ai vu dans les émeutes qui souillaient le pavé de Paris, «ire outre un grand désordre public, un malheur spécial pour J; les deux principales branches de commerce de^ notre dé- quoi parlement, les bois et les bestiaux : car il est évident que prix J a consommation de la capitale a du beaucoup diminuer juge par la retraite des étrangers et d'une foule de riches pro- que prîétaires oui, cessant de trouver dans Taris un séjour de lai 1 paix et de plaisir » ont été chercher dans leurs terres mie intéi tranquillité dont celte ville troublée ne les faisait plus jouir, veril J’eusse été partisan d ? une guerre immédiate, si notre àêm honneur ou notre intérêt m eussent paru l exiger, et ] au- ram rais voulu qn 7 alors elle se fit avec toute l'énergie dont la auss nation a donné tant de preuves dans toutes les grandes FJ occasions, One guerre pour la défense de notre territoire vuo ou de nos institutions menacés eût été pour nous la guem les 1 sacrée ! et certainement nous eussions été vainqueurs I Mais une guerre d'agression 1 mie guerre subite avec des quai peuples qui voulaient rester en paix avec nous \ une guerre quai universelle et d’extermination avec toute 1 Europe , qui eut Ai amené la ruine immédiate de notre commerce maritime, Fus l'incendie de nos ports, des réquisitions de toute naturel mai qui eussent pesé principalement sur les laboureurs et les ne v marchands ; une guerre qui, par sa soudaineté même, eut posi compromis le sort de nos soldats en Grèce et en Afrique, auje et exposé nos armées, d’abord conquérantes > à être bien- dm tôt ramenées surle Rhin par des forces quadruples î jel avoue, aroii
malgré ma vive sympathie pour les peuples généreux qui Sn < courent aux armes pour la liberté, je me suis ecrie avec le d eti poëte national que j T ai deux fois défendu : Mon pays :, mu» que pays avant tout; et j'ai dit, non pas la paix à tout prix (c est nées là 'une calomnie de l'esprit de parti, répétée cent fois, quoi- poui que cent fois réfutée); mais j’ai dit : point de guerre qui ne defe soit juste et nécessaire . t
Par cette raison , j'ai blâmé certaines associations poliü- Uc unes qui poussaient plus spécialement à la guerre, parce ginit que , tout en rendant justice aux intentions patriotiques ée rois , la plupart de ceux qui s’y laissaient entraîner, j’y ai vu tin tl a danger imminent par la facilité qu’auraient les instigateurs nos d'abuser des forces de ces associations pour substituer leur iüin< action violente et désordonnée, à T action régulière et le- m gale du gauvernemeut constitutionnel,
C’est alors que les clameurs ont redoublé contre moi. m
A SES ÉLECTEURS
ier J’entends 1rs clameurs tle resprit de parti ; car la France n’a pas tarde à ouvrir les yeux , et à voir que si j’ai crié gui s, mü@, c'est qu’il y avait réellement du danger,
ur J’y ai perdu ma popularité, soit : je Fat compromise,
é- quoique je rx’aie jamais cessé d'y attacher le plus grand m pris! Mais, par l .énormité même de ce sacrifice, on peut
ter juger de l'effort qu’il a dû me coûter; et Ton doit penser
'o- que si je l’ai fait, c’a été par conviction et par devoir. Je de l'ai fait dans ce que j’ai considéré comme Te plus grand ne intérêt du peuple français, de qui vient apparemment la ,ii\ véritable popularité : certain que si la calomnie cherchait à tre dénaturer mes intentions, la réflexion et la force des choses iu- ramèneraient des esprits faciles à égarer, mais susceptibles la aussi d'être désabusés.
les Eh’ comment ne le seraient-ils pas dans le pays qui m’a ire vu naître , et auquel je n’ai pas cessé d’appartenir par tous m les liens de la famille, du domicile et de la propriété?
Sans doute, nul ri est prophète sur son lieu; mais c'est des quand on veut se faire passer pour prophète, et non pas rre quand on veut seulement se présenter tel qu'on est. eût Ai-je donc jamais cherché à en imposer sur mon origine? ae, Fils d'avocat, avocat moi-même, si je me suis élevé dans re, ma profession, c’est par le travail, un travail plus dur que les ne voudraient le supporter ceux qui sont envieux de ma eût position, et qui n'auraient pas eu le courage de se la faire :
uc, aujourd'hui procureur général, mais apres avoir été élu-
en- «liant, clerc d’avoué, avocat stagiaire, c’est-à-dire après tte, avoir passé successivement par tous les degrés de ma milice, qui Si jetais parti d'ici simple soldat, qui oserait me reprocher 3 le délre revenu avec des epaülettes de général 1 Eh bien 1 chamrc que carrière a son bâton de maréchal; je compte trente an- 'est nées de service actif, et, dans ce nombre, il y en a qui loi- pourraient me compter double, ne fut-ce que celles où j’ai m défendu tan t d’ingrats !...
On me représentait à Paris comme ennemi des ouvriers! iti- ftc’est par mes soins que, sous vos yeux, et sous un rém gîrçie où l’on n’élevait guère de statues qu’aux saints et aux i de rois, je suis parvenu à faire ériger un monument de marbre un et d’airain à un simple flotteur , Jean Rülvet, inventeur de airs nos flottages, avec cette devise destinée à l'instruction des eiir fainéants : Honneur au travail et à l'industriel lé- Mes détracteurs ignoraient donc qu'au milieu de nos campagnes, toutes les fois que j’ai pu m'y retirer, il n'est iûi! pas un laboureur qui n'ait trouvé chez moi bon accueil.
:î4 DISÇOUM DE M, DUPLN
conseil et appui? Essayeront-ils aussi de leur persuader que ( | e y votre députe est un homme féodal? Ignorent-ils qu’à cütë nia [, de heaucoup de simplicité dans les mœurs, nos petits pro* j e p prïélaires ont aussi heaucoup de droiture et beaucoup de J| e ,, bon sens, et qu'ils ne croient pas si légèrement de pareilles » ar absurdités? * [^é
C'est avec aussi peu de bonne foi qu’ou me représentait nien comme ennemi de la jeunesse de nos écoles; moi qui T tant \ Q que l’âge me Ta permis, me glorifiais d’être sorti de ses f on d rangs 1 qui lui ai consacré la plupart de mes ouvrages ! mai le précepteur et f anai de tous les étudiants en droit que j’ai a co connus, le patron des jeunes avocats, comme bâtonnier de Tordre ; les excitant sans cesse au travail, en leur recem- ^ e mandant de chercher leur avancement dans T émulation qui w élève Tâme et lui inspire les plus nobles elïbrts, et non dans j^ t0 une basse envie qui cherche à tout ravaler à son triste ni* j\ veau; moi, enfin, qui, dans mes plaidoyers, ai toujours ^ ^ cherché à inspirer au barreau ce mouvement généreux, cet seu j, élan patriotique cpie ne démentiront jamais les réquisitoires arr jj du procureur général, parc
Enfin, à entendre mes antagonistes, j 5 avais changé de f 0U g bannière, et j'étais aujourd’hui devenu l'ennemi de cette p ( même liberté dont on m'avait vu naguère Tun des plus in- iii re trépides défenseurs ! — Messieurs, beaucoup de gens qui p ai q n’ont pas défendu la liberté quand elle était en détresse^ cu |[t se disent à présent ses plus chauds partisans ; cela fl’ip titre pelle venir au secours du vainqueur ; mais quand mes ad- g e ' nt versaires eux-mêmes ne peuvent pas nier que pendant a êu 15 ans j'ai défendu toutes nos libertés à mesure quelles j a ^ s imploraient mon secours devant les cours d’assises et dans s [ ej]] les prisons, à quel homme de bonne foi fera-t-on croire dire que j’ai cessé de lui rester Adèle, au moment même où elle j aî]î est devenue triomphante? a atl
Ah \ je dois le dire dans ce jour qui m’est donné pour gr an confondre îa malice de mes ennemis , quand la révolution actes de 1850 s'est accomplie, si j'avais été un égoïste, un am* qtie bilieux uniquement désireux d accroître mes avantages par- qui i ticuliers, peu de gens étaient en meilleure position que fesp moi l Homme de la liberté par 15 ans de combats, homme et cf du roi par 12 ans de services privés, pendant lesquels il p ren avait pu apprécier mon caractère, je pouvais vivre sur k mité passé.,. Il m'eût suffi de laisser faire et de ne pas contre- p™ dire!.,. Je pouvais plus encore : fort de mes antécédent^ posé nommé ministre de la justice par la commission de Vhêtel jneni
A SES ÉLECTEURS. 35
de ville, qui nie rendit pleine justice dans la grande semaine, lorsqu'on était encore sous le coup des événements, je pouvais accepter, et me jeter hardiment, dans ce qu'on a depuis appelé le mouvement! J’aurais été dès lors l’homme par excellence, une espèce de héros! Maïs, du train accéléré qu’on voulait imprimer a nos affaires, où nous eut-on menés 1.* Mon patriotisme m'a dit alors qui/ ne fallait pas « laisser entraîner par un torrent qui menaçait de tout confondre et de tout engloutir; qu’il fallait résister dans l’intérêt surtout de cette liberté si chèrement acquise et sî difficile à conserver ; car elle n’a pas seulement à redouter les attaques de scs ennemis naturels, mais aussi et principalement les emportements de ses amis les plus exaltés et les caresses hypocrites des faux amis qui ne l’embrassent que pour l'étouffer.
