‹ Prêtre et hostie (volume 2)Chapitre 198 sur 204 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

LAMOUE DE NOTEE-SEIGNEUB JÉSUS-CHEIST, NOTEE CHEF ET NOTEE ROI — ENCOEE DU ZÈLE DES AMES

Notre-Seigneur JÉsus-CHEiST,infiniment aimable comme

Dieu, et aussi en sa qualité de Prêtre et d'Hostie, mérite tout notre amour en tant qu'il est notre Chef et notre Eoi.

Nous devons aimer Notre-SeigneurJÉsus-CHEiST comme

notre Chef: — premièrement, parce que, en cette qualité. Notre-Seigneur est le Principe et la Cause de notre Prédestination. Pour bien comprendre cette vérité, il faut nous souvenir que Notre-Seigneur aurait pu être une individualité absolument distincte du reste de l'humanité, comme un père, par exemple, est tout à fait distinct de ses enfants; mais non! ce divin Restaurateur de nos âmes a toujours porté nos âmes avec lui, et a voulu leur être uni dans tous ses mystères, comme la tête est toujours unie aux membres, dans un corps bien fait, depuis la naissance jusqu'à la mort. C'est pourquoi, il est venu au monde à Bethléem; mais il n'est pas né seul, dit saint [gnace d'Antioche i ; Chef, il est né avec ses membres; il a'esl

1 Per crucem, Christos in passione sufi invitât nos, axutentea mbm

ipsius. Non potest igitur caput nasci Bine membris, Deo anionem repro mittente, m1"-"1 est ipse. - EpiatoL ad TraUian., cap. n. Patr. [ t. y, col. 683.

562 l'amour de XOTRE-SEIGXEUR JÉSUS-CHRIST

pas mort seul non plus ; il nous a appelés dans sa Passion, dit le même Père, il nous a associés à sa croix, puisque nous étions ses membres. » Cette doctrine nous est connue. Nous l'avons exposée précédemment, et nous nous rappelons ce grand enseignement de saint Paul : Cum essemus mortui peccatis, convivificavit nos (Deusj in Christo, et conresuscitavit, et consedere fecit in cœlestibus in Christo Jesu*. Grâce à ce dessein si miséricordieux, nous sommes déjà prédestinés. Une immense gloire nous est donnée (quelle plus grande gloire que celle de ne faire qu'un avec Jésus- Christ dans tous ses mystères !), une gloire plus prodigieuse encore nous est assurée, et nous en avons les arrhes et nous la possédons en substance ; c'est la gloire du ciel. Le Chef la possède, mais il ne la possède pas seul ; il est monté « pour nous préparer une place - » ; tout a été dit auparavant, quand nous avons traité de la vertu d'Espérance 3. Mais quel ne doit pas être notre amour pour notre Dieu, notre Prêtre, notre Hostie, qui a bien voulu être en même temps notre Chef! Il y a des inventions de sa charité que nous n'aurions jamais pu concevoir, qui maintenant même nous laissent quelque peu incrédules, ou du moins indécis : tant les tendresses de Dieu, par leur excès

' Ephes. ii, 5, 6.

- Joann. xiv, 2.

3 Recueillons ici quelques belles paroles de saint Augustin, qui n'ont pas été citées ailleurs : Quid debent facere caeteri (homines) ? Uniri corpori ipsius, ut sit unus Cliristus, qui descendit et ascendit. Descendit Caput, ascendit cum corpore ; vestitus Ecclesiam suani, quam sibi exhibllit sine macula et rugâ (Ephes. v, 27). Solus ergo ascendit: sed et nos, quando cum illo sic sumus, ut in illo membra ejus simus; et nobiscum solus est, et ideo unus, et semper unus. Unitas nos compaginat uni... Non prêter spem esse debemus, imô cum magnâ fidueiâ pnesumere, quia si per caritatem ipse nobiscum in terra est, per eamdem caritatem et nos cum eo in cœlo sumus. — Enarral. In psalm. — In psalm. cxxn, n. 1. — Patr. lat., t. XXXVII, col. 1630.

même, surprennent nos pauvres intelligences! Saint Tau] signale expressément cet excès, immédiatement avant le texte, où il nous révèle que notre Chef est la cause de notre prédestination; il dit : Deux nui fin, qui dives est m miêericordîâ, propter nimiam charitatem sua m, quâ dilexit nos, et cum essemus mortui peccatis, etc. Il parle aussi un peu après de cette impuissance de notre esprit, précisément à raison de « la surabondance » d'amour qui apparaît dans les œuvres que Dieu opère : Ei autem, (jui potens est omnia facere superabundanter quant petimus, aut intelligimus, secundum virtutem quœ operatur in nobis : ipsi gloria in Ecclesiâ, et in Christo Jesu l.

