L'AMOUR DE LA GLOIRE DE DIEU — LE ZELE APOSTOLIQUE
A considérer ce sujet sous son aspect le plus élevé, le plus étendu et le plus vrai, il faudrait dire que la Gloire de Dieu, toute la Gloire de Dieu, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sa gloire essentielle et substantielle, c'est Jésus-Christ Verbe incréé ; et sa gloire accidentelle, c*est Jésus-Christ Verbe incarné. Il ne peut être ici question que de la gloire accidentelle. Or, Jésus-Christ est toute cette gloire, parce que Jésus-Christ « le Fils de la dilection du Père 1 » est, par sa Religion, son obéissance, son amour, son zèle, par la perfection de son être et par toutes les œuvres qu'il fait, toute la louange, tout le contentement, toute la satisfaction du Père. Il est vraiment tout pour le Père. Quand même l'univers entier résisterait à la volonté de son Créateur, et tromperait ses desseins par sa prévarication, ce que le Fils donne au Père, en son Humanité, suffirait à la pleine joie du Père ; et tout ce que les créatures fidèles offrent d'hommage, de reconnaissance et d'amour à leur Auteur, n'ajoute rien, en réalité, à cette plénitude de satisfaction que Jésus-Christ donne au Père. C'est ainsi qu'il est véritablement toute sa Gloire.
1 Coloss. i, 13.
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Mais cette grande et magnifique doctrine, nous L'avons exposée ailleurs.
C'est pourquoi, nous considérerons ici la gloire de Dieu, comme il est ordinaire qu'on l'entende, comme nous l'entendons nous-mêmes, lorsque, dans notre prière quotidienne, nous disons : « Que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faire sur la terre comme au ciel. » En ce sens, la gloire de Dieu, c'est Dieu lui-même apparaissant aux hommes tel qu'il est, avec sa Majesté, sa Bonté, sa Beauté, sa Sagesse, sa Miséricorde, sa Justice, son Autorité, son Domaine : i Dieu obéi dans les lois qu'il a faites, satisfait dans les vues qu'il a conçues, dans les desseins qu'il a formés; c'est Dieu, qui, s'étant réconcilié le monde, avec tant d'amour, dans son Fils, réussit à faire accepter au monde cette miséricordieuse Rédemption; c'est Dieu attirant les âmes à lui, par la grâce de ce Fils bien-aimé, et les voyant céder aux attraits de ses amoureuses avances; c'est, suivant l'expression de l'Écriture, « Dieu consolé dans ses serviteurs et ses saints ! », qui persévèrent dans le bien, et consolé aussi dans les pécheurs, qui se Convertissent; c'est Dieu régnant partout, et partout Souverain et Maître et Père aimé, loué, béni, en lui-même, en son CHRIST J ÉSUS, en son Église, en ses Prêtres, en tous ceux qui sont ses représentants et son image, en chacune de ses œuvres, en chacun de ses dons, dans les voies parfois obscure- de sa Providence, dans la communication mystérieuse de sa grâce, dans l'espérance qu'il donne à tous des récompenses éternelles; c'est Dieu vivant, régnanl ei triomphant, dans chaque âme, dans chaque famille, dans chaque société, dans les relations des sociétés entre elles, dans les arts, les sciences, la littérature, la diplomatie, la pais et
1 Deuter. xxxn, 36. — II Mach. vu, G.
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la guerre... Que dire encore ? La gloire de Dieu, c'est Dieu recevant de toute créature, et en toute circonstance et en tout lieu, cette sublime louange et cette suprême exaltation, qui sont tant de fois exprimées dans l'Écriture : Et superlaudabilis, et sup&rgloriosus, et supere.raltatus in sœcula *.