Faites-y bien attention : je n’ai pas cessé un seul instant de marcher d’un pas ferme dans la voie des améliorations; seulement, j'ai refusé de courir ; et si j’ai paru rester en arrière, ce n’est pas que j’eusse rétrogradé, mais c’est parce que d'autres se sont précipités en avant avec une fougue que je ne voulais point imiter.
Personne, dans la dernière chambre, n'a revendiqué le Ülre île sauveur! c’est la une de ces expressions que les partie prêtent à leurs adversaires pour essayer de les ridiculiser. Non, personne en particulier n'a pris ni mérité le litre de sauveur ; et je répéterai volontiers avec un illustre general., que ce gui a été de mieux fait dans cette révolution a été fait par tous . Mais par conséquent, aussi chacun, eu laissant aux autres leur part, a bien le droit de réclamer la sienne. Or, la chambre qui vient de finir était, je dois le aire, animée d’un véritable patriotisme. Plus elle honorait dans son principe la glorieuse révolution de 1&50, plus elle a attaché de prix à conserver à ses suites le caractère de grandeur, de générosité, de justice, qui avait présidé aux actes éclatants des trois immortelles journées S Elle a pensé c’était une révolution au profit des lois et de la liberté, qui ne devait pas être souillée dans ses conséquences par I esprit de désordre et d’anarchie. Elle n’a pas prétendu, H certes je n ai pas pensé, que ce grand événement irait prendre place dans nos fastes ni comme une quasi-légitime ni comme une quasi-restauration. Rapporteur de la proposition faite par mon honorable ami M, Bërard, j’ai pose, en termes de confraÊ synallagmatique, les engagements réciproques du prince envers la nation , et j’ai con-
3G DISCOURS DE AL DUPIN
siale, au profit du peuple français, l'initiative dont il roi s 1 était ressaisi dans cette grande circonstance* J ai opine «lii pour que Louis-Philippe s'intitulât Louis-Philippe / er , et de non pas Philippe VU, comme le désiraient d’autres conseil- éü lers qui, toutefois, ont conservé plus de popularité que qu moi î... C’est à cette occasion que j’ai dit au duc d’Orléans: po « On ne vous choisit pas parce que vous êtes Bourbon, niais tci U quoique vous soyez Bourbon; et à la charge, non pas de et » ressembler à vos aînés, mais d’en différer essentielle- riè » ment*» —J’ai dit à la Chambre, à la séance du 50 seplenp » < bre, «que notre révolution avait pour objet d’accomplir »| » 80 avec franchise, et non de recommencer 1814 avec ses » pas rétrogrades et ses déceptions, a Je me suis rangé der- » ] rière cette maxime, que ta Charte désormais serait une vérité,
Mais en France il y a des gens qui n’ont pas de patience! qu on voudrait que tout se fit à la fois! La Chambre a hiil rei dans une seule session cinquante-deux lots, au milieu tk> plus grandes difficultés, et il semble qu’elle n’ait rien fait! ;rc Quelques lois restent encore à faire pour compléter les fa promesses de J a Charte : la loi sur la constitution de la deuxième chambre législative; la loi sur la liberté de feu- pi; seignement; la loi sur les attributions des conseils muni- pa ci pan x et départementaux, et la loi sur la responsabilité ri des ministres, qui, dans sa juste sévérité, doit servir de sanction à toutes les autres : — toutes ces lois, je n’en doute p/ pas, seront conformes au sentiment national de la révolution de 1830, et au voeu public régulièrement exprimé par la voix de vos représentants; car votre intention n ’est pas, sans doute, que ces graves questions se résolvent par les émeutes et sous les vociférations des factieux.
Notre révolution, gardons-nous de l’oublier, est une révolution de progrès et de civilisation ■ eMe ria pas eu pour rot but de livrer les personnes , les propriété® et les lois à la discrétion d’une force matérielle et brutale, qui voudrait dispo* ser de tout comme d’un butin conquis sur l’étranger! V' 1 Quant à votre député, messieurs, vous le retrouverez toujours le même ; heureux d’être populaire dans les occa- ser sions où il lui sera donné de l’être sans danger pour le a P] pays; mais trop bon citoyen pour sacrifier jamais la vérité P a la passion, et assez courageux pour résister, quand il le P° ! faudra, dans F intérêt sagement entendu de notre liberté, v &i a tout ce qui pourrait la compromettre et la faire péricliter. Po> L’intérêt, dit-on > est la mesure des actions, et plusieurs — se demandent sans doute quel peut être le mobile de jm (
À SES ÉLECTEURS
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unililite r de □ute olu- ! par pas ?
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conduite? — Messieurs, il ne m'en coûte rien de vous le dire. Ab! sans doute, j'ai une ambition : ce n’est point celle de la fortune. Si tel eût été mon but J’aurais gardé mon état au point où mes travaux l’avaient élevé. Mais en le quittant, au très-grand préjudice de mes intérêts privés, pour me vouer tout entier aux affaires publiques, fai retenu le même esprit qui avait guidé mes premiers efforts > et qui m’avait soutenu dans ma laborieuse et pénible carrière : «S'épargner aucune veille pour devenir capable; » devenir capable pour être utile ù mon pays; et obtenir b pour prix de mes services F amitié de mes concitoyens, » festime publique, et, s’il se peut, les suffrages de la » postérité \ »
Messieurs, je tâcherai de vous faire honneur; et j’espère que la France ne reprochera point a la Nièvre de lui avoir renvoyé le même député.