Nous devons aimer ce miséricordieux Rédempteur, en qualité de Chef, non seulement parce qu'il est la cause de notre prédestination, mais encore parce qu'en cette même qualité, il nous donne constamment, par une influence qui ne cesse pas, le gage de notre prédestination, qui est sa divine grâce, ou autrement l'action incessante du Saint Esprit qui habite en nous et qui nous porte continuellement à faire des œuvres de vie, dignes de notre Chef qui est la vie. Nous avons eu un premier chef, Adam, qui a influé sur nous d'une manière mortelle, et qui continue de nous faire subir une influence de mort, par la concupiscence qui est demeurée en nous, même après le Baptême. Ce qu'Adam a fait pour notre perte, notre nouveau Chef, bien plus puissant pour nous faire vivre, que le premier ne l'a été pour nous donner la mort, infuse sans cesse eu nos âmes la vie « par l'Esprit Saint qui habite en in>iis-\ >■ ( !ar cet Esprit de Jésus-Christ, notre Chef, est un Espril

i Eph. ni, 20, 21.

a Kom. via, 11.

564 l'amour de notre-seigxeur jésus-christ

de vie ! ; il est le principe de toute prière que le Père entend et agrée -. Il prie pour les Saints 8. Il nous conduit, il nous dirige, en qualité d'enfants de Dieu4. C'est lui qui nous fait nommer Jésus-Christ avec mérite 5. Il nous donne la vertu de confesser son nom, avec force et constance, devant les hommes 6. Sous son action, notre âme produit toute sorte de fruits surnaturels qui sont : « la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la mansuétude, la foi, la modestie, la continence, la chasteté 7. » Enfin, comme il est maintenant « le gage de l'héritage, le sceau de la promesse 8 » qui nous est faite de la vie éternelle de nos âmes, c'est lui « qui ressuscitera nos corps mortels 9. »

Voilà le bien que Jésus-Christ nous fait en sa qualité de Chef : il nous donne son Esprit, qui est toujours agissant en nous et qui nous rend semblables à lui. Car, de même que le Fils est l'image du Père, le Saint-Esprit est l'image du Fils10; et il nous est donné, afin qu'il nous communique les traits du Fils, qu'il nous marque de son sceau,

•Rom. vin, 2. — Gènes, n, 7: Insuffla rit in faciem ejus spiraculum vitœ, — quod S. Cyrill. Alex, intelligit de Spiritu Sancto. — In Joannis Evangel. xi, 10. — Patr. grœc, t. LXXIV, col. 542.

2 Galat, iv, (3.

3 Rom. vin, 29.

4 Rom. vin, 14.

5 I Cor. xii, 3.

6 Matth. x, 20.

7 Galat. v, 22, 23.

» Eph. i, 13, 14. - Cfr. S. Cyrill. Alex. Thesaur. assertio xxxiv. - Patr. grœc, t. LXXV, col. G10. — S. Paulin. Nolan. Epistol. XIII (aliàa 33 et 37) ml Pavvmach. n. 20. — Patr. lat.. t. LXI, col. 222.

9 Rom. vm, 11.

10 Imago quidem Dei Christus est: qui est imago, inquit Paulus, I>ii invisibilis (Coloss. i, lô); imago vero Filii Spiritus, quo qui participant, Filii conformes fiunt secundum illud : Qnos prsescivit et prsedestinarit conformes fieri ùnaginis Filii sui (Rom. vm, 29). — S. Basilius Magnus, adversùs Eunomium, lil>. V, paulo post initium. - Patr. grîec., t. XXIX,

•et qu'il mette en nos âmes, d'une manière qui soit ineffaçable, l'onction spirituelle de sa grâce 1.