Or, voilà le grand objet et, à vrai dire, l'unique objet de nos vœux, de nos ardeurs, de nos efforts, de nos travaux, de tous nos sacrifices. Car la gloire de Dieu, c'est l'unique vérité, l'unique sagesse, l'ordre unique, l'équité unique, le bien unique. La gloire de Dieu, c'est la joie de la création et la vie du monde des âmes sur la terre et au ciel 2. C'est plus encore : c'est la vraie, la parfaite et l'essentielle béatitude de Jésus, le Verbe incarné, qui n'est venu sur la terre que pour procurer, établir et faire régner et triompher cette gloire, et, en vérité, non par choix, bien qu'avec un amour infini, mais par la nécessité qu'impose le devoir le plus absolu. Car, absolument et par une loi invariable et fixe comme l'être même de Dieu, tout doit converger vers cette gloire et y concourir. Elle est essentiellement et intrinsèquement la fin de toute chose. Le monde a été créé uniquement pour elle 3; et la création ne cesse de « raconter » cette divine gloire 4. La Rédemption, la Justification n'ont pas d'autre fin que de la servir et de la faire triompher. Tout ce que nous devons faire en cette vie, même ce qu'il y a de plus commun et de plus vulgaire, comme le boire et le manger, est aussi
1 Daniel, m, 53, 54. —Et la suite jusqu'au v. 90.
2 Dante a écrit ces beaux vers : Al Padre, al Figlio, allô Spirito Santo
— Cominciô gloria tutto il Paradiso, — Si chè m'inebriava il dolce canto.
— Ciô ch'io vedeva mi sembrava un riso — Deiruniverso ; perche niia ebbrezza — Entrava per l'adiré e per lo viso. — O gioja ! o ineffabile allegrezza ! — O vita intera d'amore e di pace !... etc. — Farad, xxvn.
3 Universa proptor semetipsttm operatus est Dominas. — Prov. xvi, 1. * Cœli enarrant gloriam Dei. - Psalm. xvin, 2.
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destiné à procurer cette gloire ' : et ce qu'il y n de moindre dans le monde, ce <|iii est sans honneur, sans noblesse, ce qui paraît insensé, et le néant même, Dieu s'en sert de préférence comme d'instrument à ses desseins, toujours pour que sa gloire seule paraisse -.
C'est pourquoi saint Ambroise a dit, avec une grande vérité, que le zèle que Dieu a pour sa gloire, est la vie même de Dieu : Zelus, Dei vita est '■'. Le zèle est aussi la vie des saints. Un saint est une âme pour <|iii la gloire de 1 > 1 1 : i est tout : c'est la plus exacte définition de la sainteté. Parmi les hommes de Dieu, les oeuvres extérieures varient à l'infini, et les caractères de leur grâce propre sont aussi très différents les uns des antres. Saint Paul ne ressemble pas à saint Jean. Les Pères de l'Eglise des premiers siècles ont une physionomie «pie ne reproduisent pas les Docteurs de la scholastique. Saint Benoît, saint François d'Assise, saint Ignace, saint Vincent de Paul, saint Liguori se présentent à nous, dans l'histoire, avec des traits qui les distinguent absolument. Mais tous. san> exception«possible, ont eu pour règle de leur vie et de leurs œuvres, du luit spécial de leur fondation et des moyens employés pour la faire réussir et prospérer, la devise que le grand l'on dateur de la Compagnie de JÉSUS a rendue si célèbre: Ad majora» Dei gloriam. Et pourquoi? parce que la gloire de Dieu est nécessairement la lin suprême do toute exis tence el do toute œuvre. L'anachorète se mortifie, l'ascète contemple, le docteur défend l'Église, le Prêtre dos paroisses s'occupe dos enfants, dos pauvres, des malades,
i Sivo manducatis, -i\>' bibitis, sive aliud quid fai-itis; omiaia in gloriam ])oi facite. — 1 Cor. x, 31.
- Quae stulta sunt inundi elegil Deus... et infirma mnndi elegit Deus... Pi i*nobilia inundi, el contemptibilia... eteaquœ non sunt.., m non glorielur v nuis caro in conspectu ejus. I Cor.i,27-29.
/. Psalnt. CXVIII, Serm. XVIII,n.l2. Pair. Lit., t. XV, coL 1457.