Sou le riez-moi de vos efforts : défendons d’un commun accord le roi et la Constitution, Vive Louis-PhilippeJ vive la libertêl 11
Ce discours a été souvent interrompu par de vifs applaudissements , et l’assemblée en a ordonné f impression par acclamation et aux cris répétés de Vive Louis-Philippe! vive la liberté!
Discours prononcé par M, Philippe Dupin, ancien député de la Nièvre , préstdent du collège électoral de V arrondissede Clamecy, après la proclamation de son frère ,, 7 * Dupin afnè , comme député 7 dans Vassemblée du collèae k ffi juin 4334(1). J
Messieurs et chers compatriotes, nos opérations sont terminées.
Votre bienveillante confiance a fait sortir de l’urne électorale un nom autour duquel vos suffrages se sont ralliés plus d une fois.
Si la solidarité de famille ne m’imposait une discrète réserve si ] appartenais de moins près à celui que votre choix appelle à l’honneur de vous représenter 7 je pourrais vous parler des services qu’îl a rendus an pays et à la liberté: je pourrais vous entretenir d’une vie remplie par tant de travaux divers, presque tous dirigés vers Futilité publique; je pourrais enfin rappeler et ces luttes du barreau qui ne fii-
dj A cette époque M. Dupin aine clait en Angleterre,
as
DISCOURS m M. DUPIN
rent point sans délit; et ces combats de la tribune qui ^ n'ont été ni sans péril ni sans gloire,
Mais je laisse à d’autres le soin de louer ou la vie ou les ?em talents Vie celui que vous investissez de nouveau d'un pâ- Jimi , trio tique mandat- ( \] v {
IL ne ^appartient, à moi, de vous parler que de ses iu- | ]au1 tentions et de ses vœux* L jj, e
Ami de la liberté, que sa voix défendit aux mauvais jours ^ et ne déserta pas aux jours du triomphe, notre député a w, toujours compris que la vraie liberté ne peut exister que m L sous la tutelle des lois. Hors de là, il ne peut y avoir que g confusion, désordre et tyrannie, soit que la tyrannj c vieimc ^ d’en haut, soit qu’elle parte d en bas. Aussi, sous l’Empire, g ea j sous la Restauration, et depuis notre régénération de 18$), '
la liberté par les lois fut sa devise fl}* p
Quand le peuple, armé pour la vengeance de ses lois ou- ^nt basées et de ses libertés détruites , eut renversé un trône ^ souillé par le parjure, le député de la Nièvre fut un de '* ceux qui, dans l’intérêt même de la liberté, travaillèrent ( | r|RI avec le plus d’ardeur à la rééducation de nos institutions m ébranlées. Il lutta de tout son pouvoir pour empêcher que j ;( j{ les passions déchaînées ne prissent la place du droit, et ^ que ia violence n’usurpât, sous couleur de patriotisme et jj 1 de zèle, la puissance des lois- La modération avait fait h „ m gloire de la révolution de juillet ; c’est le plus noble attri J on but de la justice, et, par conséquent, celui de la liberté; Je car la liberté bien entendue n’est que la justice étendant ^ sa puissante égide sur tous, vainqueurs et vaincus*
Depuis lors, vous Pavez vu tour à tour braver les attraits } . décevants d’une popularité qu’il lui eût été facile de cou- j,™ quérir, ou résister aux séductions entraînantes du pouvoir; L “ qui, plus d’une fois, est verni s’offrir à lui (pouvant sc | a jj| tromper, sans doute, puisqu’il est homme), mais agis- u sânt toujours dans V ordre de ses convictions, parce qu’il ^, porte une conscience droite; et ne voyant que 1 intérêt dit pays, parce qu’il sent les battements généreux d’un cœur ^ de bon citoyen. Qem
Lui aussi, messieurs, veut le bonheur du peuple, m ^ |
rangs duquel il est venu; mais il croit que les amis du Æ
peuple, comme les amis des rois, sont ceux qui le servent ^ et lui disent la vérité , non ceux qui le flattent et le trompent* ^
soins
(1) Stfii L'$e UbcrlfJEj devise ae M. Biipm triagisitàL
A SES ÉLECTEURS
qui
Lui aussi veut que le flambeau de F éducation répande partout sa lumière et scs bienfaits- lui aussi veut que le travail soit honoré, encouragé, soutenu; car il n’est devenu ce qu’il est que par le travail. Loin d’en rougir, il s’en honore ; et s il a désiré que le bronze présentât aux regards île cel le cité une image honorée , ce n’est point dans les hauts rangs d'une inutile grandeur qu’il est allé la prendre; c'est dans une condition plus modeste qu'il a été chercher un ouvrier utile, pour l'élever sur un piédestal et le présenter à la reconnaissance publique, comme un hommage au travail et à Findustrîe(l).
Lui aussi veut le progrès des lumières ; car c’est le progrès de la raison, de la justice, de la liberté; c'est le tombe au de la discorde, de F anarchie et des mauvaises passions.
Knfin, messieurs, lut aussi, quoiqu’il en parle moins que tant d’autres, veut les conséquences de la révolution de juillet : non ces conséquences violentes que la passion voudrait lui faire produire, qui jetteraient la perturbation dans la société et qui mettraient la civilisation elle-même en péril ; mais ees conséquences que la raison avoue , que In justice proclame, que l’intérêt public appelle, et que le temps doit consacrer par sa puissante sanction.
Il noublie pas, surtout, qu’au nombre de ces conséquences est la consolida lion de la monarchie constitutionnelle.
Je pourrais, je crois, résumer ses vœux pour la prospérité de la France, si je vous disais :
« Ce que votre député désire pour notre belle patrie :
» C’est la franchise, la vigueur et la dignité dans nos rapports avec F étranger ;
C'est, à l’intérieur, Fhcureusc alliance de l’ordre et de la liberté ;
» La diminution des impôts, et non la désorganisa lion des services publics ;
» La réduction des charges de FElat à ce qu’exigent strictement le maintien des pouvoirs sociaux et le gouvernement d’un grand peuple ;
» Le clergé honoré, mais contenu dans le sanctuaire;
» L’ordre dans les finances et la probité dans l'administration ;
(t) Busic de Jem liaoVct, inventeur du flottage, élevé, par lc$ Joîna lit; M, Dupin, aîné, sur le pont de lh'ihliUicm, à ELimc^y.
DISCOURS DE M. DUHN
j> La protection du commerce nation al combinée avec les intérêts agricoles du pays;
» La vérité dans le gouvernement représentatif;
)i La justice partout. »
Ces vœux peuvent encore susciter contre lui plus d'un mauvais vouloir; mais les torts des hommes ne lui feront jamais perdre de vue T intérêt du pays.
Sans doute, messieurs, ce sont ces sentiments qui lui otit valu votre adhésion et vos suffrages : ce sont là ses titres à votre confiance.
Déjà, par deux fois, vous avez vu votre choix sanctionné
E ar les élus de la France , qui ont appelé votre député aui onneurs d’une présidence qui ne sera point sans quelque éclat dans nos fastes parlementaires ; et l’accueil qu’il reçoit sur la terre étrangère (1) est peut-être encore de nature à vous prouver que votre mandataire n’est point resté au-dessous de vos espérances.
Mais, au milieu de ces succès et de ees ovations , je puis vous F affirmer, messieurs, il aime à ramener sa pensée sur ces rives, à vous associer aux honneurs qu’il reçoit, à vous en reporter une partie, et à se dire : « Mes compatriotes n'auront point à rougir de moi, »
Ce sera surtout pour lui un amer chagrin de ne pouvoir en ce jour assister à votre réunion, et recevoir lui-même la nouvelle palme que vous venez de lui décerner. J’en suis certain, il hâte de tous ses vœux le jour où il pourra revenir parmi vous, tel que vous le connaissez, simple, franc, accessible à tous, heureux d'être au milieu de ses amis, à ses concitoyens , et près de son vénérable père, loin des honneurs, mais loin aussi des passions et des orages de la politique.