Nous devons aimer encore Notre -Seigneur JÉSUS- Christ comme notre Chef, parce que c'est en cette qualité qu'il a fondé l'Eglise et l'admirable unité de son Corps mystique, et cette merveille de sa divine grâce qui porte lé nom de Communion des Saints. De sorte qu'en sa qualité de Chef, il nous fait, par son Esprit, participants de tous ses mérites, de toutes ses grâces, de tout ce qu'il est; et pareillement, en cette qualité, il nous donne communication, toujours par son Esprit de charité, des mérites el des grâces de tous les Saints. C'est de ce mystère que parlait saint Paul, quand il disait : « Omnia vestra su ut, si ce Paulus, site Apollo, sive Cephas, sire mundus, sire vita, sire mors, sive prœsentia, sive futura ; omnia enim vestra su ut -'. Et il en révélait ainsi l'origine : Sicut enim corpus unum est, et membra hàbet multa, omnia autem membra corporis, (//i n m si ut limita, unum tan/en corpus sunt; ita et ( 'hristus^.: Nous avons donné ailleurs l'interprétation de saint Augustin. Saint Prosper conclut à son tour : Ex multis membris unum corpus efficimur, dum sire in pluribus, sire in singulis

col. 72:î. - Cfr. S. Cyrill. Alex. - In Isaiam, lib. I, Orat. V. Patr. prœc., t. LXX, col. 235; e1 Lib. [V, Orat. IL Ejusd. tom. col. 935.

1 Unio cum Dco non aliter in quoquam esse potest, quàm perSpiritûa Sancti participationem, inserentis nobis propriam sibi sanctificationem, el ad suamvitam reformantis subjectam corruptioni aaturam, atque ità ad Denm et ad Dei formam gloriâ istâ privatos revocantis. Imago enira Patrie perfecta Filins est, similitudo vero aaturalis l'ilii esl Spiritus ejus. tdeirco transformans in seipsura quodam modo hominum animas, divinam in <'N similitndinem imprimit, et supremœ omnium substantise effigieni insculpit; etc. — 8. Cyrill Alex. /" Joann. Evang., xi, il. Patr. grec, t. LXXIV, coL554 It. col. 542,543.

i l Cor. m, •'•'.

3 I Cor. xii. 12.

566 l'amour de notre-seigxeur jésits-christ

unus est Christus, quia et Caput in compage et compage

omnis in Capite. !

Voilà la base solide, le principe et la raison de notre charité mutuelle. Nous ne sommes qu'un en Jésus-Christ notre Chef; et, en vertu de cette unité, tout nous devient commun, tous les biens de Marie et de toute l'Eglise du Ciel, tous les mérites des humbles âmes du Purgatoire, tous ceux des justes de la terre ; et il n'est personne qui soit privé de tant de richesses. Et, parce que c'est l'Esprit- Saint qui les distribue, c'est l'amour qui est le lien universel des âmes 2; et, en vérité, cette parole dite autrefois s'accomplit toujours, d'une manière très sublime, dans le Corps mystique : Multitudinis credentium erat cor unum, et anima una 3.

0 Dieu ! que de preuves de la charité de notre Rédempteur, Prêtre, Hostie, Chef du Corps mystique ! Que de raisons, pour tous les fidèles, de l'aimer ! Que de raisons très spéciales et très pressantes pour nous ! Car nous sommes liés à Jésus, en sa qualité de Chef, d'une manière éminente, soit parce que c'est sur nous, par son Esprit, que s'exerce plus abondamment son influence, ayant beaucoup plus que les autres à recevoir de sa plénitude, soit parce que, suivant la parole de saint Thomas, déjà citée, « nous représentons Dieu, non seulement en ce qu'il est en lui-même, mais en tant qu'il influe sur toute l'Église. »

Nous voilà donc liés à Notre-Seigneur de liens d'amour bien plus forts, bien plus étroits, que ceux des plus saintes

1 Expositio Psalnii exxvn, vers. 2. — Patr. Int., t. LI, col. 373.

2 Vult esse suos unum, sed in ipso: quia in seipsis non possent, dissociati ab inviceni per diversas voluptates et cupïditates et immunditiaa peccatorum; undè nmndantur per Mediatorem, ut sint in illo unum. — S. August. De Trinitate, lib. IV, cap. ix, n. 12. - Patr lat., t. XLII, col. 8'JO.

