‹ Présidence de l'Assemblée législative dans les séances où l'action modératrice ou disciplinaire du Président a dû intervenir, analyse de ces séances ... petites annales contenant la date et l'indication sommaire des faits contemporains intéressant le régime constitutionnel de 1824 à 1853Chapitre 45 sur 120 · SUR RASSEMBLÉE CONSTITUANTE · texte numérisé non relu

SUR RASSEMBLÉE CONSTITUANTE

de F Assemblée, voté d’urgence, et précisément en vue de ce qui pourrait arriver par imitation des scènes dont la Convention avait été le théâtre, « avait formellement inter- * dit de présenter aucune pétition en personne h la barre, » On marchait donc, enseignes déployées* lorsque le club de Biaoqui (l’un des graciés du roi Louis-Philippe) vint se mêler au cortège, et bientôt en prit la tête, comme ou met une baïonnette au bout d T un fusil. Ces hommes audacieux arrivèrent à la grille du palais de l’Assemblée, pour la défense de laquelle on n’avait pris que des mesures insuffisantes, Sa garde était confiée à des chefs insignifiants dont quelques-uns furent même accusés d’avoir trahi, quand ils n’étaient assurément coupables que d imprévoyance ou d’impéritie.

On connaît le résultat : le lu mai* onze jours seulement après sa première réunion, FAsseroblee nationale, éluepai le suffrage universel de la France, vit son enceinte forcée, sa tribune envahie, la sûreté de ses membres menacée, son président violemment expulsé du fauteuil* et son caractère représentatif et souverain méconnu par de prétendus républicains !

Barbes (autre gracié) et Louis Blanc trahirent leurs collègues en joignant leur voix à celle des envahisseurs, mais tout le reste de F Assemblée, l'Assemblée en masse, Fhistoire le dira en son honneur, montra dans cette circonstance un courage stoïque, demeurant calme et impassible sur ses bancs, et subissant pendant trois longues heures le spectacle scandaleux de ces saturnales de 1 anarchie ! Momentanément séparée, dès le soir même elle reprit ses travaux ; et, dans les séances des 17 et 18 mai, elle nomma la commission chargée de rédiger le projet de constitution.

Celte commission mérite aussi qu’on lui rende quelque justice. En présence de deux grands faits auxquels elle ne pouvait rien changer : — la République partout procla-

iflée sans aucune opposition, nutlù déversante; ^ | f suffrage universel et direct dont le peuple était en possession et dont une Assemblée unique était le résultat;pressée de toutes parts par une faction puissante et armee qui voulait que la République fût non-seulement démocratique* mais sociale; la majorité des membres de la commission a lutté avec persévérance, avec habileté, avec énergie, souvent avec succès, contre ces funestes influences* Spécialement, sur toutes ces théories de Y organisation du travail , du droit au travail t dont on avait fait, dont on voulait faire encore un si détestable abus; sur les droits absolus de réunion , d* association , et au besoin d 'insurrection* la majorité de la commission a été inébranlable pour rejeter toutes les formules qu’on s'efforçait de lui faire accepter, et pour rester dans des termes qui n 1 offrissent pas le même danger.

La commission de constitution a également évité de rien changer dans l’organisation du clergé, de la magistrature, de Tannée, des administrations financières; elle a causa* cré la dette publique, ^inviolabilité de la propriété, l’éga* lité de l’impôt; elle a maudit les confiscations et déclaré qu’elles ne pourraient jamais Être rétablies; enfin, dans la distribution des pouvoirs, elle s’est attachée à constituer un pouvoir exécutif fort, capable de résister aux factions,, organisant au besoin la dictature de l’état de siège* Bientôt on en fit F épreuve ; au mois de juin, quand la guerre civile éclata entre le bon et le mauvais Paris ;—entre le Paris social, défendant la religion t la famille, le domicile, les boutiques et la propriété;—et le Paris factieux,le Paris anarchique, assassinant l’archevêque, hérissant les rues de barricades, incendiant les casernes, pillant les maisons, tuant les défenseurs de l'ordre, et massacrant au milieu d’exécrables tortures l’infortuné général Bréa* L’Assemblée constituante eut encore à protéger Tordre

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par des mesures sévères : elle eut à résister aux doctrines de Proudhon, de Louis Blanc, de Considérant, de Pierre Leroux, Ces doctrines fatales, exposées à la tribune dans tout leur cynisme, y reçurent d s éclatantes et solides réfutations; le pays put enfin comprendre, juger, et voir clairement l’avenir que le socialisme lui avait préparé.

Il fallut ainsi repousser une foule de propositions de détail qui tontes avaient leur danger : condamner les sociétés secrètes, réglementer sévèrement les clubs en attendant qu’on pût les supprimer, protéger la magistrature, réprimer par des lois pénales les attaques à la propriété, défendre l’ordre financier et le crédit publie, etc., etc,

La Constituante suffit à tout cela, La majorité se montra toujours forte des deux tiers et même des trois cinquièmes, dm toutes les grandes questions où l’ordre public était le plus intéressé.

L’opinion publique était alors -avec l’Assemblée, et la nation entière eût marché pour sa défense.

Mais, il faut bien le dire aussi, après le 10 décembre 18i9, et dans les derniers mois de son existence, l’Assemblée vit une partie de ses membres manifester de mauvaises dispositions contre le pouvoir exécutif, chercher à lui susciter des embarras, presser la confection de lois organiques qu’il était impossible alors de faire avec maturité; enfin, ce qui était surtout inexcusable, travailler à démolir l’impôt et à diminuer les ressources du trésor au moment où la révolution avait accru ses charges de la manière la plus inquiétante pour l’avenir.

Quelques orateurs se firent honneur en luttant contre m convulsions d’une assemblée ïi l’agonie. — Il était temps, en effet, que la Constituante finît et fit place à mie antre assemblée.

A l 1 époque où P Assemblée législative fut élue (le 13 m 182J9), les anarchistes semblaient avoir perdu du terrain] Refoulés le 15 mai par la garde nationale, — vaincusei juin par la garde nationale et l'armée * ils notaient pk en état de recommencer de pareilles luttes : mais Leiin clubs, leurs sociétés secrètes , une presse violente dédiainée dans tous les sens, leur laissaient encore beaucüD] d'avantages.

D’un autre côté, les hommes d'ordre avaient un pet repris confiance ; mais cette confiance aussi avait remk le courage aux partis. Chacun de ces partis voulait ro

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