Je m'arrête, messieurs. En vous offrant ses remerclments et les miens, permette z-moi de résumer les sentiments de votre députe, et sans doute aussi les vôtres, par ce cri qui doit rallier les bons citoyens autour du trèfle populaire de juillet : Vive la France ! Vive le roi!
Discours de il/. Dupin après son élection par le collège êkfr toral de Clamecy , — le 5 novembre 1837.
Messieurs et chers compatriotes, votre confiance a toujours eu pour moi ce caractère de délicatesse, que, sans
(1) Accueilli par le roi d/Ànrtlcu?rre, ses Ministres, le Barreau,
À SES ÉLECTEURS
m’imposer jamais aucune gène préalable, ni surtout aucun (le ces mandats impératifs qui sont aussi contraires i\ la dignité qu J à la liberté du député, vous m'avez laissé seulement le charme de la reconnaissance* La mienne est d’au- (Tmi tant plus vive, messieurs, et il me tarde d T au tant plus de eronî vous T exprimer, que, lors des élections de 1854, j'étais absent : c'est en Angleterre que j'ai reçu T annonce de mon iiom élection, et que j’ai lu les paroles de remercîment que Fun rFeS a de mes frères, affectueux et sincère organe de mes sentiments , vous a adressées en mon nom.
onaé Depuis ma dernière allocution devant ce collège électoral (15juillet 1851), de graves événements se sont succédé : la elque révolution de juillet a traversé des jours douloureux; mais ■ecoit m nc peut nier que notre situation ne se soit singulièreure à aient affermie et améliorée.
H l es , Toutes les fois que le gouvernement a été attaqué dans son essence, entravé dans sa marche, contrarié dans les i p U i s mesures jugées nécessaires, le devoir de tout bon et loyal lesiiP député, sincèrement attaché au roi et au pays, a été de vo us soutenir le pouvoir et d'assurer avant tout le triomphe de r j 0 tft l’ordre sur l'anarchie.
Mais chaque fois aussi que la mesure de la résistance a uvoïr paru comblée, et lorsqu’on a vu succéder aux répressions me h contre les anarchistes des tendances qui menaçaient de i suis réagir contre la révolution elle-même, il a fallu, avec la * a TC . même fermeté, venir au secours de celle-ci, et maintenir Tant, 1 équilibre*
i s? [) c Tel était le langage de l'adresse de la Chambre de 1854, n votée à une si grande majorité', lorsqu'elle conseillait nette-
de la ment aux ministres de se tenir aussi éloignés des utopies de la république, que des retours vers l’ancien régime et lerci- des doctrines évasives de la Restauration, senti- Fai voté contre l’ordre du jour motivé parce qu’il m'est , par apparu comme une déviation des principes clairement potrdtie ses par cette adresse, et qu'il s’agissait de les remplacer parles mots abstraits de système ou de politique , expressions les plus élastiques que je connaisse , et les plus susj, ccptibles d'arrière-pensées et d'abusives interprétations*
Plusieurs lois répressives ont été successivement proposées pour atteindre plus eflicacement des crimes et des attou- tentais que la législation antérieure laissait a découvert : je sans m*y suis associé , à l’exception , toutefois , de quelques dis-
- posi li o n s qu i s eml > l aie n t de n atu re à a! tércr Tin s tî tu ti o n ch i
[U jury, et d’un article qui me paraissait étendre outre me-
42 DISCOURS DE M, DUPIN
sure, on matière de délit» de la presse, la juridiction extra- r; ordinaire de la Cour des Pairs. Par ce motif, j'ai cru devoir g contredire. Par la même raison , j’aurais voulu empêcher ci qu'un député, dont les opinions, du reste, sont radicale- A3 ment en opposition aven les miennes (4 ), fût déféré à la pairie pour être jugé par elle. Je voyais là une atteinte aux f prérogative» de la Chambre des Députés; plus qu’un antre n je devais m'en montrer jaloux : c'était marquer ma recon- si naissance des bontés de la Chambre, puisqu’elle m’avait appelé a l'éminent honneur de la présiner. c
C’est dans le même esprit que j'ai maintenu le droit du v président de parler au roi librement, en toute conscience « et vérité, sans contrôle préalable de commissaire# ou de » censeurs, et sous ma seule responsabilité.
Mais je n'ai pas cm devoir profiter de celle situation pour n me tenir, comme je l'aurais pu avec égoïsme, en dehors n des discussions parlementaires les plus critiques et les plus s
épineuses; et au risque pour moi de déplaire a ceux que P
mon intérêt personnel eût été de ménager, je n’ai point hésité, toutes les fois que les circonstances m’ont paru il l’exiger, à quitter le fauteuil du président pour accomplir a le devoir du député. Cette qualité, messieurs, je la tenais de vous : à mes yeux, elle était la première et la source de é toutes les autres : je n’avais garde de laisser prescrire le 6. droit qui y est attaché; l'exercer était un hommage que <] je devais a vos suffrages. f
J'ai usé de ce droit lorsque au commencement de la lier- si ni ère session le ministère, influencé par les déplorables circonstances du moment, crut devoir en profiter pour ap- e porter à la Chambre une can&ieilata'orc de lois répressives qui, à mon sens, renversaient les premiers principes de la d législation criminelle.
Je suis monté à la tribune ; et, au-risque d'entendre pro- K voquer ma destitution comme magistrat; heureux toute- j 1 fois, à ce titre, de prouver que les fonctions rétribuées h n’ôtent pas l'indépendance et le sentiment du devoir, je d me suis élevé avec énergie contre la foi de disjonction , h d jugeant incompatible avec la recherche exacte et complète e de la vérité en matière criminelle. J’ai tenu à honneur de l'attaquer le premier, et je me suis félicité de son rejet. P
J^e même sort attendait la loi de non-rêüêialion, si immo- I 1
(1) M. Àudrv Uuyraveau.
X SES ÉLECTEURS
raie en soi, et si peu productive, hélas! loi abrogée, naguère , par de si nobles motifs, et dont le rétablissement,, cette fois, eut été combattu par la vertueuse éloquence de M, Royer-Collard.
Enfin, il en eût été de même de la loi sur la prison dam l*mü! genre de supplice dont la législation d’aucun peuple n'avait encore offert l'exemple, et qui menaçait de venir souiller la nôtre au \i\ c siècle de Fère chrétienne 1 Délivré de toutes ces lois, un nouveau ministère a mieux compris la situation des choses et des esprits : tant il est vrai « qu'une Chambre fidèle ne sert pas seulement le gou- » vernement par ce qu'elle lui accorde, mais quelquefois » aussi parce qu'elle fait refus ou difficulté de lui accorder {!)* ï> Tant qu'il y avait eu des révoltes à main armée, le premîer besoin avait été de les combaltre et de les vaincre. Ce n'élait point là un système, comme on a voulu rappeler, ni surtout un système permanent et normal ; c’était tout simplement l'instinct social, l'instinct de conservation.
Des crimes, des attentats inouïs avaient été commis; le devoir des pouvoirs publics était d'en poursuivre et d'en assurer la répression.
L’autorité des lois avait été méconnue; la justice avait été bravée jusque dans son sanctuaire ! Eh bien, on ne saurait trop le redire : il fallait que force demeurât à la loi, que force demeurât à la justice; tous les bons citoyens, toutes les puissances de F État, devaient concourir ti ce résultat.