3 Act. iv, .iL'.

NOTRE CHEF ET NOTRE Roi 5li7

âmes de l'Église. Oh ! qu'il plaise à ce Chef tout aimable de nous le faire comprendre, et d'influer en nous si efficacement, par son Esprit, que notre vie ne soit qu'amour pour lui !

Enfin, nous devons aimer Notre-Seigneur Jésus-Chimst connue notre Roi. — Il est Roi, parce qu'il est Prêtre et Hostie; car nous sommes « un peuple d'acquisition i, » et « c'est par son sang qu'il nous a acquis 2. » C'est pourquoi saint Augustin dit : « Il est Vainqueur, parce qu'il a été Victime 3. » Le titre de Roi est donc un titre qui ne parle que d'amour. Il vient aussi, suivant saint Irénée, de ce que Jésus-Christ est notre Chef. « Portant en lui, dit le saint Docteur, l'universalité des âmes et des esprits, le Verbe est leur prince et leur roi ; mais il a aussi la pleine autorité sur toutes les choses visibles et corporelles, ayant la principauté en sa propre personne, et s'étant fait lui-même le Chef et la Tête de l'Église 4. » Or, s'étant fait notre Chef par amour, c'est encore et toujours l'amour que provoque et que commande son titre de Roi.

Saint Paul disait : « Il faut qu'il règne5 » ; et il ajoutai! : « Je le glorifierai dans toute ma personne, soit par ma vie, soit par ma mort 6. » Et encore : « Je ne suis pas seu-

1 I Tetr. 11, 9.

2 Act. xx, 28.

» Confess. lil». X, cap. xliii, n. 69. - Patr. Int.. t. XXXII, col. 808.

* Et Verbum homo, universa in semetipsum récapitulants, uti, bîcuI in

supercœlestil'iis et spiritualibus el invisibilibus princepe est Verl Dei;

sic et in visibilibus et corporalibns principatum habeat, in sem< tipsum primatum assumons, <-t apponens semetipsum caput EcclesisB. Contra //,, reses, lib. [II, cap. x\i (alias 18), n. 6. Patr. grec, t. VII, col. '.••-•<;.

» I Cor. xv, •'.">.

b ftlagnificabitur Christus in corpore meo, sive per dtam, sive pez moi tem. — Philipp. i. 20.

lenient disposé à'être chargé de chaînes, mais à mourir pour le nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur i. » Ce sont les accentsîenflammés d'une âme sacerdotale. Saint Paul

nous apprend que c'est aux Prêtres que le triomphe de Jésus-Christ est confié. Sans notre ferveur et notre zèle, son règne s'amoindrit; par nous, son règne se dilate. Or, nous voulons, comme le grand Apôtre, et comme « tous ses frères, les Apôtres des Eglises, être la gloire de Jésus- Christ 2. »

Mais, d'abord, il faut nous souvenir que le premier exercice de notre amour pour la gloire du règne de Jésus- Christ, doit consister, avant toute chose, à l'établir Roi, et Maître, et Souverain de toute notre personne, de nos pensées, de nos sentiments, de notre volonté, subordonnant toute chose, nos vues, nos projets, nos œuvres, à son autorité et à son bon vouloir. Quand nous sommes en oraison, ou devant le Saint-Sacrement, ne nous contentons pas de demander à ce miséricordieux Maître, sa bénédiction sur nos actions, nos œuvres, nos travaux ; soumettons-lui réellement, avec la disposition de ne vouloir que ce qui lui plaît, toute pensée, tout dessein, toute œuvre à entreprendre, toute démarche à faire. Reconnaissons d'une part son absolu et souverain domaine, sa pleine autorité, et d'autre part l'infinie sagesse et l'adorable miséricorde de son gouvernement. Ne faisons rien, pas même une simple instruction, ou un catéchisme, ou une visite, ou une étude, sans subordonner tout à ce que Notre-Seigneur veut et désire de nous. Cet esprit de filiale et araou-

1 Ego non soluiii alligari, sert et mori... paratua sum, propter nomen DominiJesu. — Art. Apost. xxi, l."i.

' Fratrea nostri, Apostoli ecclesiarum, gloria Christi. — Il Cor. vin. -'•">.

reuse et humble sujétion est une source de grâces pour une vie sacerdotale.