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des pécheurs, des âmes ferventes, le missionnaire se consume dans les ardeurs de son zèle: mais tous, s'ils ne sont pas dans la plus malheureuse illusion, ne poursuivent qu'un but : l'honneur, la gloire, le triomphe de Dieu. L'amour des âmes est une admirable passion : et c'est cet amour qui semble tout dominer dans les cœurs d'apôtres. Mais non ; il a son principe, non apparent peut-être, mais vivant et puissant, dans cet autre amour qui le produit, le nourrit et lui donne toute sa force, sa persévérance et, quand il le faut, l'héroïsme : l'amour de la gloire de Dieu L Sans celui-ci. en effet, les œuvres de zèle seraient un danger, et un danger d'autant plus grand, que les œuvres elles-mêmes seraient plus éclatantes. Une certaine ardeur, dans l'exercice de la charité envers les âmes, pourrait être aussi quelquefois le résultat d'une secrète vanité, ou affaire de tempérament, ou simple disposition naturelle nourrie par quelque succès. Or, tout cela serait grandement regrettable, quand il s'agit du service de Dieu. < l'es r afin d'éviter ces écueils, que les grands missionnaires ont toujours été des hommes d'oraison, et plusieurs parmi eux, des hommes d'une haute contemplation. Xous avons ailleurs entendu saint Thomas nous dire, « que la vie des hommes apostoliques suppose une abondance de contemplation"2. » L'esprit d'action nous porte vers ce qui est
1 « C'est cotte divine passion (l'amour de bienveillance, qui est l'amour île la gloire <le Dieu), dit saint François de Sales, qui fait tant taire de prédications, qui t'ait passer en tant de hasards cette multitude de jésuites, de capucins, de religieux et autres ecclésiastiques de toute sorte, es Indes, au .lapon, en Maraignan... ("est cette passion sainte qui fait écrire lant de livres de piété, tant fonder d'églises, d'autels, de maisons pieuses, et, en somme, qui fait veiller, travailler et mourir tant de serviteurs de Dieu, entre les flammes du zèle qui les consume et les dévore. » — Traité de l'amour divin, liv. V. chap. ix.
- Vita activa, secundum quain aliqûis, prœdicando et docendo, contemplata aliis tradit... prsesupponit abundantiam contemplationis. — III. q. \i . a. 1. ad •'.
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plus sensible : le péché à combattre, les pécheurs à instruire, à ramener, à sauver: l'oraison nous révèle quel doit être le vrai principe et la vraie fin de ces saintes ardeurs, à savoir : la souveraineté de Dieu, la volonté de Dieu, l'honneur de Dieu.
Il y a une très consolante doctrine qui tend à se généraliser de plus en plus: c'est celle du grand nombre des Elus. Aujourd'hui le sermon de Massillon n'est plus lisible. Oe qui a fait ce changement, c'est d'abord peut-être lé sentiment d'une immense commisération pour cette multitude d'âmes ignorantes de Dieu et de ses droits, qui nous environnent, et dont le nombre va toujours grandissant, dans nos sociétés agitées, affairées, et dissipées de tant <le manières. Plusieurs ont de précieuses qualités naturelles. Nous accordons volontiers à la masse le bénéfice de la bonne foi, même à ceux qui nous haïssent et nous persécutent, tenant compte de la première éducation, du milieu où ils ont vécu, des influences malheureuses qu'ils ont subies. La compassion nous inspire ces sentiments. Mais il n'y a pas seulement que de la compassion, dans cet enseignement sur le plus grand nombre de ceux (mise sauvent: il y a de très solides raisons. Le P. Lacordaire étonna le monde, quand il fit sa fameuse conférence sur ce sujet 1. Il ne doutait pas du salut de l'universalité des pauvres, des enfants et des femmes. Le P. Faber a repris la même thèse,après le grand Dominicain-; et il faut convenir qu'elle est soutenue d'une manière fort remarquable. Après l'avoir lue, on uepeul plus douter ; décidément C'est le grand nombre qui tôt ou tard jouit de la vision de Dieu, dans le ciel. Les ressources de la Miséricorde éter-
1 C'est l.-i I.WI'. intitulée : De» résultait '/« Gouvernement divin. ■ Année 1851, 2. Dan* son ouvrage: Le Créateur et lu créeUure, liv. III. chap.n et m.
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nelle sont infinies; Dieu en usera, sans doute, en faveur de ses pauvres enfants égarés; leur mort sera meilleure que leur vie: et. finalement, c'est la multitude qui entendra la bienheureuse parole : « Venez les bénis de mon Père !... »
Tant mieux et mille fois tant mieux, s'il en est ainsi; et mille fois béni soit le Cœur de notre Dieu qui finit, dans les insondai îles secrets de sa miséricorde, par l'emporter sur l'insouciance ou la malice de ses pauvres créatures !