Mais, après ce légitime emploi des forces légales, restait celui de la modération : à la suite de la justice pouvait marcher la démence ; et la ma jesté royale allait en user avec dignité, puisque ce serait désormais avec une entière liberté. L'amnistie, ainsi accordée, ne fut pas seulement un grand acte de bienveillance et d'humanité, elle fut aussi un acte de haute politique, parce qu’elle ne devait pas seulement avoir pour effet d'adoucir les souffrances des condamnés , maïs surtout de rompre entre eux et les hommes du dehors des solidarités que le malheur prolongé de leur situation semblait avoir plutôt resserrées que dissoutes. Depuis ce temps, un horizon plus serein s'est levé sur le pays, Leroi, déjà remis en possession des acclamations populaires auxquelles son cœur français attache tant de
(1) Discours i\n président nu roi du I er niai 1834.
44 DISCOURS DE M* DUrm
prix, et qu'il est si digue d exciter, a reconquis la sécurité.
Presque en même temps, et sous les mêmes auspices, ou a vu se conclure le mariage du prince royal avec une princesse douée des éminentes qualités qu'exigeait sa haute destinée, et radmirable modèle qu'elle allait avoir sous les yeux. n .
Un autre mariage est venu creer une alliance avec une de ces puissances rhénanes dont la vraie politique sera tonjours de rechercher l’appui de la France toutes les fois que la sagesse de son gouvernement ne leur fera pas redouter son ambition,
La paix est assurée avec toute l'Europe; et au loin, par delà les mers, l’honneur de nos armes est glorieusement vengé! Le drapeau tricolore flotte avec orgueil sur les remparts de Constantine, emportée d'assaut ! en nous laissant, toutefois, à déplorer la perte d’un grand nombre d’intrépides guerriers, et, à leur tête, celie du brave général Damrémont, frappé à mort en faee de la brèche, à coté du second fils du roi, exposé au même danger 1 Honneur aces illustres morts 1 La dépouille du général en chef de F armée d’Afrique va reposer dans le temple militaire des Invalides, dans une tombe ombragée par les drapeaux des vaincus, et sa statue ira se joindre à celles des héros dont le musée national et royal de Versailles offre la réunion à toutes h gloires de ïa France!
Au dedans, la liberté est assurée; F abondance règne; F agriculture se perfectionne, trop lentement peut-être, mais avec émulation et persévérance, malgré les routines, sous Fin fluence des sociétés et des comices agricoles; le commerce et la fabrique prennent chaque jour plus de développement; le zèle éclairé des conseils généraux multiplie avec intelligence les voies de communication dans nos départements; des travaux publics de toute nature assurent des salaires à F ouvrier ; l'éducation s’étend; le bien-être se propage au sein des populations : gardons-nous de laisser compromettre une si belle situation !
Sans doute, messieurs, tout n’est point encore achevé ni parfait : des améliorations peuvent être désirées, qu'on les propose et qu'on les discute ; mais que désormais, en France, tout débat, soit renfermé dam le cercle de la constitution , et soutenu par les seuls moyens quelle avoue. Telle sera , je l'espère* la pensée dominante de 3a Chambre que la France élit aujourd’hui en remplacement de eelie dont le mandat vient d'expirer. La majorité, une très-grande majorité, sera
A SES ÉLECTEURS
pour la révolution et la dynastie de 1850, et pour le maintien au vrai de nos institutions constitutionnelles.
Messieurs et chers compatriotes, encore un mot avant de nous séparer. .T’en adjure vos souvenirs et tous les actes de ma vie politique! je puis le dire hautement : je me retrouve en votre présence en 1857 avec les mômes principes et dans la même ligne politique que lors de ma première élection. J’çi vu des coteries et des partis tour à tour s 7 élever t s'abattre ou se transformer ; je les ai vus s'agiter autour de moi; faire effort > tantôt pour m'attirer à eux , tantôt pour m'écarter de ma voie; j-ai été assez heureux pour éviter leurs pièges et pour résister à leurs attaques. Ma politique a été bien simple : dans chaque circonstance critique où je me suis trouve, la main sur le cœur, quels que fussent les hommes que j'avais en tête , je n'ai recherché que Vintérêt général et le bien public , et j'ai méprisé ou bravé les calculs des factions* En tout temps, j’ai voulu un gouvernement sincère, une charte qui lut une vérité ; j’ai désiré des garanties pour la liberté, sans cesser aussi d’en désirer pour le pouvoir dans T intérêt de la liberté elle-même. La fidélité du prince à ses engagements envers le pays m’a toujours paru aussi nécessaire que la fidélité des citoyens envers le prince : le serment est le même pour tous ■ c’est à Dieu qu'on le fait. Je hais l’arbitraire, la corruption et le privilège ; je ne conçois de bon gouvernement qu’aux conditions suivantes : les lois franchement exécutées ; une magistrature honorée et indépendante, la justice obéie ; une armée formidable toujours prête à la guerre, et qui sache également protéger la paix; V équilibre dans les finances ; la probité dans toutes les branches d'administration ; les droits île chacun protégés et respectés. 1789 et 1830 sont les deux époques où ces maximes de notre droit public ont été proclamées avec le plus d'éclat et d'énergie : la grande voix de ces époques héroïques a fait vibrer mon âme ; elle me dit de leur rester fidèle et de persévérer invariablement dans la ligne que je me suis tracée entre les extrêmes. J’en renouvelle l'engagement devant vous. Vive le roi! vive la nation.
Au moment de la coalition, en décembre 1858, M. Dupin crut devoir signaler aux électeurs de Clamecy les manœuvres pratiquées envers lui, dans l'écrit suivant :
« Une partie de la presse s'efforce depuis quelque temps d'exercer une véritable tyrannie sur le député de Larron-
DISCOURS DK M. DUPIN
dissement de Glameey* Comme K ancien président de la Chambre est naturellement, et sans qu’il y ait de son fait , candidat au même Litre pour la session suivante, quelques journaux, et il leur tête le Journal général (organe d’tm parti hostile à M. Dupin), en prennent occasion de l'attaquer avec acrimonie ; ils l'interpellent d une voix impérieuse , et veulent dès à présent F obliger à s'expliquer ouvertement, catégoriquement et par écrit sur plusieurs çiiestftim qui doivent occuper la Chambre à F ouverture de la pro-* chaîne session. — « Êtes-vous pour, ou contre le ministère? » — Que ferez-vous lors de l'adresse# — Si Von propose » tel paragraphe, et puis tel autre, et tel antre encore, u comment voterez-vous? — Êtes-vous, oui ou non, de Fa- » vis de M. Duvergîer de ïlauranne? — Répondez, expll- » quez-vuus ; Vendez-nous réponse ; car, si wus répondez jj selon nos désirs, vous aurez les voix de nos amis ; sinon, » non ! »
Ainsi c'est un marché , un marché électoral, que Ton propose a Fancien président! — À cela M. Dupin a dû s'indigner, « Que chacun, s'est-il écrié, vote comme il lui plaira; j> je ne prétends pas gêner les su 11 rages ; mais, député avant jj tout, j'entends garder ma liberté* Je monterai à la tri- » b une, si bon me semble, quand ü en sera temps ; mais je » ne monterai pas sur des tréteaux 1 » — Il n’aurait pu, en ef fet, tenir un autre langage sans citer d'avance toute influence à ses discours, toute liberté à ses votes, toute dignité à sa conduite parlementaire, et sans démentir celte indépendance envers tous, qui forme le cacliet de son caractère civil et politique.