Nous devons aussi soumettre absolument à notre Roi JÉSUS, notre santé, le temps de noue vie, l'heure de notre mort. Ce n'est pas que nous ne puissions demander ce qu'il nous faut de force, de loisir, afin d'achever telle œuvre commencée pour sa gloire; mais au fond de notre prière, il y a une remise tranquille, simple et pleine d'amour, à notre souverain Seigneur, de toute chose en nous, sachant bien qu'il daignera disposer de notre personne et de notre vie, pour le plus grand bien de notre âme et pour Je succès de ses desseins toujours aimables.

Nous faisons ainsi régner Notre-Seigneur en nous; il règne au dedans de nos âmes par nos dispositions, et il règne à l'extérieur par notre conduite bien réglée. Il règne par notre modestie, notre mortification, notre patience, notre esprit de sacrifice, notre prudence; il règne par l'édification que nous donnons aux fidèles 1.

Mais voici, dans les exercices du zèle, le vaste champ où notre amour pour notre Roi Jésus se donne libre carrière. Il est convenu que tout ce qui se rapporte au salut des ara ■>. sera traité ailleurs. Toutefois ne négligeons pus de dire ce qui est directement de notre sujet.

C'est un m tgnifique point de vue dans Les (ouvres de zèle, que celui qui consiste à ne voir dans les aines que

1 Le pieiu saint Anselme a, sur ce sujet, quelques paroles qu'il faut reproduire : Serva i-oi pus el membra Christi... < >culi tui, oculi Christi -mit; non igitar licet tib uculos Christi ad aliquas vanitates conspiciendas dirig-ere, quia Christus usi veritas, cui omnia vanitas contraria est; os tuum, os Christi est; non debcs, non dico ad detractiones, non dico ad mendacia,

sed nec ad otiosoa si rn >s os api rire, quod ad solas laudes l><-i el ad

sedincationem proximi debes patulum habere ; bU de cœteria Christi tnembria tuœ custodise coni misais intellige. — S. Ans. •lin. Méditât, r, n. 5. l'an, lat., CLV11I, coL 71. i.

570 l'amour de notre-seigneue JÉSUS-CHRIST

de glorieux éléments du triomphe de Jésus-Christ, de sorte que notre occupation qui est de les sauver, soit, en même temps et avant tout, de faire de chacune d'elles un trophée de gloire à l'honneur de ce Roi bien-aimé. Un enfant a perdu son innocence : il s'agit de restaurer en lui le règne de Jésus-Christ. Un autre l'a conservée : c'est ce doux empire que l'on s'efforcera d'affermir et de dilater, donnant ainsi une intime consolation au Cœur de ce Roi pacifique. Un jeune homme s'avance dans la vie : c'est encore Jésus-Christ, dont il faut faire accepter le joug, l'autorité, les droits, les maximes, la volonté !. Une jeune fille a quelque disposition pour l'état des Vierges consacrées : c'est une Epouse humble, docile et fidèle que l'on préparera à l'unique Epoux. Saint Paul disait aux Corinthiens, que c'est ainsi qu'il exerçait enveis les âmes son zèle jaloux : JEmulor enim vos Dei œmulatione. Despondi enim vos uni Vivo virginem castam exhïbere Christo-. Dans les œuvres de dévouement qui s'adressent aux hommes d'un âge mûr, encore comme le grand Apôtre, on aura en vue cet hommage de l'intelligence que Jésus-Christ mérite, cette sorte de captivité de la raison, qui ne peut jamais se dire indépendante devant la foi dont Jésus-Christ est l'auteur, et devant tout commandement qu'il nous impose 3. Préparer un pauvre malade â bien mourir, c'est le préparer à la grâce de Jésus-Christ, à la Rédemption de Jésus-Christ, â l'accomplissement de

1 Cramas semper pro volas... ut (Deas) imple.it omnem voluntatem bonitatis, et opus tidei in virtute, ut clarificetur noinen Domini nostri Jesu Christi in vobis. — II Thessal. i, 11, 12.

* II Cor. xi, 2.

