NOTRE VICTIME SUE LA CROIX
moi1, ("est son Prêtre surtout qu'il veut attirer à la croix, pour le faire participant de son état de Victime d'expiation; bien plus encore, pour le faire comme son complément dans l'œuvre de la Rédemption. Quand saint Paul disait aux Colossiens : « Je me réjouis dans ce que je souffre pour vous, et j'achève, dans ma chair, ce qui manque à la Passion de JÉSUS-< ÎHKIST pour son corps qui est l'Église - », il disait ouvertement qu'il avait reçu cette grâce et qu'il faisait les œuvres qu'elle inspire : lesquelles œuvres sont celles mêmes que Xotre-Seigneur a accomplies sur la croix, et que le même saint Paul nous fait connaître 3 : des prières, des larmes, l'oblation absolue de soi-même à Dieu, un cœur brisé, une chair mortifiée, le glaive du Sacrifice immolant, sans relâche, et l'âme et le corps, pour donner satisfaction â toutes les exigences de la Sainteté de Dieu, en faveur des pécheurs *.
Mais ces graves pensées nous ramènent de nouveau à un sujet (ce que le Prêtre est pour l'Eglise et pour les âmes) qui doit nous occuper dans un travail spécial.
Il est donc absolument vrai que nous devons aimer Xotre-Seigneur Jésus-Christ, en sa qualité et en son état de Victime immolée sur la croix, et nous devons l'aimer d'un amour sans limite, de sorte que nous puissions dire :
1 Joann. xn, 32.
2 Qui mine gaudeo in passionibns pro vobis, et adimpleo ea quœ dosant passionum Christi, in carne meâ, pro corpore ejus, quod est Ecclesia. Coloss. i, 24. — Impletae erant omnes passiones, sed in capite; restabant adhuc Christi passiones incorpore. Vos autem estis corpus Christi et membra. Inhisergo membris cùm esset Apostolus, dixit : Adimpleo, etc.- S.August. Enarrctt. in psalm. — Inpsalm. i.xx.wi, n. 5.— Patr. Int.. t. \\\\ II. col. 1104-1105.
3 Cum clamore valido et lacrymis offerens, exanditus est pro sa! reverentiâ. - Hebr. v. 7. < tbediens usque ad mortem. - Philipp. u, 8. — etc.
• Bacerdotem hoc sentire oportet quod et in Cbristo Jean, nonsolumut se per humilitatem exinaniat, sed ut. crucifixionem Domini reprsesentans,
stigmata ejus portet in corpore suo, et in arâ cordis sui Beipa Domino
«•rucitigat. - Petius Blesens. Epiât. CXXIII.— Patr. lat..t. c< \ U, col. 359.
.V>6 L'aMOCK DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
Pour moi, vivre c'est Jésus, et Jésus crucifié ! » Mais notre si aimante Victime est toujours parmi nous. Or, qu'allons-nous dire ici de l'amour que mérite Jésus vivant au sacré Tabernacle '?...
D'abord notre devoir est de l'aimer plus que tous les fidèles, plus que les âmes eucharistiques les plus grandes : parce que Jésus-Christ y est par nous; parce qu'étant au Tabernacle par nous, il s'est confié à nous; nous sommes les gardiens, les serviteurs, les confidents-nés de son état d'Hostie. D'autres le sont par attrait, par grâce. par devoir aussi; nous, nous le sommes par droit, par mission et d'office. C'est bien des Prêtres et non des fidèles que saint Paulin a dit ces paroles déjà citées : Ipse Dominas Hostia omnium Sacerdotum est, qui Vîctima Sacerdotii sui et Sacerdos suce Victimes fuit. C'est pourquoi, lorsque nous disons que nous devons l'aimer en qualité d'Hostie eucharistique, nous voulons dire tout ce qu'il y a de plus intime, de plus profond, de plus fort, de plus doux, de plus tendre et de plus dévoué dans l'amour.