Déjà, et lorsqu'il n'était que simple avocat, il avait pu, dans le mémorable procès de tendance suscité au Constitutionnel en 1825, et aux risques de choquer toutes les coteries de cette époque, se rendre devant la Cour royale de Paris ce témoignage, qu'il était libre de toute association , seefe, ligue ou parti; et sa plaidoirie reçut de cette déclaration une plus grande autorité*
Plus tard, il puisa dans la franchise de cette situation une nouvelle force, quand, au moment delà révolution de juillet, il eut à combattre, au sein de la Chambre élective, ces mêmes coteries, leurs associations illégales, leurs émeutes, leurs clubs.
Souvent attaqué par les journaux anarchiques de cette époque, parce que, jrnïts en avant des retardataires , il se trouvait alors en arrière des plus pressés , il répondit le 1 sep-
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A SES IXECl'ÉUÛS.
timbre \ 850 à ceux qui lu trouvaient contraire à leurs œuvres dans des termes qui exprimaient tout à la fois sa position et ses principes : « Tel Je a déjà été ma condition à » plusieurs reprises ; servir avec zèle la liberté, et cepen- » liant être calomnié en son nom ! — Pourquoi? — Parée » que, par amour même de la liberté, j'ai voulu rester libre, u et, suivant une expression que j'ai souvent employée, être » indépendant même des indépendants. Non que je prétende » qu'un homme puisse rien seul, et séparé des inujori- » tés ; j'ai toujours cherché et souvent réussi à me lcs'con- » ciller; mais parce que j'estime qu’un homme Subjugué i? par une association , une coterie , un parti quelconque, » qui lui impose un Credo particulier et une conduite de con - . » vmtùm, ne s’appartient plus , et n’est plus au même degré jc Y homme de tous, Y homme du pays. »
Toutes les lois que la lutte s'est renouvelée entre M. Dupin et ceux qui prétendaient l'entraîner, le diriger ou le Waminer, il a résisté, il a tenu le même langage, il y a conforme sa conduite.
Ainsi, lors des élections de 1851, M. Dupin, non pas avant les élections, ni en vue de se concilier des suffrages, mais .après les élections consommées et par conséquent en pleine 'liberté,adressait au college électoral de Clamecy les paroles suivantes : « Messieurs, je n’ai jamais fait une déclaration » de principes avant les élections : ces rédactions si faciles ict si souvent trompeuses m’ont toujours répugné. Spontanée de ma part, cette espèce de brigue aurait à mes yeux » diminué le mérite de l'élection. Imposée par d'autres, exigence de leur part eût été, en y cédant, une
* dépréciation de mon caractère; j'y aurais vu une défiance ü injurie Jje ; je me serais cm traité comme ces débiteurs j>cquivoqV*s avec lesquels on prend des sûretés; et dans n mon opinion, un candidat servile ne sera jamais un député
indépendant. » (Disc, du 6 juillet 1851.)
Le 5 décembre 1857, toujours après sa réélection, il disait à ses électeurs : « Messieurs, votre confiance en moi a
* toujours eu ce caractère de délicatesse, que, sans m'im- » poser jamais aucune gêne préalable, ni surtout aucun de ^ ces mandats impératifs t qui sont aussi contraires à la di -
* pdté qiïâ la liberté du député , vous m’avez laissé seule- » ment le charme de la reconnaissance. ^
Vers la lin du même discours, jetant sur le passé un ftgard qui semblait être en même temps une prévision de i avenir, il ajoutait avec une assurance qui ne craignait
48 DISCOURS DE M. DUPIN
point d'être démentie : « J'en adjure vos souvenirs et tous ij re ( « les actes de ma vie politique! je puis le dire hautement ; ™
» je me retrouve en votre présence en 7 avec les mêmes » principes et dans la même ligne politique que lors de ma P hra » première élection. J’ai vu des coteries et des partis tour à "uai » tour s’élever, s’abattre ou se transformer ; je les ai vus a s’agiter autour de moi, faire effort, tantôt pour m'attirer ^ » à eux, tantôt pour m'écarter de ma voie; j’ai été assez ^ » heureux pour éviter leurs pièges et pour résister a leurs Jl £ n a attaques. Ma politique a été tres-simpLe* Dans chaque cir- » constance critique où je me suis trouvé, la main sur le a cœur, quels que fussent les hommes que j’avais en tête,
» je n'ai recherché que l'intérêt général et ic bien public, Dm » et j'ai méprisé ou bravé les calculs des factions. » [ Disc. t du 5 novembre 4857.) x.
Aujourd'hui précisément une semblable situation se dé- i claré: certains journaux s'agitent autour de lui, et font . , 1 effort pour Facturer à eux et lui tracer une ligne de eon-> duite... Fidèle à son principe, M. Dupin iv obéira point à ™ leurs sommations extva-parlemêntaîres. 11 n’y obéira pas plus qu’il ne Ta fait précédemment; car, depuis 1832, cha- dj n que fois qu’il a été question de le porter à la présidence, “
M. Dupin a gardé vis-à-vis de ses collègues la même atti- ,,, tude et tenu le même langage que vis-à-vis de ses électeurs.
On veut lui faire prendre des engagements ; il n’en prem dra avec qui que ce soit, et il se défendra de toute influence , qui ne pourrait s’exercer sur lui qu’aux dépens de son in^ L „ pendance comme député, et de cette impartialité qui doit j a être la première qualité d’un président. tmi
ïl ne prendra pas d’engagement vis-à-vis dit ç^iistèrç, b parce qu’il sait tres-bien qu’un président mféo&Cii un minïstère quelconque ne serait plus libre aux V^ux de la g. Chambre et du pays. Il professe d'ailleurs hautement le , principe qu’il ne peut pas y avoir de candidature mmistë- * rielle a la présidence sous l’empire de la Charte de 1830, -J qui par une disposition expresse a restitué à la Chambre la J ' nomination directe de son président. Il n’en prendra pas ' non plus envers une section quelconque de la Chambre, j' fût-ce la majorité, car il faut qu’un président soit l’homme J 3 de tous, et non pas seulement l’homme de quelques-uns.
Un engagement, une déclaration même implicite, en vm ^ de s'assurer les votes de ceua; qui les provoquent, serait de sa f\) part une brigue et une lâcheté, Il aimerait mieux déplaire jj*» à tous (ministres, députés, journalistes), et garder sapro-
A SES ÉLECTEURS
i S pre estime, que île conquérir les suffrages d’autrui en perdant celui de sa conscience*
^ Sa résolution ferme et invariable se résume dans cette m phrase, qu i! ne cesse de répéter aux hommes de toutes les -, nuances et de tous les partis : « Ce qui m’importe n’est pas j S d’étrë président une huitième fois : mais ce qui m’importe ef essentiellement, si je dois être président encore une fois, n c’est de l'être, comme les sept premières, avec honneur et rs dignité* »
F* Paris, ce 5 décembre 1838.
le -----
c, Dimurs de M, Dupin , après son élection par te collège ëlec c* forai de rarrondissement de Glamecy , h 5 mars 1839.
a Messieurs et chers compatriotes> je vous remercie des suffrages dont vous venez de m’honorer : j’en suis fier a n ./ juste titre* car jamais élection ne fut plus libre et plus i abaoclonnée à elle-même* Te me félicite surtout de ce qu’cite tas est rexpréssion unique d’une même opinion : — opinion ia monarchique et constitutionnelle, inséparablement attachée c 3 la Charte et à la dynastie de 1830; — également opposée aux révolutions et aux contre-révolutions qui tendraient rs idétruire l’ordre de choses actuel; — opinion populaire , ennemie de la fraude, de îa corruption et des privilèges ; lC( —amie de l’agriculture et du commerce , du travail et de l'industrie ^ — favorable à la paix, sans laquelle aucune y { [ prospérité ne saurait s’établir ni durer. Je dis la paix , comme vous l’entendez vous-mêmes ; non, certes, la paix à ^ /ouf prix (qu i ose r a i t V app ele r a i ns i su r la terre d e F ra n ce ? )
■jjl cette paqui ne veut pas qu’on la trouble par des l a guerres entreprises sans cause légitime ; cette paix qui, sans } e pen céder delà force et de la dignité nationale, place dans t<h . aspect des droits des autres peuples la plus sure garanq fie qu’ils respecteront réciproquement les droits et Ta mala Jtstedu peuple français (T) !
