CHAPITRE III
tentions de la Chambre en refusant la parole à de nouveaux orateurs et en soumettant de suite la question au vote. J'ai la confiance que l'assemblée me prêtera son appui dans l'exécution d'uni mesure destinée à lui garantir l'exercice de tous ses pouvoirs."
Immédiatement après cette allocution, M.
Brand déclara la discussion terminée, n'accorda plus la parole à personne et fit voter en première lecture les eoercion-bills. Le soir du même jour, une discussion eut lieu à la Chambre sur l'attitude du speaker. Mais sa conduite, défendue par M. Gladstone, fut formellement approuvée par l'assemblée. M. Brand n'en avait pas moins pris sur lui de clore le débat de sa propre autorité, sans que le règlement l'autorisât à le faire, et lui, le gardien du règlement, avait refusé la parole contre le règlement aux députés qui la demandaient. Les députés irlandais ne devaient pas oublier cette violation des vieilles règles parlementaires que les circonstances avaient pourtant rendue nécessaire.
Dès le lendemain, M. Gladstone déposait une résolution qui avait pour but de conférer des pouvoirs extraordinaires au speaker en cas d'urgence déclarée par la Chambre. Au cours de cette mémorable séance du 3 février, le speaker eut à lutter contre l'opposition irréductible des membres irlandais, dont 36 durent être " suspendus " pour la séance et expulsés par la force l'un après l'autre de la Chambre. Le dernier, M. Sullivan, s'écria avant de sortir : " M. le speaker, vous avez foulé aux pieds les antiques libertés de cette Chambre et vous avez établi le despotisme." Ces expulsions opérées, M. Gladstone exposa les raisons qui exigeaient une modification du règlement et lut la résolution provisoire qu'il proposait au nom du gouvernement. Cette résolution fut immédiate-
LA CLOTURE
ment adoptée par la Chambre. Elle avait pour objet de transférer au speaker tous les pouvoirs de ('assemblée lorsque la Chambre aurait décidé, par une majorité des trois quarts des voix et sur la proposition du gouvernement, que l'état des affaires était urgent. Ce régime spécial devait subsister jusqu'à ce que le speaker lui-même eût déclaré que l'urgence n'existait plus. La Chambre
! abdiquait en somme ses pouvoirs entre les mains de son président et, suivant l'expression même , du leader des conservateurs, sir Stafford Northeote, " lui remettait un dépôt de confiance " qui était un hommage rendu à son impartialité et à sa sagesse. Pour éviter d'être taxé d'arbitraire, M. Brand devait rédiger immédiatement et soumettre à la Chambre une série de règles destinées à régle-
! menter les cas d'urgence.
Ce règlement de 1881 n'était qu'un ordre sessionnel adopté à titre provisoire. La persistance de l'obstruction irlandaise rendait d'ailleurs nécessaire l'adoption de nouvelles mesures destinées à la combattre. La question fut reprise dans son ensemble par M. Gladstone à l'ouverture de la session de 1882. Le 7 février 1882, le premier ministre déposait un projet de règlement qui avait pour but de renforcer les règles vivement critiquées. Un membre de la Chambre, M. O'Donnell, avait même présenté un amendement pour donner aux ministres au lieu du speaker le droit de prendre l'initiative de la clôture. Le rôle que l'on veut donner au speaker dans le mécanisme de la clôture, disait-il est de nature à ruiner son autorité morale et à dégrader l'institution. Le speaker cesserait d'être l'organe de l'assemblée entière pour devenir l'agent du ministère et le représentant de la majorité. Il deviendrait odieux à la minorité qu'il a pour tâche de protéger, et en réalité, l'exer-