L'amour doit faire de chacun de nous h parfait Religieux de JÉSUS au Saint-Sacrement, l'honorant toujours par nos pensées, sans cesse tournées vers lui, par les affections de nos cœurs, sans cesse occupes de lui; le louant à chaque instant du jour, soit par actes, soit par conventions et intentions , le visitant très fidèlement, veillant avec un soin jaloux à ce que tout ce qui est de son culte soit dans un ordre parfait, dans un état de propreté irréprochable, voulant que tout l'honore, la lampe qui brûle, les objets bénits qui se rapportent au Sacrement, et surtout les personnes qui ont à entrer dans le sanctuaire, â y remplir une fonction, à y faire quelque œuvre de piété i.
1 Le 1'. Faber a dit une parole qu'il est bon de recueillir : « Il n'est
NOTRE VICTIME AU SAINT-8ACREMENT .'.'n
L'amour nous t'ait aussi parfait Disciple de JÉSUS au saint Tabernacle. Il sort une voix de ces états anéantis, de cette patience, de cette douceur, de cette admirable Religion envers le Père céleste, de cet amour si fort pour toute créature rachetée. Le saint Prêtre est avide de tant d'enseignements; et il n'a rien tant à cœur que de se rendre docile à tout ce que Jésus ne cesse de lui dire.
L'amour le fait encoreparfait Apôtre du < 'œurde JÉS HOSTIE. Jésus n'est pas connu et il n'est pas aimé. Le saint Prêtre n'a point de repos qu'il n'ait réussi à soulever les voiles et à montrer la divine Présence, tant de gloire malgré tant d'obscurité, tant de magnifiques leçons dans un si grand silence, tant de vie et d'amour sous des apparences de mort. Il en parle, ses discours en parlent, sa conduite en parle, les institutions qu'il essaie de faire réussir en parlent. Les petits enfants de la premier,' communion sont instruits; les pauvres gens qui ne s'a] prochent du Sacrement qu'une fois l'an, entendent, au confessionnal, sa parole simple, mais animée d'une grande foi, et fervente; les pauvres moribonds qui doivent recevoir le saint Viatique, sont renouvelés dans la foi vive de leur première communion; les personnes pieuses qui font la communion fréquente, apprennent à éviter la routine, dans un acte aussi saint, et donnent au culte de la sainte Eucharistie une attention, une dévotion, une ferveur qui grandissent toujours. Tous les paroissiens arrivent ;'i avoir une doctrine sûre, lumineuse, pratique, sur touf ce qui est de ce Mystère do l'amour. < >h ! (pie ce zèle est une preuve manifeste de l'amour qui consume l'âme du Prêtre pour Jésus-Hostie !
point de signe de tiédeur plu- infaillible, que de traiter légèrement le Saint
ment, et d'en prendre l'habitude sanss'en apercevoir. /.• S
Sacn mi a', liv. I. sect. 2.
L'amour lui fait faire des œuvres eucore plus saintes peut-être; l'amour le fait le Consolateur du Cœur de. JÉSUS, au Saint-Sacrement. Ce mot veut dire que le Prêtre est tout préoccupé de dédommager ce divin Cœur de l'indifférence et des outrages dont il est l'objet de la part des hommes, et il réussit. Il réussit par son assiduité aux pieds des autels, par ses entretiens affectueux avec le divin Délaissé du Tabernacle, par l'ardeur des actes de Religion qu'il lui adresse, par cette délicatesse d'amitié qui le porte à vouloir toujours lui plaire, par les larmes versées en faveur des pauvres pécheurs, par cette humble disposition qui le fait se mettre à la place des pécheurs, pour porter ce qu'exigent de réparation les crimes de tant d'ingrats, et donner humblement ce que réclame de satisfaction la divine Justice, ce qu'attend de contrition, de pénitence, d'affliction, l'amour blessé de notre Dieu *.