> a § Maintenant, messieurs, et selon l’usage que j’ai toujours , e pratiqué avec vous, revenons un instant sur le passe, avant me ™ Porter nos regards vers l’avenir, ns Lors des élections de 1857, j’en augurai favorablement* - : ------——
Sa (3) Point de propagande, respect pour les traités : chacun chez soi t he J'ÆCI m non droit (Diseoui s du G décembre 1830, au J\]oniteur t et dans L> 0 . c volume intitulé Bèvolutiok de juillet, pi 2 ’ 2 'L)
DISCOURS DE AL DUPIN
« La majorité, vous disais-je, une très-grande majorité, » sera pour la révolution et la dynastie de 1830, et pour » le maintien ou vrai de nos institutions constitutionnelles, » Eh bien , j f ai la certitude que ce résultat était obtenu.
L’opinion qu'on est convenu d'appeler centre gauche, celle que je croîs la plus vraie, la plus nationale et la plus généralement répandue, parce quelle satisfait et rassure les amis raisonnables de la liberté sans inquiéter les amis de l’ordre, ceLte opinion, dis-je, était prépondérante dam la Chambre nouvellement élue.
Que fallait-il donc pour marcher avec fermete et sans encombre’? — Il fallait que le ministère marchât d'accord avec lu tendance et les vœux de cette majorité'. Malheureusement, lors des premiers débats qui s'élevèrent en janvier 1858, le secours de quelques votes, adroitement offert et malencontreusement accepté, fit croire que le ministère du 13 avril voulait se rapprocher des amis du (ï septembre : de là naquit une défiance qui n'a pas cessé de s'accroître entre le ministère et ceux qui, sans cela, eussent été ses plus fermes soutiens.
En effet, cette fâcheuse impression une fois jetée dans les esprits, tout devint embarras et gêne; l’aigreur et l’irritation s'en mêlèrent; le ministère ne conserva mbm pas scs nouveaux alliés !... il fut impossible de se reprendre; on ne voulut pas interrompre les travaux de là session; l'on ne songea plus qu'a en brusquer la fin, en votant couf sur coup une foule de lois t Y intérêt matériel; et nous nous sc parâmes, au mois de juillet* avec la pensée que le ministère, placé dans la nécessité avouée de se modifier, le ferait avant la prochaine réunion des Chambres, et qu'ainsi de nouveaux embarras seraient évités.
Cette modification b'eut pas lieu..*
De retour à Paris, sur la fin d’octobre (j'éprouve leltf; soin de le redire, et de le redire avec énergie), j'en expri; mai mon étonnement et mes regrets. Quelques députes restés à Paris, d’autres, à mesure qu’ils arrivaient, s'eu expliquèrent dans le même sens.
On nous dît qu'on avait essayé de se modifier et oji n’avait pas réussi 1 Mais avoir tenté une modification, c était avouer qu'elle était nécessaire ; n'avoir pas réussi prouvait de plus que la chose était difficile ; enfin , cette difficulEc elle-même de trouver du renfort parmi les hommes qui pourtant ne demandaient pas mieux que d’être ministres attestait seulement qu'ils ne regardaient pas la modification
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A SES ÉLECTEURS. Si
proposée comme solide , et comme pouvant avoir quelque uir duree, puisqu’ils Refusaient d’y entrer.
Dès lors se prépara «ne crise parlementaire t c'est-à-dire une forte scission au sein même du parlement,,,,. Le fouie, trnge véhément de la plupart des journaux, quelques écrits lus publiés, présagèrent combien lu 'lutte serait vive et quelle urc en serait la portée!.*.
m Les symptômes devinrent plus inquiétants, lorsqu'on vit uns les opinions jusque-là les plus diverses, et même le plus diamétralement opposées, parler le même langage , réunir ans et combiner leurs efforts, et recevoir ouvertement le nom ird de coalition (1) 1
Je refusai d’entrer dam cette coalition , parce que, laissant vè- à chacun la liberté d’agir comme il lui convient, je veux itc- aussi me réserver le droit de me conduire avec indénenjue dance. D'ailleurs > en aucune circonstance, je ne voudrais dy m’associei' politiquement avec des hommes qui n'ont pas fde mes opinions; que dis-je? avec des hommes dont les opient nions, si on les laissait faire, seraient subversives de la mienne !
nus Je m’aliénai ainsi, très-volontairement, les voix de la et coalition, au moment même où elle s'annoncait comme hnc plus redoutable ; et certes, ce ne fut pas en vue de me méen- nager d'autres suffrages ; car je ne voulus m'affilier à on; aucune autre réunion ae députés ; je protestai ouvertement m contre toute candidature ministérielle à la présidence, se surtout dans le sens antiparlementaire qu'on affectait d'y ère, attacher; et je déclarai hautement (ma lettre du 5 décernant lire, rendue publique douze jours avant l'ouverture de la atiï session, en fait foi), je déclarai hautement que je n'entendais subir les exigences d'aucun parti, et que ma résolution bien arrêtée était « de ne prendre d'engagements envers qui k- j> que ce soiU . ■ fût-ce même la majorité; aimant mieux (ce pri- '■ sont mes propres termes), déplaire à tous (ministres s niés » députés, journalistes), que de conquérir ainsi les suffracï- a ges d'autrui (2), »
Ainsi, tout le momie dut se tenir pour bien averti ; et si, don après cela, je fus nommé président, ec fut du moins en W _____ -
"jj! (1) Dn se rappelle ce mot do Royer-Collard qui peint ai bien la siil" 1 ' liuuioü [i lu fin do novembre : « J'ai vu mieux que relu, j’ai vu pis, fjlll mais je u ai jamais rien vu do pareil. *
trfc (2) Le texte entier de eeUe pièce se trouve rapporté plus haut,
tion p, 45,
DISCOURS DE M. DUPIN
pleine connaissance de cause ; car j'étais resté moi au plug j’ haut degré, et personne ne pouvait se croire en dréft de ee tt dominer mes votes ou de m’en demander compte* ( . u j
La présidence me fut ainsi déférée dans une des cîrcon- a?ei stances les plus difficiles qui se soient rencontrées d m cire nos fastes parlementaires. La Chambre était divisée en deux pur moitiés égales qui se balançaient à tel point que, dans le m ch o i x d es m e mbres d u bu re au , ch a cune tr elles, t onr à tou r f a J ■; a va it oh tenu pour ses ca ndidats une m a j o r i té de qu elques i; voix. Ajoutez que les deux partis étaient extrêmement m- & mes l’un contre l’autre* Dans cette position, 3e président ]] de la Chambre allait se voir réduit à ses forces individuel- }[ les, et. son autorité pouvait, se trouver a chaque instant ftc exposée à être méconnue, obligé qu’il serait de lutter seul m\ au moins contre une moitié de rassemblée * et quelquefois tell contre l’assemblée entière I
La présidence, celte fois, ne se présentait donc plus seu- ” le ment comme un honneur, mais comme un redoutable {] fardeau 1U. je l'acceptai „,, sein