:) Consilia destruentes, et omnem altitudinem extollentem se adversùs Bcientiam Dei, et in captivitatem rerïigentes omnem intellectum in obsequium Christi. — II Cor. x, 4, 5.

tous les desseins, de tous les intimes désirs du Cœur de Jésus-Christ 5 et e'est donner à ce Cœur si bon la douce satisfaction, le parfait triomphe auxquels il a tant et de si magnifiques droits l.

Ainsi, avec les petits, avec les grands, avec les pécheurs, avec les justes, dans les œuvres les plus communes, dans celles qui ont quelque éclat, per gloriam et ignobilitatem, dirait encore le grand Paul, pt r infamiam et bonam fan/an/.... sicut qui ignoti et cogniti, quasi morientes, et ecce vivimus,... quasi tristes, semper autem gaudentes... Pro Christo legatione fungimur... Obsecramus pro Christo 2. Christi bonus ojjlor su n/n s Deo 3. « Il faut qu'il règne ; il faut qu'il croisse * » ; il faut qu'il triomphe ! C'est le cri, c'est la grande ambition, c'est le besoin, impérieux, puissant, toujours plus pressant du cœur du Prêtre. Et qu'il soit satisfait, ce besoin si fort, par ses propres œuvres, ou par ce qu'il apprend du zèle, des œuvres d'autrui, peu importe. L'essentiel n'est pas que la gloire de JÉSUS-CHRIST soit le fruit de ses efforts, de ses travaux, de son génie : Quid enim ! Dam, omni modo, sire per occasionem, sive per reritatem, Christus annuntietur ; et in hoc gaudeo, sed et gaudebo ~>.

Cet amour du triomphe de Jésus-Christ Roi des âmes, il le portera, jusque dans la grande et solennelle scène du Jugement général. Alors il sera dit aux just< - :

1 Tnrbetur plané animas christianas, non miseria, Bed misericordia. Timeat ne hommes pereant Christo, contristetnr corn périt aliquis < hristo; conenpiscat acquiri hommes Christo, Lœtetur enm acqnirnntur hommes

Christo. S. Aujj". In Evangel. Joann. Tract. LX. n. .'{. — l'atr. lat.,

t. XXXV, coL 17

-' n Cor. m. 8-iOj v, ao.

» II Cor. n, 16.

* Joann. m, 30.

s Pbilipp 1*.

572 l'amour de notre-seigneub jésus-christ

« Venez, les bénis de mon Père... » Assurément, il veut avoir part à cette bénédiction éternelle; et à cette tin, dans cette terre d'exil, il s'applique à être humble, mortifié, prudent, miséricordieux, plein d'amour et de zèle pour le salut de ses frères... Oui! à tout prix, il veut assurer le salut de son âme : c'est la grande affaire pour lui, comme pour tous. Et pourtant, une autre ambition l'emporte sur tout. Il veut assurer son salut, mais ce n'est pas pour lui, pour son honneur et son triomphe. Il veut être appelé « le béni du Père », et ce n'est pas cette bénédiction qui le remplit de plus de joie. Qu'est-ce donc? et comment entendre ceci? Ah! ce qu'il veut, ce qu'il ambitionne par dessus tout, ce qui remplit son cœur des plus vives, des plus émues, des plus entraînantes ardeurs, c'est que, ce jour-là, devant les Anges et les hommes, devant tout l'univers, et sous le regard de Marie, il soit, clans son humilité, pour Jésus un trophée d'honneur et de gloire; de sorte que Jésus puisse dire, avec joie, devant l'univers : « Voilà une âme sacerdotale en qui j'ai réussi1! »

0 succès glorieux! ô triomphe éclatant du Christ Jésus, Dif.u, Prêtre, Hostie, Chef et Roi ! que vous êtes désiré ! que vous êtes attendu 2 !

1 Cuni venerit gloriticari in sanctis suis, et admirabilis fieri in omnibus qui crediderunt. — II Thessal. i, 10.

2 Viennent ensuite, dans le Manuscrit, cinq chapitres traitant d* t moyens que. nous devons prendre pour parvenir au parfait amour de Notre-Seigneur .Jésus-Christ. » — Sur un désir à lui manifesté, l'Auteur les a reportés au Livre IIIe : chapitres XXIII-XXYII. — Note de l'éditeur.

Page 1