Tant que l'amour ne nous amène pas jusqu'à ce témoignage de zèle et de dévouement, notre amour est celui d'un enfant, ce n'est pas l'amour d'un Prêtre. Le Prêtre n'a qu'un mot qui dit toute sa vie, tout son cœur, toute la passion de son âme, toutes les aspirations incessantes de tout son être : Être la consolation du Cœur de Jésus, au Très-Saint-Sacrement, le contentement de son Cœur, sa douce joie au milieu des hommes, la pleine réalisation de ce qu'il s'est promis et de ce qu'il n'a pas : Delidm ineœ, esse cum filiis hominam -.
1 C'était l'esprit du saint Prophète qui disait à Dieu ces humbles et touchantes paroles, en faveur des pécheurs : Aperi oculos tuos, et vide ; quia non mortui, qui sunt in inferno, quorum spiritus acceptas est à viseeribus suis, dabunt honorera et justificationem Domino : sed anima que tristis est super maguitudine raali, et incedit curva, et infirma, et oculi déficientes, et anima esuriens dat tibi gloriam et justitiam Domino. - Baruch. n, 1", 18.
* Proverb. vm, 31.
'notre victime au saint sa» kkmext 559
Oh ! quelle vie est celle d'un Prêtre qui aime JÉSUS de la sorte ! Quel courant perpétuel d'amour de son cœur vers le Tabernacle ! Quelle joie lui donne son église, son sanctuaire, le tabernacle de son sanctuaire ! Comme la visite au Saint-Sacrement lui est chère ! Comme il faut que le devoir le retienne impérieusement ailleurs, pour qu'il ne soit pas toujours devant le saint autel-1 ! Comme toute cérémonie qui a le Saint-Sacrement pour objet (une communion à donner, le saint Viatique à porter, une bénédiction, une exposition, une procession), comme tout cela le remplit d'une sainte joie ou d'une inconsolable tristesse, suivant ce que la foi lui révèle! Comme, par-dessus tout, la sainte Messe est pour lui un immense mystère, grand comme l'éternité ! Comme il s'y perd ! Comme il s'y abîme ! Comme cette union contractée, union de ministère et union de dispositions, l'accable, l'absorbe, lui fait perdre pour ainsi dire tout son être, pour le livrer à Jésus-Christ, et, mourant à tout soi-même, pour n'être absolument qu'un avec son Dieu, son Prêtre, son Hostie - !
Qua m dilecta tabernacula tua, Domine virtutum ! concupiscit, et déficit anima mea in atria Domini. ( 'or meum < t caro mea eœultaverunt in Deum vivum. Etenim passer invertit sibi domum, et turtur nidum sibi, ubi ponat pullos suos: Altavia tua, Domine cirtutum'-'*.
1 Nous nous rappelons ici la belle et touchante parole du P. Petau : .J'aimerais mieux perdre toute ma science que de perdre an quart d'heure
en présence du Saint-S.'icrement.
2 Discat niliil aliud esurire quàm Christum; niliil sitire niai Christum; nihil aliud sapere quàm Christum, non aliundè vivere, etc. s. Paschaa. Ratbert. De corpore et sanguine Domini, cap. vu. - Patr. lat, t. < W col. 1286.
a Psalm. i.xxxin, 14. — Qu'on nous permette de citer un humble boh venir de notre cœur ; il Be rapporte au saint Prêtre que noua avons nommé au chapitre xvu de ce H livre, le vénérable M. Désobeauz,de Saint-8ul-
560 l'amour de XOTRE-SEIGXEUR JÉSUS-CHRIST...
Amati amàbimus, a dit saint Bernard, ut amantes ampliù» amari mereamur.
pice. Un jour qu'il nous faisait une visite dans notre cellule, nous remarquions qu'il s'asseyait de manière à avoir le visage tourné vers une partio de l'appartement, que la position naturelle des sièges ne semblait pas désigner. Nous lui dîmes : <■ Mais, pourquoi vous tournez-vous de ce côté ? » Il répondit avec une touchante simplicité : « C'est de ce côté-là qu'est 1& Saint Sacrement, à la chapelle. » Voilà les attraits, les mouvements intérieurs, le cœur des Saints.