Nous avons toutefois, au sujet de cette doctrine, quelques réflexions à faire. — Premièrement, en supposant qu'elle est incontestable, elle ne s'applique pas infailliblement à tel ou à tel. ni à nous-mêmes; par conséquent, il ne faut pas que, sous l'empire de cette douce espérance : «Le grand nombre sera sauvé; et, en particulier, les bonnes âmes qui m'entourent, les pauvres, les femmes, les enfants ne seront pas la proie de l'enfer », nous laissions notre zèle se refroidir, nos prières devenir plus rares, moins pressantes, et notre sollicitude, nos anxiétés se calmer, au point de nous reposer dans un optimisme dangereux. — Secondement, que tant de pauvres pécheurs se sauvent. grâce à une bonne mort, c'est infiniment consolant ; et, en vérité, c'est l'essentiel pour leur éternité et pour la gloire de Dieu. Mais cette gloire a-t-elle tout ce qu'elle mérite? Les pécheurs se convertiront avant de rendre le dernier soupir; mais, en attendant, n'est-il pas douloureux que Dieu, notre Dieu, notre Créateur, notre Père, ne soit pas connu, aimé, servi; — que les Mystères de Jésus, sa Passion, son Eucharistie ne soient l'objet d'aucun hommage, d'aucun amour, comme s'il était indifférent au Cœur de notre Rédempteur et au bien de nos âmes, qu'ils soient connus, ou ignorés, ou méconnus ?... Ah ! prenons-y garde, nous sommes dans un siècle où la grande loi de toute
l'amour de la gloire de dieu .".•'.",
institution, de toute entreprise, de toute affaire, c'est l'utilitarisme. Ce qui sert visiblement à quelque chose, c'est le bien réel; ce qui nous profite, c'esl ce qu'il est important d'atteindre. Le reste (•"est un idéal qu'il faut abandonner aux mystiques ou aux rêveurs, c'est pourquoi, le salut des âmes, qu'il s'opère un moment ou l'autre, pourvu qu'il se fasse: tout est là. — Oui, en un sens, c'est vrai, tout est là ; niais si. pendant vingt, trente, quarante ans, Dieu ne retire aucune gloire de la vie, des œuvres, de toutes les énergies, des forces, des talents de cet homme si bien doué, du reste, si capable d'honorer son Créateur et son Sauveur, n'est-ce rien que ce désordre ? et ne serait-ce rien, non plus, que cette gloire, ces hommages, cet amour dont Dieu serait l'objet : cette consolation donnée à son Cœur, cet honneur rendu à sa Rédemption, à son Évangile, à son Eglise ? OhJ que la gloire de DlEU soit l'objet principal et vraiment unique de notre zèle, de notre ardeur et de toutes nos ambitions ! Elle implique nécessairement l'amour de nos frères, et donne à celui-ci toute sa surnaturelle beauté. C'est la passion de la gloire de Dieu qui a fait les plus grandes âmes sacerdotales. Quelles paroles que celles de saint Paul aux Romains: Audacius autem scripsi vobis, fratres, ex /tarte, tanquam 'm memoriam vos reducens : propter gratiam, quœ data est mihià J>eo, ut sim Minister Christi Jesu in gentibus : sanctificam Evangelium l><i. ut fiât Oblatio gentium accepta, et sanctificata in Spiritu Sancto >. Sur ce texte. Corneille Lapierre dit : et sim Minister. itt est Sacerdos;... ut fiât Oblatio gentium... </. </. : Ad hoc sum Sacerdos mysticité, ut, per meam prœdicationem, gentiles placeant /><-".... itaque quasi Victimamunda et acceptissima Deo offerantur et <-,>,,
1 Kuai. xv, 1"), li p.
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secrentur, ait S. Augustinus, ip.sique deindè opéra sancta Deo quasi Victimas offerant 1. Pour le grand Apôtre, audessus de la conversion des âmes, il y a la gloire de Dieu: car il veut les soumettre à la divine grâce, afin qu'elles deviennent des Victimes de Dieu. Oh ! que cette manière de concevoir le ministère de la prédication estélevée 2 !