Mais, en l’acceptant, je déclarai que c'était pour obéir à la Chambre, et je pus nie rendre ce témoignage, ratifié par fûrl1 Tasscnti ment de toute l’assemblée, que j entrais en fonc- . * lions libre de toute influence, pur de tout engagement Dans cet état de parfaite liberté, où j'avais eu tant de rail ; peine et pris tant de soin à me maintenir, je n’avais pas cessé , dès l'origine et en toute occasion , d’exprimer mon sam appréhension sur les suites du combat qui allait se livrer, et b Dans mes pressentiments, jamais lutte aussi formidable [ IU Saurait eu lieu ; il m'était démontré que les ennemis seuls de notre révolution de juillet auraient à s'en réjouir; que le ministère était évidemment dans l'impuissance de faire cesser mi si redoutable conflit ; qu'il lui était impossible de r 0 b rallier une majorité; qu'en un mot, il était insuffisant pour * répondre aux exigences d'une situation aussi compliquée, fou Ce que j’exprime ici, je n'avais pas cessé de le dire, en forme de conseil, sans éclat, sans prévention contre les 11 personnes : loin de là, avec estime pour le caractère mdi- ^ vidnel des ministres. Mais j'avais insisté sur ce que, comme mr ensemble, la composition du cabinet n'était pas assez forte ^ pour résister. Ces avertissements étaient donnés, répétés \m depuis assez longtemps, sans résultats obtenus > pour qu’à hv. la fin j'aie eu le droit de dire tout haut ce que j'avais dit f bas , quand ce fut un devoir pour moi d’émettre mon ^ avis dans le sein de la commission de T Adresse. u
A SES ÉLECTEURS
plus j’opinai par écrit , parce qii’éLant seul fie mon avis dans it de c ette commission, je voulais ne hasarder aucune expression qu i put être mal comprise ou mal interprétée ; et je le fis non- des précautions dont Vutifité, superflue dans d'autres dans circonstances, se trouva justifiée presque à l'instant même, :leui puisque, tics le lendemain, il fallut appeler de là traduct ion ns le Mdéla que les journaux avaient donnée de mon opinion our, a u véritable texte (1) qui, sans cela, n'eût jamais ete publie* que* Celle opinion se réduisait à ceci :
ani- Amender T adresse, dent Reconstituer le ministère.
lueî- Et. U événement a justifié mes prévisions; car 1 adresse a s tant cté modifiée, le ministère a donné sa démission.., et quoiseul qu’il l'ait retirée, l’opinion de ses plus fervents défenseurs, efois ïêlle qu'elle s’est manifestée depuis, au sein des réunions
seu-
; a blr (1) Voici le texte meme de cette opinion, telle que je l'ai omise au Kl» de la commission do LAdresse : l
7> Ù aJc pense que depuis longtemps lê ministère aurait dû modifier : .y,M fortement sa composition* J*en ai, à plusieurs reprises, exprimé le désir.
R® u Jl * l pense que, cette modification u ayant pas en Lieu ù temps utile, 0IlC ' te ministère devra , après qu il aura donné les explications qu'il a droit Je présenter et qu'on attend de lui, se retirer pour laisser à la coü-
1 éc mincie soin de reconstituer un nouveau cabinet, i pas » Mon opinion* en cela bien arrêtée, no se Lire pas de motifs oFfenmon sams pour la personne des ministres, que je tiens pour hommes probes \TfT et loyalement intentionnés. Mais elle se fonde sur ce que, e1 ’ prenant Uk| f en considéra lion l'état deJa Chambre, celui de l'opinion publique et t l’aspect général des affaires, la composition de l'administration actuelle ^ m insuffisante pour répondre aux exigences de la situation.
î ue * A mon avis * il faut une administration plus forte:
TflirG „ p Pour couvrir la couronne contre les attaques dont elle a etc
le tlü l'objet ; . +
POUF * 2° Pour rallier une majorité dans U Chambre, aujourd hui si mallée. heureusement scindée en deux moitiés égalés, et partagée comme eu a étaxcamps rivaux; .
p T i *3* Enfin, pour imprimer une marche plus nette aux affaires et j. mur relever l'administration aux yeux du pays. nül ~ » La rédaction de l’adresse, dans plusieurs de scs paragraphes, ne correspondant pas exactement à rna pensée, notamment sur les affaires forte étrangères ( par exemple, pour la Suisse,, dont j aurais désire qu 011 ne
}été& pjrliit point; et pour Ancône, où fou vont flétrir un Fait accompli, eu
QlUà Lisant peser exclusivement sur le cabinet actuel des résultats prépares
j et rendus inévitables parles actes des précédents ministères); je me
nimt borne à motiver ainsi mon opinion personnelle, eu présence de la
majorité qui adopte cette rédaction et de lu minorité qui la repousse* La Chambre entendra et prononcera* «
DISCOURS DE M* DUPIN
électorales (4), a été que : « que soit le résultat des êkclions , le ministère actuel sera nécessairement, ou largement ^ modifié ou complètement renversé * » pis
A mon avis, il était douteux que le ministère pût Ira ver- no ser l'adresse ; et il était certain qu'il ne pouvait entrepren- mjî dre la session* Or, selon moi, il valait mieux changer quelques hommes que de congédier toute une chambre : je sel préferais une crise ministérielle à une crise électorale ; et foi je croyais plus sage d’entreprendre de dissoudre la coali- P r( tion sur place, au sein même de la Chambre, que de la m renvoyer toute vive et de la faire descendre dans les colléges électoraux 3 m
D’autres conseils prévalurent, et la Chambre fut dissoute P e
sans qu’il m’ait été donné d’influer en rien sur cette déter- ce1
minatlon : tel était le droit incontestable de la prérogative, tt
Il me reste, en bon citoyen, à faire des vœux pour qu’une opinion vraiment nationale, une opinion libre et m bien prononcée, se manifeste dans le sein des collèges de électoraux. Le roi a voulu consulter le pays; ü entendra W sa voix, et, dans sa sagesse, il avisera*** m
Pour moi, je retournerai sur les bancs de la Chambre m pour y occuper, au centre gauche, la place que j ’y aï prise ^
dès le premier jour où j’y suis entré, et que j’ai toujours et
gardée depuis. — Je professera îles mêmes principes constitutionnels, je défendrai les mêmes opinions qui m’ont valu se vos suffrages et votre estime. Les mêmes factions t si elles ce se reproduisent, retrouveront en moi leur ancien adver- “ l sa ire, .T’appuierai toutes les propositions utiles; mais je P a résisterai aux mauvaises tendances, aux choses poussées froj) P 1 tom, * *. comme j e l’ai fait dans toutes les occasions qu î m’ont Cû
paru fexiger* Alors, comme par le passé, je pourrai encore être méconnu ou calomnié par ceux qui veulent qu’on ap m prouve tout aveuglément, ou que l’on blâme tout systéma- h' 1 tiquement ; je pourrai être accusé de mobilité par ceux qui IK voudraient qu’on les suivit obstinément jusque dans leurs w écarts 1*.. Mais, pour l’avenir encore, j’ai la confiance que ^ les bons citoyens, les hommes éclairés et impartiaux, ren- ^ dront justice à mes intentions, et que le temps, qui dit la vérité à tout le monde, la dira aussi sur moi* re
Homme de droit positif et d’une nature qui se complaît î 0