Ces sentiments devraient être dans tous les chrétiens, quand ils font une oeuvre quelconque relative au salut de leur âme.Tertullien et saint Jérôme nous apprennent que les premiers fidèles ne le perdaient pas de vue. « Us font le signe de la croix, disent-ils, au commencement de chaque action, et ce signe veut dire : Que l'action que nous allons faire soit pour la gloire de Dieu, au nom du
Père et du Fils et du Saint-Esprit 3
Mais, évidemment, c'est le Prêtre qui est l'homme de cette sublime gloire, son Ministre, son Serviteur, et. comme dit Tertullien, « son ouvrier, operarius gloriœ Dei 4. » C'est à lui que conviennent spécialement et directement ces belles paroles du Seigneur, dans Isaïe : Et omnem, qui invocat nomen meum, in gloriam meam creavi eum, forma ri eum. et feci eum "J. Omnem,) qui invocat nomen meum: c'est bien, en effet, le Prêtre qui, d'office, loue le
i Comment, in illud Rom. xv. — Voir aussi la suite «lu Commentaire: Est enimhic sacrificium, etc. — Et encore le Comment, sur Isaïe, lxvi,20. — Cfr. Theodoret. — Interpret. Epistol. ad Rom.x.v, 16. — Patr. grsec, t.LXXXII, col. 211.
2 Vide hîc quâ puritate, religione et studio, concionatores aliique similes tractare debeant suas coiieiones, suaque munia circà proximorum salutem obire, nimirùm perindè ac si sacrifiearent et sacris (uti reipsâ faciunt) ope rarentur. — Corn, à Lap., ibid.
'■' Asserunt moris tune fuisse apud christianos, ut initio operis cujusque se signarent cruce, quasi dicerent: Hoc opufl fiât in gloriam Dei, etc. — Ap. Corn, à Lap. in I Cor. x, 31.
- Il le dit de Job, qui était Prêtre du vrai Dieu an milieu de lagentilité.
■'■ Isaiae xi.m, 7.
l'ami il K DE LÀ GLOIRE DE DIEO 527
Seigneur : creaui eum : dès le commencement et dès l'éternité, il est créé pour la gloire de Dieu ; formavi eum : c'est la longue suite des moyens que Dieu ;i pris, pour que cette âme privilégiée ne soit qu'à lui, et porte partout et toujours la forme, l'image de Jésus-Christ, Pontife éternel ; feci eum : cette expression est mystérieuse. Elle est employée quelquefois dans l'Écriture pour dire sacrifier, immoler. « Qu'on nous donne deux bœufs, dit Élie; que les prêtres de Baal prennent et tuent le premier- et ego faciam bovem alterum '. Feci eum voudrait dire, par cou séquentrJe l'ai immolé. /// gloriam meam...fecieum,ie l'ai immolé pour ma gloire.
Le vénérable M. Olier, écrivant à un Prêtre, lui envoyait la prière suivante, qu'il l'engageait à réciter tous les matins : « 0 mon Dieu, si je vous sacrifie tous les jours votre Fils, comment ferais-je difficulté de vous sacrifier tout le monde ? Si je vous sacrifie Celui qui a fait tout le monde, et qui vaut mieux lui seul que tout le monde ensemble, comment pourrais-je refuser de vous sacrifier ce qui est dans le monde? Non, mon Dieu, que je ne sois pas si misérable que de rien retenir. .le veux vous sacrifier routes choses sans m'excepter moi-même. Que je sois tout entier sacrifié et entièrement consommé à votre gloire. Qu'il n'y ait rien de moi qui ne vous soit consacré et dédié, (pii ne -oit immolé et consommé pour vous ! Et, parce que j'espère, par votre pure miséricorde et par la bonté de votre Fils, qu'un joui' je serai consommé dans votre sein, je me console en mou attente, désirant cepen dant, 6 mon aimable Tout, que votre Amour et votr»' Charité consument l'impureté qui règne en moi. et me fassent, en attendant l'éternité, une Hostie consommée,
1 111 Reg. wni. 23. Virgile a dit aussi : Sic faciant ritulum. 1.1 appelle !<■ Sacrifice VAction.
528 l'a-moub de la gloire de diec
une Hostie de louange à votre gloire. » Le saint Directeur ajoutait : « Voilà le véritable esprit du Sacerdoce, et la grande disposition où vous devez être continuellement comme Prêtre *.
C'est ce qu'il est de toute nécessité que nous ne perdions jamais de vue. Notre vocation est manquée, si nos pensées, nos désirs, nos aspirations, nos travaux, nés sacrifices, tout ce que nous sommes, tout ce qui est en notre pouvoir, n'est pas uniquement pour la grande gloire de notre Dieu, en Jésus^Christ. Il est écrit de Phinéès, qu'il reçut l'assurance d'un Sacerdoce qu'il ne cesserait jamais d'exercer, pour avoir fait preuve d'amour et de zèle pour l'honneur de Dieu -. Le Prêtre catholique n'a pas à conquérir sa dignité. Son élection est gratuite et, par là même, d'autant plus sainte à ses yeux, puisqu'elle est l'œuvre du pur amour de Dieu pour lui; mais il confirme en sa personne cette élection, et il répond à toutes les fins qui lui sont propres, il en t'ait l'œuvre essentielle, il en atteint le but, en ne cessant de prier, de prier beaucoup, de prier avec ferveur, et en même temps de travailler, de souffrir, de se dépenser, de s'épuiser même, s'il le faut, pour que Dieu, notre grand et si aimable Dieu, soit connu, adoré, aimé, loué, béni, glorifié de toute créature. SaintBasile disait hautement au préfet de l'empereur
■ Lettres </< M. Olier. -- Lettre cxcvi. 'toute cette lettre est fort
remarquable. Elle se termine par ces belles paroles : Ainsi tout Prêtre, pour être Prêtre en perfection, et pour porter sa religion jusqu'au point que son état demande, doit être lui-même Hostie .le Dieu,à cause du grand zèle qu'il doit avoir de sacrifier tout SiDieu, De sorte qu'après avoirtou.1 sacrifié, se trouvant encore dereste.il doit lui même se sacrifier et se faire Victime de Dieu, afin qu'en s'hnmolant de la sorte, il soit Hostie et Prêtre tout ensemble. La religion du Prêtre n'est point effective, si elle ne produit
,et effet.
2 Phinees.,. zelando zelum Dei, accepit testamentum aacerdotii aeternL I Mach.n, •">!. Cfr. S. Ambros. in psalm. ''.V 17//, -crm. kvih. Patr. lat., t. XV. col- I t56.
l'amouk de i.a gloire de dieu 529
ces magnifiques paroles : Ubi Deus nobis periclitatur ac proponitur, tune alia omnia />/■<> nihilo reputantes, Ipsum xolum intuemur; ignis autem et gladius et bestiœ et ungulœ carnem lacérantes, voluptati nobis ac deliciis potiùs sunt quàm terrori l. ( î'esl de l'héroïsme; l'occasioii ue s'offrira pas à nous d'avoir à subir le martyre, bien que notre grâce soit assez forte, pour que notre amour de la gloire de Dieu nous élève jusque-là. Mais si cet honneur magnifique nous fait défaut, qu'il n'y aitjms une seul.- action qui n'ait pour but la glorification de Dieu. Car, nous sommes Prêtres, non seulement au saint Autel, en chaire, au confessionnal, niais dans toute notre personne el toul notre être2. Un auteur du \ii<- siècle, Pierre de Celles, a dit : « Votre pain, Aine sacerdotale, c'est la gloire de Dieijs. » Sicile est son pain, il s'en nourrit; et elle devient sa force, une force puissante, pour toutes sortes d'œuvres saintes. Elle devient aussi sa propre gloire.
1 s. Gregor. Naziauz. Oratio XLIU (aliàs20) In laudem s. Basilii, n. 50. - Patr. graec, t. XXXVI. col. 562.
2 Decet enim quidquid ;"i nobis Ht, id sincère ad Dei gloriam fieri. — s. ('\iill. Alex. De adorât ione in spirituel veritate, lib. XII (qniest de Sacerdot^. - Patr.gr., t. LXVIII, cul. 826. Scitote quia Bumus inerce narii conducti... non ideo vocati à Christo, ut hsec sola opereraur qusead nostrum pertinent nsum, sed quse ad gloriam Dei... Orane tempus \it:" debemus impendere circà opus jj-1, ,ii;i ■ Dei. s. Chrysostomus vel auctor operis imperfecti in Matth. H omit. XXXIV.
:; Gloria Dei, o anima sacerdotalis, panis tuusest. De panibus, cap. xx : De pane sanctificqto et mcerdotali. Patr. lat.,t. ('('11. col. 1016.